Ha­ber­mas, Pi­ket­ty, deux naïfs en terre d'is­lam

Causeur - - Som­maire N° 32 – Fé­vrier 2016 - Sté­phane Bre­ton

Le phi­lo­sophe néo­marxiste et l'éco­no­miste néo­key­né­sien se donnent beau­coup de mal pour don­ner un fon­de­ment théo­rique à la pas­si­vi­té face à l'is­la­misme. Neu­tra­li­té axio­lo­gique ou neu­tra­lisme ?

Les na­tions dé­chues n'osent plus com­mé­mo­rer que leurs mal­heurs et elles lèchent leurs plaies avec beau­coup d'ad­jec­tifs. C'est notre cas. Ce­la nous rend in­ca­pables d'ac­cep­ter les rai­sons toutes simples que se donnent ceux qui nous frappent, parce que ce ne sont pas des rai­sons dont nous pour­rions nous pré­va­loir, et que nous nous sommes pri­vés de l'ins­tinct de conser­va­tion qui nous per­met­trait de les com­prendre. C'est ce qui ap­pa­raît dans les opi­nions ex­pri­mées ré­cem­ment par le phi­lo­sophe al­le­mand Jür­gen Ha­ber­mas (en­tre­tien dans Le Monde du 21 no­vembre 2015) et par l'éco­no­miste fran­çais Tho­mas Pi­ket­ty (dans son blog du Monde du 24 no­vembre 2015).

Dji­ha­disme et re­li­gion : rien à voir ?

Ha­ber­mas consi­dère que ce sont les condi­tions de vie que connaissen­t les mu­sul­mans en Oc­ci­dent, mar­quées par « les des­tins ra­tés de l’in­té­gra­tion », qui ex­pliquent le re­cours à la vio­lence. Si les gens se ra­di­ca­lisent, c'est « afin de re­ga­gner leur amour-propre ». Mais le « fon­da­men­ta­lisme dji­ha­diste, es­time-t-il, n’est en rien une re­li­gion ». Ce n'est qu' « une forme ab­so­lu­ment mo­derne de ré­ac­tion à des condi­tions de vie ca­rac­té­ri­sées par le dé­ra­ci­ne­ment ».

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