BIÉ­LO­RUS­SIE, UNE DIC­TA­TURE APAI­SÉE?

Causeur - - Sommaire N° 29 – Novembre 2015 - Par Marc Co­hen

Dans l'in­dif­fé­rence gé­né­rale qui sied à ses prises de pa­role, le se­cré­taire d'état aux Af­faires eu­ro­péennes, Har­lem Dé­sir, a an­non­cé le 12 oc­tobre que l'union eu­ro­péenne avait dé­ci­dé de sus­pendre ses sanc­tions contre la Bié­lo­rus­sie, au len­de­main de la vic­toire « dans un cli­mat apai­sé » du pré­sident sor­tant Alexandre Lou­ka­chen­ko, ré­élu pour un cin­quième man­dat d'af­fi­lée avec 83,49 % des voix.

Pour une fois, on a eu tort de ne prê­ter at­ten­tion ni à Har­lem, ni à ses col­lègues eu­ro­crates. Car il est pi­quant de consta­ter que ce que l'union ap­pelle « un cli­mat apai­sé » a été per­çu très dif­fé­rem­ment par les 400 ob­ser­va­teurs of­fi­ciels dé­pê­chés sur place par L'OSCE (Or­ga­ni­sa­tion pour la co­opé­ra­tion et la sécurité en Eu­rope) pour sur­veiller le scru­tin.

Le res­pon­sable de la dé­lé­ga­tion de L'OSCE à Minsk a été on ne peut plus clair sur les « im­por­tants pro­blèmes » qui ont en­ta­ché la pré­si­den­tielle, même si quelques pro­grès ont été consta­tés. « J'ai été par­ti­cu­liè­re­ment dé­çu par les man­que­ments consta­tés pen­dant le dé­pouille­ment. Il n'est pas ac­cep­table de main­te­nir les ob­ser­va­teurs loin du lieu de dé­compte des votes », a-t-il no­tam­ment ex­pli­qué avant de cri­ti­quer vi­ve­ment le manque de trans­pa­rence des listes élec­to­rales, l'uti­li­sa­tion des mé­dias d'état et des fonds pu­blics par le pré­sident sor­tant sans par­ler des mille mi­sères faites aux par­tis d'op­po­si­tion.

Alors pour­quoi cette eu­ro­blague du « cli­mat apai­sé » en Bié­lo­rus­sie ? Deux hy­po­thèses sé­rieuses sont en lice, elles ne sont pas in­com­pa­tibles. La gen­tille : la le­vée des sanc­tions est le pour­boire ver­sé par L'UE à Lou­ka­chen­ko pour son rôle im­por­tant dans la si­gna­ture en fé­vrier der­nier des ac­cords de Minsk entre l'ukraine et la Rus­sie.

La cy­nique : plu­sieurs mul­ti­na­tio­nales eu­ro­péennes ont com­men­cé à s'im­plan­ter via des so­cié­tés-écrans en Bié­lo­rus­sie pour contour­ner en lou­ce­dé, via Minsk, les sanc­tions eu­ro­péennes contre la Rus­sie, dont les échanges com­mer­ciaux avec la Bié­lo­rus­sie ont cu­rieu­se­ment ex­plo­sé ces der­niers mois. Ces en­tre­prises fu­tées pour­ront dé­sor­mais dé­ve­lop­per leur bu­si­ness au grand jour. Il n'est pas to­ta­le­ment ex­clu que leurs lob­byistes aient pe­sé un tan­ti­net dans la sus­pen­sion des sanc­tions par Bruxelles.•

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