Syrie, l'état des lieux Sep­tembre 2015

Causeur - - Sommaire N° 28 – Octobre 2015 - Ju­lien La­thus

Quatre an­nées et de­mie nous sé­parent des pre­mières ma­ni­fes­ta­tions an­ti-ba­char Al-as­sad dé­clen­chées à De­raa, der­nière grande ville du Sud avant la fron­tière avec la Jor­da­nie. Ce qui n’était au dé­part qu’un sou­lè­ve­ment po­pu­laire dans le sillage des ré­vo­lu­tions arabes au­ra ra­pi­de­ment vi­ré à la guerre ci­vile. Avec au moins 240 000 morts et 4 mil­lions de ré­fu­giés dans les pays voi­sins, la Syrie est le théâtre d’un des conflits les plus vio­lents du xxie siècle. La vie quo­ti­dienne des Sy­riens est à l’image de leur pa­trie : dé­chi­rée par des com­bats qui n’op­posent plus seule­ment entre eux des groupes eth­niques ou re­li­gieux, mais une my­riade de fac­tions ar­mées ayant cha­cune son propre agen­da, bien que sou­vent sou­te­nues par des puis­sances ex­té­rieures.

Évi­dem­ment loin de l’opu­lence, le pays n’est tou­te­fois pas mar­qué par des vagues de fa­mine, car tous les bel­li­gé­rants par­viennent à ap­pro­vi­sion­ner les ter­ri­toires qu’ils contrôlent. « Les Sy­riens ne meurent pas de faim, même si leur nour­ri­ture ne doit pas être va­riée », ex­plique Di­dier Bil­lion, spé­cia­liste du Moyen-orient à L’IRIS. Cer­tains Sy­riens, comme les ha­bi­tants de Da­mas sous le contrôle du ré­gime As­sad, ou ceux de Ra­q­qa ad­mi­nis­trée par l’état is­la­mique, peuvent pré­tendre à un sem­blant de vie nor­male. À Ra­q­qa, sous le joug de Daech de­puis juin 2013, les nou­veaux di­ri­geants se sont em­pres­sés de ré­ta­blir les ser­vices es­sen­tiels à la vie quo­ti­dienne pour lé­gi­ti­mer leur pou­voir aux yeux de la po­pu­la­tion. « Et ce­la marche, sou­ligne Di­dier Bil­lion. Les ha­bi­tants peuvent sor­tir dans des rues vides de com­bats et les ins­ti­tu­tions fonc­tionnent, tout comme le ra­vi­taille­ment. » Ce­pen­dant, l’agri­cul­ture sy­rienne, dé­jà en dif­fi­cul­té avant la guerre ci­vile, est au­jourd’hui presque ré­duite à néant. Le ra­vi­taille­ment en nour­ri­ture dé­pend donc des pays avoi­si­nants qui ali­mentent une éco­no­mie de guerre avec ses ré­seaux et ses tra­fics, obéis­sant à des consi­dé­ra­tions éco­no­miques plus qu’idéo­lo­giques.

Le plus ter­ri­fiant, pour les Sy­riens, sur­tout en ter­ri­toires re­belles, ce sont les frappes aé­riennes aveugles du ré­gime. Mais les jets de ro­quettes et les at­ten­tats per­pé­trés par les groupes ar­més d’op­po­si­tion, ma­jo­ri­tai­re­ment is­la­mistes, ali­mentent chez l’en­semble des po­pu­la­tions une crainte per­pé­tuelle. De nom­breux té­moi­gnages font état de trau­ma­tismes psy­cho­lo­giques im­por­tants par­mi les ci­vils qui ont choi­si de res­ter ou qui n’ont pas pu faire au­tre­ment. De fait, la ma­jo­ri­té des Sy­riens dé­pla­cés par la guerre se trouvent au­jourd’hui tou­jours en Syrie. Se­lon un rap­port des Na­tions unies pa­ru en sep­tembre 2015, le nombre de dé­pla­cés in­ternes s’élè­ve­rait à 7,6 mil­lions, par­mi les­quels 5,6 mil­lions (75 %) d’en­fants. Au to­tal, on es­time ain­si que plus de la moi­tié des Sy­riens ont dû quit­ter leur foyer.

À la fin du mois de sep­tembre, les États-unis et la Rus­sie ont en­ga­gé une nou­velle ini­tia­tive di­plo­ma­tique vi­sant à com­battre l’état is­la­mique en col­la­bo­ra­tion avec tous les pays de la ré­gion, y com­pris l’iran. Tan­dis que de plus en plus de chan­cel­le­ries oc­ci­den­tales en­vi­sagent de prendre langue avec le ré­gime de Da­mas, la ques­tion de la co­opé­ra­tion avec Al-as­sad est po­sée. →

Dou­ma, 8 sep­tembre 2015.

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