Dé­fla­tion : au se­cours, les prix baissent !

Causeur - - Som­maire N° 32 – Fé­vrier 2016 - Jean-luc Gréau

La chute du prix des ma­tières pre­mières est une fausse bonne af­faire. Der­rière elle, se pro­file le sceptre d'une dé­fla­tion mon­diale. Avec, à l'ar­ri­vée, crise fi­nan­cière gé­né­ra­li­sée et des­truc­tion mas­sive d'em­plois.

C'est la ques­tion préa­lable de l'an­née tout juste com­men­cée. Con­naî­trons-nous un nou­vel épi­sode de ré­ces­sion ? Plus pré­ci­sé­ment, les vents contraires qui se ma­ni­festent en dif­fé­rentes ré­gions du monde se­ront-ils à l'ori­gine d'une dé­fla­tion gé­né­ra­li­sée ? À en croire les au­gures of­fi­ciels, on peut es­ti­mer à 50 % le risque de dé­fla­tion et de re­chute. Qu'il s'agisse de notre « grande » pré­si­dente du FMI1, de la Banque mon­diale, de L'OCDE, des agences de ra­ting, l'heure est aux « war­nings ». Les grands veilleurs du sys­tème éco­no­mique mon­dial prennent leurs pré­cau­tions.

À l'ori­gine de cette si­tua­tion d'in­cer­ti­tude et de risque, il y a un krach des ma­tières pre­mières.

Un krach des ma­tières pre­mières

Les moins fer­rés en éco­no­mie d'entre nous peuvent dis­ser­ter des krachs bour­siers. Ils ont vu aus­si, après la faillite de Leh­man Bro­thers en 2008, s'exer­cer les ra­vages d'un krach du cré­dit, plus lourd de consé­quences en­core que l'ef­fon­dre­ment des bourses. Mais ils n'ont le plus sou­vent pas la moindre idée de ce qu'est un krach des ma­tières pre­mières. Les mar­chés des ma­tières pre­mières ap­pa­raissent aux pro­fanes comme des mar­chés clas­siques ré­gis par la loi de l'offre et de la de­mande. Ce n'est qu'à moi­tié vrai. Les prix sont in­fluen­cés par les in­di­ca­tions ins­tan­ta­nées sur l'évo­lu­tion de la pro­duc­tion et de la consom­ma­tion mais aus­si par des an­ti­ci­pa­tions, voire par des ma­ni­pu­la­tions de cours. Don­nons cette illus­tra­tion. En juillet 2008, Gold­man Sachs an­nonce que le ba­ril de pé­trole co­té 150 dol­lars ira jus­qu'à 200 dol­lars en dé­cembre – pro­nos­tic émis alors que la ré­ces­sion oc­ci­den­tale avait com­men­cé et que Gold­man Sachs s'était dé­faus­sé de tout le cré­dit « sub­prime rate ». En dé­cembre 2008, le ba­ril tom­bait à 40 dol­lars, pour le plus grand pro­fit de la banque de Wall Street qui avait ven­du à terme sur la base d'un ba­ril su­pé­rieur à 100 dol­lars. Or, de­puis la mi-2014 nous connais­sons un krach ram­pant des ma­tières pre­mières pro­vo­qué par une er­reur d'an­ti­ci­pa­tion des en­tre­prises et des pays concer­nés. Pé­trole, gaz, char­bon, fer, cuivre, zinc, plomb, étain, tous les mar­chés ont été tou­chés, avec des baisses al­lant de 40 à 70 %. Le ba­ril de Brent est pas­sé un peu en des­sous de 30 dol­lars le 12 jan­vier der­nier2.

Face à cette si­tua­tion, les éco­no­mistes se par­tagent en deux ca­té­go­ries : la ma­jo­ri­té adopte le point de vue du consom­ma­teur qui va bé­né­fi­cier de la baisse des cours ; la mi­no­ri­té se pré­oc­cupe de la si­tua­tion de crise qui se dé­ve­loppe chez les pro­duc­teurs, Rus­sie, Bré­sil, In­do­né­sie, Ma­lai­sie, Afrique du Sud. Ils voient, non un contre-choc qui vien­drait ré­ajus­ter des prix ex­ces­sifs, mais un choc à re­bours, de na­ture dé­fla­tion­niste, qui dés­équi­libre le sys­tème éco­no­mique mon­dial.

2009 : une er­reur de diag­nos­tic

Tout vient d'une er­reur de diag­nos­tic com­mise à par­tir de 2009. Le risque de dé­pres­sion, consé­cu­tif à la ré­ces­sion de 2008, ne s'est pas ma­té­ria­li­sé. À l'ex­cep­tion des pays de l'eu­rope du Sud, les éco­no­mies oc­ci­den­tales ont connu une em­bel­lie. La Chine a en­core ac­cé­lé­ré. Et sur­tout, les éco­no­mies émer­gentes se sont élan­cées. Avec des taux de croissance al­lant de 5 à 10 % en Rus­sie, au Bré­sil, en Inde, en Turquie. On com­met alors l'er­reur tra­di­tion­nelle consis­tant à pro­lon­ger les courbes. Au vu des perspectiv­es très fa­vo­rables pour les éco­no­mies émer­gentes et la Chine, ou plus fa­vo­rables pour l'amé­rique du Nord et l'eu­rope du Nord, il semble que les be­soins en ma­tières pre­mières de toutes sortes et en moyens de trans­port pour les ache­mi­ner vont aug­men­ter en flèche. De nou­velles mines sont ou­vertes, d'autres agran­dies, de nou­veaux gi­se­ments pé­tro­liers et ga­ziers sont mis en ser­vice, des ba­teaux de com­merce et des avions-car­gos sont com­man­dés à grande échelle.

Ce­pen­dant, cet es­sor se fra­casse sur deux obs­tacles. L'obs­tacle chi­nois tout d'abord : le for­mi­dable dé­ve­lop­pe­ment de la Chine a fait d'elle non plus un pays émergent mais un nou­veau pays in­dus­tria­li­sé de un mil­liard 300 mil­lions d'ha­bi­tants. L'éco­no­mie chi­noise a dé­pas­sé le stade du dé­col­lage du­rant la dé­cen­nie 2000, elle ap­proche de la ma­tu­ri­té. Les taux de croissance de 7 % ou plus, pro­je­tés par les di­ri­geants de Pé­kin, re­lèvent du fan­tasme. L'obs­tacle de la dette. C'est le phé­no­mène le plus dis­cret des an­nées de l'après-crise. Les banques cen­trales du monde ont dé­ver­sé des Mis­sis­si­pi de dol­lars et d'autres mon­naies pour sau­ver les éco­no­mies en dé­tresse. À très bas coût. Sur les mar­chés du cré­dit du monde, l'ar­gent n'a ja­mais été aus­si peu cher. Les em­prun-

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