MA­NUEL VALLS

LE PAR­TI OU LE PAYS, IL FAUT CHOI­SIR

Causeur - - L'éditorial D'élisabeth Lévy -

Je sais, cet édi­to­rial prend des airs de cour­rier du coeur, mais après tout, c'est mon an­née. En mai, moi la France, je choi­si­rai ce­lui qui au­ra le pri­vi­lège de se faire en­gueu­ler par ma pomme pen­dant les cinq pro­chaines an­nées. Ce­lui ou celle, d'ac­cord, que croyez-vous, j'ai l'es­prit large. Seule­ment, là, je suis pau­mée. Le mois der­nier, je vous ai en­tre­te­nu de ma liai­son pas­sion­née avec Sar­ko, mais ça, c'est du pas­sé, et Hol­lande aus­si, avec lui ça n'a ja­mais vrai­ment col­lé. Alors bien sûr, pas mal de mes tantes ai­me­raient me ma­rier avec ce Fillon, si bien éle­vé, mais vous me connais­sez, j'ai horreur qu'on me dicte ma conduite. Et puis, le bal des pré­ten­dants ne dure que quelques mois, pen­dant les­quels tous vont faire as­saut d'ima­gi­na­tion et de gra­cieu­se­té pour me sé­duire, alors au­tant en pro­fi­ter. Puis­qu'on en est aux choses in­times, je dois vous faire part de mes doutes, voire de ma dé­cep­tion, au su­jet de l'un d'eux, ce pe­tit Valls. Je ne vous le cache pas, il me plai­sait bien, le Ma­nu, en dé­pit ou peut-être à cause de son genre un peu brute avec un zeste de din­gue­rie – j'ai une co­pine, dont je tai­rai le nom car elle pour­rait avoir à re­tra­vailler avec lui, qui l'a sur­nom­mé « Co­li­bri cour­rou­cé » après avoir été té­moin de ses pous­sées co­lé­riques. N'em­pêche, quand il cé­lé­brait la Ré­pu­blique avec les ac­cents de son mo­dèle, Cle­men­ceau, je me sen­tais pro­té­gée contre les barbus qui rô­daient. Valls, c'était la gauche de l'au­to­ri­té et de la laï­ci­té, celle que les autres ac­cu­saient d'être ré­ac. Ça me ras­su­rait, il n'al­lait pas pas­ser son temps, comme pas mal de ses co­pains, à cas­ser tous les vieux trucs que j'aime. Alors, quand Le Point a pu­blié sa pho­to en une avec comme titre « La gauche Fin­kiel­kraut », j'avais en­vie d'y croire. Je n'en suis pas très fière, mais le fait qu'il aga­çait ter­ri­ble­ment toute sa fa­mille, où il y a pas mal de din­dons pré­ten­tieux, me le ren­dait en­core plus sym­pa­thique. Il y a eu un mo­ment où c'était un jeu de mas­sacre, chaque se­maine il leur ren­trait de­dans, un coup sur les trente-cinq heures, un coup sur le re­grou­pe­ment fa­mi­lial. Un jour, il leur a même ba­lan­cé, au cours d'une réunion, qu'ils al­laient mou­rir s'ils conti­nuaient comme ça. À chaque fois, c'était le même charivari : il n'est pas de gauche ! Il a tra­hi la gauche ! Et moi, en­ten­dant ça, j'avais ter­ri­ble­ment en­vie de le prendre dans mes bras. Lo­gique, puisque, de­puis que j'af­firme mon in­ten­tion de per­sé­vé­rer dans mon être, on pré­tend que je me droi­tise. De­puis quelques mois, je l'avais un peu per­du de vue. D'abord, je suis très de­man­dée. Et puis je com­men­çais à me de­man­der si son genre Ré­pu­blique des Jules et des hus­sards noirs n'était pas un peu bi­don­né. De toute fa­çon, il jouait les bons fils et, avec son père qui rô­dait, je n'étais même pas sûre qu'il al­lait se dé­cla­rer. On ne peut pas dire qu'il ait fait preuve de sen­si­ble­rie exa­gé­rée quand il a fal­lu le tuer, ce père. Je ne suis pas sûre d'avoir beau­coup ap­pré­cié ce spec­tacle, mais en même temps, pour m'avoir, il faut payer le prix. Et puis, un peu de tra­gé­die ne nuit pas. C'est après ça que ça s'est gâ­té. D'abord, la de­mande en ma­riage était fran­che­ment ra­tée : une salle moche, des in­vi­tés fi­gés et ma­ni­fes­te­ment choi­sis se­lon la mé­thode des quo­tas, des dis­cours en­nuyeux. Un dé­sastre. Et voi­là que, quelques jours plus tard, il se pointe à France In­ter avec sa gueule pas en­core en­fa­ri­née pour an­non­cer qu'il va me pi­quer mon 49-3, parce que main­te­nant, c'est la so­cié­té de la par­ti­ci­pa­tion (et tu veux pas mon zé­ro-six en prime ?). Il y croit vrai­ment, à ses sor­nettes ci­toyennes ? Moi je sais bien ce que ça veut dire : si ja­mais il le fai­sait pour de bon, pi­quer mon 49-3, on me de­man­de­rait mon avis toute la jour­née et tout ce bla-bla ser­vi­rait sur­tout à ne rien faire. De­puis, je vais de dé­cep­tion en dé­con­ve­nue. On di­rait qu'il se fiche de me plaire. Ce qui compte, pour lui, c'est de mon­trer aux gens de sa fa­mille qu'il est comme eux. De jour en jour, il perd le charme par­ti­cu­lier qui fai­sait que j'au­rais peut-être pu m'en­ca­nailler avec lui. J'ai fi­ni par com­prendre : ce n'est pas moi qu'il cour­tise mais sa cou­sine la gauche. À cause du jeu tor­du qu'ils ap­pellent pri­maire. Et al­lez com­prendre, s'il plaît à sa cou­sine, il pour­ra en­fin s'oc­cu­per de moi. Par­don, mais il me prend pour une autre ? Dé­so­lée, cher Ma­nuel, mais il faut te dé­ci­der : c'est elle ou moi, la gauche ou la France. Ton pays ou ton par­ti. Ton co­pain Macron, lui, a dé­jà choi­si. Et quant à moi, pro­mis, j'ar­rête de vous em­bê­ter avec mes ro­mances à deux sous. À moins que… •

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