Guerre et paix à Do­netsk

Par Vic­toire Che­vreul, photos de João Bo­lan, avec l'aide d'alexan­dra Gri­ben­ko

Causeur - - Sommaire - Vic­toire Che­vreul

De­puis 2014, un État non re­con­nu par la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale s'est for­mé dans une ré­gion rus­so­phone de l'ukraine, la Ré­pu­blique po­pu­laire de Do­netsk. Trois ans après le dé­but de la guerre ci­vile, la vie y suit son cours. Re­por­tage.

Une gi­gan­tesque sta­tue de Lé­nine sur­plombe la place du même nom. Nous sommes au coeur de Do­netsk, « ca­pi­tale » de l’état au­to­pro­cla­mé dans la par­tie orien­tale du Don­bass, à l’est de l’ukraine, à seule­ment vingt mi­nutes en voi­ture de la ligne de front et des im­meubles ré­duits en miettes par les bom­bar­de­ments. À l’heure où Kiev amorce sa « dé-com­mu­ni­sa­tion », ef­fa­çant tous les stig­mates de L’URSS, noms des rues et sta­tues, Do­netsk les ar­bore fiè­re­ment. Le russe, dé­jà par­lé ma­jo­ri­tai­re­ment dans l’oblast (dé­par­te­ment) avant les com­bats, est de­ve­nu la langue of­fi­cielle sous l’im­pul­sion du nou­veau gou­ver­ne­ment. Entre la Rus­sie et l’ukraine, la pe­tite RPD (Ré­pu­blique po­pu­laire de Do­netsk), ja­dis la plus « russe » des pro­vinces ukrai­niennes, s’est sé­pa­rée de Kiev, et de­puis, elle est en guerre contre son an­cien gou­ver­ne­ment. C’est dans ce cli­mat mar­tial que le nou­vel État tente de for­ger ses ins­ti­tu­tions et sa propre iden­ti­té. Tour­nant le dos à l’ukraine en es­sayant d’ou­blier un quart de siècle de des­tin com­mun, Do­netsk em­brasse la Rus­sie avec en­thou­siasme tout en s’en dé­mar­quant. Ni ukrai­nien ni tout à fait russe, l’an­cien oblast se rêve en na­tion. À la très dan­ge­reuse pé­ri­phé­rie de la ville, en cette fin sep­tembre 2016, les sni­pers tirent, les obus tombent et l’école 21 ac­cueille les élèves du pri­maire au ly­cée. Dans l’éta­blis­se­ment, on n’en­seigne plus l’his­toire ni la langue ukrai­niennes. Inna, en­voyée du mi­nis­tère de l’édu­ca­tion local, guide une vi­site of­fi­cielle de l’école. La quin­qua­gé­naire au vi­sage en­ca­dré par un car­ré court a re­vê­tu une te­nue ba­rio­lée pour l’oc­ca­sion. Notre pe­tite dé­lé­ga­tion est ac­cueillie en grandes pompes par le di­rec­teur de l’école au­tour d’un pe­tit dé­jeu­ner « à la russe ». Au même mo­ment, au der­nier étage du bâ­ti­ment, une femme s’af­faire à chan­ger une fe­nêtre ex­plo­sée par les ré­cents bom­bar­de­ments. La pièce où elle bri­cole a été trans­for­mée en re­mise, des piles de livres y sont en­tas­sées. « Ce sont les an­ciens livres d’édu­ca­tion, ex­plique Inna. On les a rem­pla­cés par de nou­veaux ma­nuels d’his­toire russe. » Pour ces en­fants de huit ans, qui ap­prennent en cours de pa­trio­tisme les sym­boles du nou­vel État, la rup­ture avec Kiev est nette. Dans →

cette dé­marche édu­ca­tive, l’en­sei­gne­ment de l’his­toire russe est en­ri­chi par des élé­ments lo­caux. On y cé­lèbre les hé­ros de la RPD tom­bés au com­bat de­puis 2014. Les pe­tits élèves ap­prennent éga­le­ment leur nou­vel hymne (où on chante la ri­chesse mi­nière du Don­bass), ain­si que la fi­dé­li­té au nou­veau dra­peau, dont les trois cou­leurs ne sont pas sans rap­pe­ler celles de la Rus­sie, à ce­ci près que le noir s’est sub­sti­tué au blanc.

« Avec l'em­bar­go, nous sommes obli­gés de re­cou­rir à la pro­duc­tion lo­cale »

En flâ­nant sur le bou­le­vard Shev­chen­ka, qui re­lie le square Lé­nine à la rivière Kal­mious, à quelques mètres de l’hô­tel Ra­ma­da, QG de la presse étran­gère, une en­seigne at­tire l’oeil : le Don Mac. Elle rap­pelle cu­rieu­se­ment celle de Mc­do et ce n’est pas un ha­sard ! Le res­tau­rant est en fait un er­satz – ou une contre­fa­çon ! Fleu­ron de la nou­velle éco­no­mie de Do­netsk, la chaîne de fast-food est née de la guerre qui a fait fuir les grandes mul­ti­na­tio­nales et avec elles le roi du bur­ger. Pour Ju­lia, fon­da­trice et pro­prié­taire de Don Mac, cette res­sem­blance est vo­lon­taire et as­su­mée : elle ne s’est pas seule­ment ins­pi­rée de l’en­seigne amé­ri­caine, elle l’a na­tio­na­li­sée. La chaîne lo­cale s’est ap­pro­prié la double arche do­rée, lo­go de Mc­do, l’ac­com­mo­dant aux cou­leurs na­tio­nales. Le dra­peau RPD qui flotte au-des­sus du par­king com­plète le ta­bleau. Quant aux sand­wichs les plus cé­lèbres du monde, il ne faut sur­tout pas y tou­cher ! « Le but est de pro­po­ser des re­cettes au goût proche de celles de Mcdo­nald’s, dont les ha­bi­tants de la ville étaient pri­vés à cause de la guerre », ex­plique Ju­lia. De­puis que le conflit a écla­té, elle dé­ploie des tré­sors d’in­gé­nio­si­té pour trou­ver les ali­ments au­pa­ra­vant ache­mi­nés d’ukraine. « Pour la viande, sur­tout, c’est in­en­vi­sa­geable. Les ca­mions sont blo­qués pen­dant plu­sieurs jours aux check­points fron­ta­liers, pré­cise la jeune chef d’en­tre­prise. Avec l’em­bar­go, nous sommes obli­gés de re­cou­rir à la pro­duc­tion lo­cale. » Le Co­caco­la dis­tri­bué par Mcdo­nald’s est rem­pla­cé par de la li­mo­nade et du mo­ji­to sans al­cool. « Nous avons vou­lu que cet en­droit soit fa­mi­lial, pour­suit Ju­lia. Une par­tie des re­cettes de Don Mac est re­ver­sée aux or­phe­lins de guerre. » L’in­ces­sant dé­fi­lé de clients – des élèves, des couples et des fa­milles – confirme la po­pu­la­ri­té du lieu. Les prix sont un peu plus éle­vés que la moyenne à Do­netsk. Mais ce­la ne dé­range pas Ta­tia­na, jeune ta­tou-ar­tiste et mère de fa­mille, qui pré­cise, en­thou­siaste : « J’ai man­gé un chee­se­bur­ger chez Mc­do à Mos­cou la se­maine der­nière, la viande est meilleure ici ! » Pour Ju­lia, Ta­tia­na et les autres ci­toyens-clients de Do­netsk, adop­ter l’un des sym­boles les plus forts de l’iden­ti­té amé­ri­caine et de la mon­dia­li­sa­tion ne pose

Plus de Mc­do pour cause d'em­bar­go. Mais on s'ar­rache les bur­gers de Don Mac, ac­com­pa­gnés de li­mo­nade à la place du Co­ca.

pas de pro­blème, si­non pu­re­ment lo­gis­tique. Le « made in Do­netsk » est une ré­ponse pra­tique à un dé­fi pra­tique et non pas un pro­jet idéo­lo­gique. À Do­netsk, même l’in­dé­pen­dance ne change pas la réa­li­té : peu im­porte sa cou­leur, un « Big Mac » est un « Big Mac ». Reste que le fait qu’une en­tre­prise lo­cale puisse co­pier im­pu­né­ment un géant mon­dial comme Mcdo­nald’s – ce qui lui vau­drait ailleurs un pro­cès sans grand sus­pense – té­moigne pa­ra­doxa­le­ment de l’iso­le­ment de ce vrai­faux pays. Ce­pen­dant, dans d’autres do­maines, la rup­ture avec Kiev « l’oc­ci­den­tale » est plus tran­chée. C’est no­tam­ment le cas dans le sys­tème ban­caire. Les éta­blis­se­ments fi­nan­ciers pré­sents avant la sé­ces­sion ont ces­sé de fonc­tion­ner, en­traî­nant la créa­tion d’of­fi­cines clan­des­tines aux taux d’in­té­rêts exor­bi­tants. Face à ce phé­no­mène, le gou­ver­ne­ment a créé la Banque cen­trale de Do­netsk. À pré­sent, seuls les vi­re­ments lo­caux ou en pro­ve­nance de la Rus­sie sont pos­sibles, ce qui met fin aux vi­re­ments en pro­ve­nance de Kiev. No­tam­ment ceux des pen­sions et sa­laires des fonc­tion­naires ré­si­dents du ter­ri­toire in­dé­pen­dan­tiste. Pour tou­cher cet ar­gent, ils doivent quit­ter Do­netsk et s’ins­tal­ler cô­té ukrai­nien. Une brique de plus sur le mur entre Kiev et son an­cienne pro­vince. « Ma mo­ti­va­tion, c'est de pro­té­ger ma pa­trie » Dans les pas­sages sou­ter­rains qui, comme dans de nom­breuses villes d’eu­rope de l’est, per­mettent de tra­ver­ser le bou­le­vard Shev­chen­ka, de pe­tits com­merces vendent des ci­ga­rettes, des snacks et des sou­ve­nirs. On peut s’y pro­cu­rer aus­si bien des tee­shirts à l’ef­fi­gie de Pou­tine que des mugs et autres ob­jets dé­co­ra­tifs aux cou­leurs de Do­netsk. Le mé­lange de pa­trio­tisme local et russe est om­ni­pré­sent dans la ville. Les longues ar­tères de la ca­pi­tale sont en­ca­drées de pan­neaux à l’es­thé­tique « réa­liste so­cia­liste ». L’ou­vrier russe avec son mar­teau a été rem­pla­cé par le mi­neur et sa pioche. D’autres af­fiches cé­lèbrent « Le Don­bass heu­reux de son in­dé­pen­dance » aux cô­tés de photos du pré­sident Za­khart­chen­ko. Dans l’aé­ro­port dé­vas­té Ser­ge­pro­ko­fiev, les sol­dats du ba­taillon Spar­ta gardent les portes de la ville. Leur com­man­dant, Mo­to­ro­la, as­sas­si­né le 16 oc­tobre der­nier dans son im­meuble, est au­jourd’hui le plus cé­lèbre au pan­théon des hé­ros na­tio­naux. À l’ins­tar de De­nis, à peine la ving­taine, tous dé­clarent avoir re­joint l’ar­mée par convic­tion, pour « pro­té­ger leur pa­trie, leur ville » ! Cette mo­ti­va­tion est confor­tée par le gou­ver­ne­ment qui ré­mu­nère gé­né­reu­se­ment ses sol­dats. Quand, à Do­netsk, le sa­laire moyen est d’en­vi­ron 6 000 roubles, les sol­dats au front en gagnent près de 15 000. Tous les com­bat­tants ne sont pas du Don­bass, des étran­gers, comme Er­wan Cas­tel, sont ve­nus les épau­ler. Le quin­qua­gé­naire fran­çais, an­cien mi­li­taire, ra­conte lors d’une pro­me­nade qu’il a « po­sé sa dé­mis­sion à Ki­ga­li ». Il a été un temps guide de fo­rêt en Guyane, avant de ve­nir « of­frir son aide à la po­pu­la­tion du Don­bass ». Du­rant un an, il a pris les armes à leurs cô­tés pour pro­té­ger l’in­dé­pen­dance. Si l’an­cien sol­dat se dit « coin­cé à Do­netsk » après s’être fait vo­ler son pas­se­port, d’autres étran­gers ont choi­si de s’y ins­tal­ler. Cer­tains ont même fon­dé une fa­mille. Mal­gré la guerre, il fait bon vivre à Do­netsk, se­lon Ch­ris­telle Néant, une Fran­çaise qui fait de la « ré-in­for­ma­tion » au sein de l’agence de presse d’état, DONI Press. « La po­pu­la­tion est ado­rable ! Les ha­bi­tants ont un coeur grand comme la Rus­sie ! » En ville, il y a de nom­breux parcs au­tour de la rivière. Dans ces lieux ber­cés par la na­ture, seul le gron­de­ment des bom­bar­de­ments qui, en fin de jour­née, laissent une odeur de poudre dans toute la ville, rap­pelle que les com­bats se pour­suivent, per­tur­bant l’ap­pa­rente nor­ma­li­té des jog­geurs. Bo­ris, au­mô­nier au­près de l’ar­mée, est un an­cien pope du cler­gé de Mos­cou qui a quit­té son sa­cer­doce en 2013. « Je ne cé­lèbre plus de messe, je ne suis plus of­fi­ciel­le­ment prêtre mais j’ac­com­pagne spi­ri­tuel­le­ment les sol­dats », ex­plique-t-il. Âgé d’une soixan­taine d’an­nées, il re­çoit ses vi­si­teurs en uni­forme du front. Il a ran­gé ses aubes dans une pen­de­rie, der­rière les nom­breuses icones qui dé­corent ses murs. Au mi­lieu des saints qui le re­gardent tra­vailler, on re­con­naît la fa­mille Ro­ma­nov et un por­trait presque gran­deur na­ture de Ni­co­las II. Ce qui ne l’em­pêche pas d’as­su­mer sa nos­tal­gie so­vié­tique. « Je ne sé­pare pas dans mon es­prit la Rus­sie de l’ukraine car elles ne for­maient qu’un pays sous L’URSS. C’est quand L’URSS s’est dis­soute que le ba­zar a com­men­cé ! » Lors­qu’il était pope, il a tou­jours, ra­conte-t-il, en­sei­gné l’amour de leur →

terre na­tale à ses élèves. « Mon tra­vail à pré­sent, en tant que cha­pe­lain, est de sau­ver l’âme des com­bat­tants qui sont confron­tés à la mort. Le but de la re­li­gion est d’évi­ter qu’ils de­viennent fous de culpa­bi­li­té. » Il faut, pour­suit-il d’une voix grave, « dé­fendre sa terre na­tale contre ses en­ne­mis, en l’oc­cur­rence Kiev ». Chez lui, l’amour de la grande pa­trie est tout à fait com­pa­tible avec le culte de la pe­tite, son « pays » : Do­netsk.

Aux pé­ri­phé­ries de la ville, les gens veulent juste sur­vivre

My­khi­tik­va est un vil­lage si­tué à la fron­tière entre l’ukraine et la RPD. Ses ha­bi­tants sont donc lit­té­ra­le­ment pris entre deux feux. Il n’y a par­fois que 300 mètres entre les deux camps. Cer­taines fa­milles comme celle de Ni­co­laï et Svet­la­na ont été bom­bar­dées neuf fois en deux ans. « On a eu de la chance, les obus sont tou­jours tom­bés dans le jar­din jus­qu’à pré­sent », ra­conte-t-elle. Dans sa cui­sine, une chaîne de té­lé­vi­sion russe dif­fuse les images d’un mee­ting de Do­nald Trump. Svet­la­na aime bien le mil­liar­daire, « il est ami avec Pou­tine et le sou­tient ». Plus les ci­vils sont proches de la ligne de front, plus leurs opi­nions po­li­tiques semblent brouillées. Ni pour ni contre le gou­ver­ne­ment sé­ces­sion­niste, la fa­mille n’as­pire qu’« à vivre en paix, sans les sol­dats aux alen­tours ». Nous lui de­man­dons si elle sou­haite ré­in­té­grer l’ukraine. « Comment vou­lez-vous que nous vi­vions comme si de rien n’était dans un pays qui nous bom­barde ? » ré­pond-elle les yeux dans le vague. La foi des ci­toyens reste forte mal­gré leur grande pré­ca­ri­té. Des icônes de saint Ni­co­las sont pla­car­dées aux fe­nêtres de Svet­la­na et au mur de sa voi­sine Liou­bia, qui vit avec son ma­ri han­di­ca­pé dans des condi­tions mi­sé­rables. Des cha­tons aban­don­nés errent entre les mai­sons de ce ha­meau, près du check­point RPD. Pour la sé­cu­ri­té de son pe­tit-fils qui ha­bite sous son toit, Svet­la­na a de­puis dé­mé­na­gé avec lui dans un autre vil­lage. Son époux est res­té chez eux, pour évi­ter que la mai­son ne soit ré­qui­si­tion­née. « On re­vien­dra dé­but jan­vier pour l’an­ni­ver­saire de Ni­co­laï et le Nou­vel An, on fe­ra une fête ! » Au fil des of­fen­sives et des vio­la­tions des ac­cords de Minsk, la po­pu­la­tion de la jeune Ré­pu­blique écrit son His­toire.

« L'ex­pres­sion du pa­trio­tisme est la force de l'état »

De re­tour dans le centre de Do­netsk, à deux pas du square Lé­nine, un cu­rieux édi­fice en forme de mo­to ac­cueille, au sous-sol, de jeunes sol­dats et ci­toyens de tous bords. Trois salles en en­fi­lade pro­posent dif­fé­rentes am­biances aux clients. On peut boire un verre dans la pre­mière en écou­tant un concert de rock. Un homme mince en treillis est ac­cou­dé au bar. Il s’ap­pelle Vadim et com­bat sur une ligne de front de la ban­lieue proche de Do­netsk. Il s’est en­ga­gé vo­lon­tai­re­ment aux cô­tés de l’ar­mée RPD. « Je suis ar­ri­vé de Mos­cou la se­maine der­nière ! » nous pré­cise-t-il entre deux vod­kas. Le Russe es­quisse quelques pas de danse avec une mère et son en­fant. L’al­cool coule à flots et la pièce sui­vante, le fu­moir, est comble. Une di­zaine de per­sonnes se serrent der­rière un comp­toir sur le­quel des ca­ra­bines à air com­pri­mé sont po­sées. « On peut même shoo­ter Hit­ler, si on veut ! » glisse le char­gé d’ani­ma­tion en mon­trant d’un cô­té de la salle une image du dic­ta­teur. Au fond du stand de tir, de vieux casques so­vié­tiques

Ni­ko­laï, rocker sé­pa­ra­tiste : « Le ré­gime de Kiev est truf­fé d'al­coo­liques, de pé­dé­rastes et de cri­mi­nels. »

po­sés sur dif­fé­rents types d’armes en­cadrent les bal­lons et can­nettes à faire tom­ber. À cô­té, un pe­tit por­trait de Sta­line est col­lé au mur. Pour en­tendre des voix dis­so­nantes, il faut se tour­ner vers la scène mu­si­cale de la ville. Nos­tal­gique des grands tubes ukrai­niens, Vio­let­ta, 19 ans, a fon­dé son groupe de mu­sique pop-rock avec des amis. Ils ont joué ré­cem­ment dans un bar. « C’était le pre­mier concert de mu­sique ukrai­nienne de­puis la guerre », ra­conte-t-elle. Une pe­tite cen­taine de per­sonnes sont ve­nues y as­sis­ter, « il y avait même des sol­dats… ils n’ont rien dit ! ». Elle a re­çu de nom­breux mails pour sa­voir quand se­rait la pro­chaine pres­ta­tion du groupe. « La mu­sique ukrai­nienne manque aux gens ! » af­firme Vio­let­ta. Tout en pré­ci­sant que « Do­netsk n’a ja­mais été le ber­ceau de la culture ukrai­nienne ». La jeune chan­teuse ajoute tout de suite que sa fa­mille reste at­ta­chée à son an­cien pays : « Nous sui­vons tou­jours cer­taines de nos tra­di­tions comme le Svyat­ki et les Ko­lyad­ki (chants de Noël). Nous man­geons du bor­shch, aus­si. Même si ces ri­tuels ne sont pas aus­si co­lo­rés qu’à l’ouest ! » En re­vanche, pour Ni­ko­laï, membre du groupe na­tio­na­liste De­bosh, « l’ex­pres­sion du pa­trio­tisme est la force de l’état ». Le ro­ckeur d’une tren­taine d’an­nées n’a pas pris les armes avec Spar­ta. Il es­time qu’il est « plus puis­sant avec sa mu­sique qu’avec une arme ». Ni­ko­laï ne com­prend pas que cer­taines per­sonnes puissent en­core se sen­tir proche de l’ukraine et sou­te­nir l’ar­mée de Kiev. « Je vou­drais qu’ils viennent ici et ha­bitent dans le dis­trict d’ok­tya­brs­ky [fré­quem­ment bom­bar­dé] », dit-il, cho­qué. Ni­ko­laï se consi­dère comme « un so­viet » pa­triote et trouve « plus que po­si­tif, in­croyable ! » les cours de pa­trio­tisme pro­po­sés à l’école aux en­fants. Le ci­toyen de Do­netsk mé­prise le ré­gime de Kiev, truf­fé, dit-il ou­ver­te­ment, « d’al­coo­liques, de pé­dé­rastes et de cri­mi­nels ». Il re­prend, ir­ri­té : « Les gens ne veulent plus en­tendre par­ler l’ukrai­nien, ils su­bissent des bom­bar­de­ments tous les jours, comment au­raient-ils en­vie d’en­tendre cette langue ? La sé­pa­ra­tion est une bonne chose. Que l’on soit in­dé­pen­dant ou rat­ta­ché à la Rus­sie, l’im­por­tant c’est que la culture russe soit res­tau­rée. » Pour le Nou­vel An 2017, le troi­sième de la Ré­pu­blique po­pu­laire de Do­netsk, le couvre-feu a été sus­pen­du et un grand ras­sem­ble­ment a eu lieu place Lé­nine. Na­ta­liya, étudiante à Kiev, était de re­tour dans sa ville na­tale : « Tout le monde était heu­reux de pou­voir faire la fête tard dans la rue, ex­cep­tion­nel­le­ment. L’am­biance était très fra­ter­nelle ! Les adultes avaient des ex­pres­sions de pure joie et les en­fants riaient aux éclats ! On a pu ou­blier la guerre, le temps d’un soir. » En Ukraine, tra­di­tion­nel­le­ment, on fait un voeu pour les 12 coups de mi­nuit. Na­ta­liya veut croire que tout le monde a fait le même : que ce conflit atroce cesse en 2017. •

Le Don Mac, ver­sion lo­cale du Mc­do, sur le bou­le­vard Shev­chen­ka. « Avec l'em­bar­go, nous sommes obli­gés de re­cou­rir à la pro­duc­tion lo­cale », nous in­dique Ju­lia, pro­prié­taire du res­tau­rant.

Bo­ris, cha­pe­lain de l'ar­mée de Do­netsk, de­vant un por­trait de Ni­co­las II, der­nier tsar de Rus­sie : « C'est quand L'URSS s'est dis­soute que le ba­zar a com­men­cé ! »

Liou­bia vit avec son ma­ri han­di­ca­pé à My­khi­tik­va, un vil­lage si­tué à la fron­tière entre l'ukraine et la RPD. Comme de nom­breux ha­bi­tants, elle dit se rac­cro­cher à sa foi chrétienne pour sup­por­ter les hor­reurs de la guerre.

Le Bi­ker Bar, en centre-ville de Do­netsk, dis­pose en sous-sol d'un stand de tir : Vadim, sol­dat vo­lon­taire russe, y fait la fête avec d'autres jeunes.

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