LES CONCES­SIONS FAITES AUX IS­LA­MISTES RA­DI­CAUX ONT EN­COU­RA­GÉ CES DER­NIERS À EXI­GER EN­CORE PLUS.

Causeur - - Pas D'amal­game -

turque de­puis l'ac­ces­sion au pou­voir de L'AKP à An­ka­ra, et plus par­ti­cu­liè­re­ment de son lea­der cha­ris­ma­tique Re­cep Tayyip Er­do­gan, et ses consé­quences sur le com­por­te­ment de la plus im­por­tante com­mu­nau­té étran­gère vi­vant sur le sol al­le­mand (près de trois mil­lions de per­sonnes, se­lon le recensemen­t de 2013). Avant la prise de pou­voir de L'AKP, les gas­tar­bei­ter (tra­vailleurs hôtes) étaient en­ca­drés par des or­ga­ni­sa­tions po­li­tiques et re­li­gieuses im­pré­gnées de ké­ma­lisme, donc de laï­cisme in­tran­si­geant, in­ter­di­sant par exemple aux jeunes femmes de por­ter le hi­jab à l'uni­ver­si­té. Les imams exer­çant en Al­le­magne étaient (et sont tou­jours) étroi­te­ment contrô­lés par le gou­ver­ne­ment d'an­ka­ra.

Le « Kul­tur­kampf » an­ti­ké­ma­liste d'er­do­gan a trou­vé, en Al­le­magne, de fer­vents par­ti­sans par­mi les Turcs ori­gi­naires des zones ru­rales d'ana­to­lie, beau­coup moins oc­ci­den­ta­li­sés que les po­pu­la­tions des grandes mé­tro­poles de l'ouest de la Tur­quie, comme Is­tan­bul et Iz­mir. À cette ra­di­ca­li­sa­tion is­la­miste de nombre de Turcs s'est ajou­té l'af­flux ré­cent de mi­grants ve­nus du Proche-orient et du Magh­reb, une popu- la­tion tra­vaillée par les cou­rants in­té­gristes et dji­ha­distes. De­puis une di­zaine d'an­nées, on a pu consta­ter en Al­le­magne des phé­no­mènes in­con­nus jus­qu'alors : contes­ta­tion de l'en­sei­gne­ment dé­li­vré dans les écoles al­le­mandes, no­tam­ment sur la Shoah, re­fus d'en­voyer les filles dans des voyages sco­laires en rai­son de la mixi­té, ghet­toï­sa­tion de po­pu­la­tion dans des quar­tiers comme Neukölln à Ber­lin, où règnent la loi des gangs et la contrainte re­li­gieuse.

Face à ce défi, les au­to­ri­tés al­le­mandes choi­sissent, dans un pre­mier temps, la voie des com­pro­mis, des « ac­com­mo­de­ments rai­son­nables » à la ca­na­dienne : le hi­jab est ad­mis dans les ly­cées et col­lèges, on ac­cepte même le bur­ki­ni, un vê­te­ment de bain en tex­tile spé­cial ca­chant la to­ta­li­té du corps des ly­céennes lors des séances de pis­cine. Les au­to­ri­tés po­li­cières et ju­di­ciaires mi­ni­misent, quand elles ne les cachent pas, les « in­ci­vi­li­tés » et actes de dé­lin­quance per­pé­trés par des in­di­vi­dus is­sus de l'im­mi­gra­tion, consi­dé­rés comme une « ma­tière po­li­tique sen­sible ». Cette po­li­tique de l'au­truche est sou­te­nue par l'en­semble de la classe po­li­tique et les grands mé­dias, avec convic­tion et en­thou­siasme par la gauche et les Verts, au nom du réa­lisme et de la pré­ser­va­tion de la paix ci­vile par la droite.

Mais, peu à peu, le ma­laise s'ins­talle, car les conces­sions faites aux is­la­mistes ra­di­caux en­cou­ragent ces der­niers à exi­ger en­core plus.

Après le livre à suc­cès de Thi­lo Sar­ra­zin, L’al­le­magne court à sa perte, pa­ru en 2010 (plus d'un mil­lion d'exem­plaires ven­dus), une sorte de charge à la Zem­mour contre la po­li­tique d'im­mi­gra­tion des gou­ver­ne­ments al­le­mands de­puis une dé­cen­nie, d'autres ob­ser­va­teurs do­tés d'une réelle ex­pé­rience du ter­rain tirent la son­nette d'alarme, et trouvent une au­dience im­por­tante au­près du pu­blic. C'est le cas de Ta­nia Kam­bou­ri, une com­mis­saire de po­lice d'ori­gine grecque, dont le té­moi­gnage L’al­le­magne au gy­ro­phare ré­vèle qu'il existe dans ce pays po­li­cé des zones de non-droit, des « ter­ri­toires per­dus de la Bun­des­re­pu­blik », où les ha­bi­tants re­fusent l'interventi­on de po­li­ciers de sexe fé­mi­nin, où les jeunes femmes qui re­fusent de se voi­ler et les hommes ré­frac­taires au ra­ma­dan su­bissent des contrainte­s. L'an­cien maire (so­cial­dé­mo­crate) de l'ar­ron­dis­se­ment de Neukölln, à Ber­lin, Heinz Bu­sch­kows­ki, ex­pose dans son livre Neukölln est par­tout la lutte qu'il a me­née sans fai­blir contre les pro­vo­ca­tions des is­la­mistes ra­di­caux, qui cherchent à im­po­ser leur loi à l'école, qu'il s'agisse de la nour­ri­ture, de la dé­sco­la­ri­sa­tion pré­coce des filles, de la contes­ta­tion des conte­nus en­sei­gnés. Il ne s'est pas lais­sé im­pres­sion­ner par la cla­meur de ses ca­ma­rades de la « gauche bo­bo » ber­li­noise, qui l'ac­cu­saient de droi­ti­sa­tion, et n'a pas hé­si­té à pla­cer des vi­giles aux portes des ly­cées et col­lèges pour faire obs­tacle à l'intrusion des grands frères, et à sup­pri­mer les aides so­ciales aux pa­rents d'en­fants ab­sen­téistes. Pa­ral­lè­le­ment, il a créé et ob­te­nu le fi­nan­ce­ment d'un cam­pus sco­laire pi­lote à Neukölln, où, à la dif­fé­rence des autres éta­blis­se­ments al­le­mands, les élèves sont pré­sents toute la jour­née, et où l'école ma­ter­nelle est obli­ga­toire pour les en­fants is­sus de fa­milles dont l'al­le­mand n'est pas la langue de com­mu­ni­ca­tion.

Ces voix ont pris dé­sor­mais un sta­tut pro­phé­tique dans une Al­le­magne qui ne peut plus, après Co­logne, dis­si­mu­ler la pous­sière sous le tapis d'orient. •

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.