LA PO­LI­TIQUE CONTRE LA VILLE

En par­tant d'une idée gé­né­reuse, on a dé­fi­gu­ré le pay­sage ur­bain, gas­pillé des di­zaines de mil­liards et consti­tué des ghet­tos eth­niques qui fa­vo­risent le sé­pa­ra­tisme is­la­mique.

Causeur - - Aux Frontieres Du Pays Reel - Par Éli­sa­beth Lé­vy et Gil Mi­hae­ly

C'est un su­jet sur le­quel on en­tend ra­re­ment les po­lé­mistes s’échar­per et qui donne plus sou­vent lieu à d’en­nuyeuses que­relles d’ex­perts qu’à de belles joutes po­li­tiques. Pour­tant, il y au­rait de quoi. Dès lors qu’avoir un toit fait par­tie de nos pre­mières né­ces­si­tés, celles qu’il faut sa­tis­faire pour pou­voir ré­pondre à d’autres as­pi­ra­tions, la po­li­tique du lo­ge­ment nous concerne tous, et, de sur­croît, elle af­fecte tous les as­pects de notre exis­tence, in­fluen­çant l’or­ga­ni­sa­tion fa­mi­liale (à com­men­cer par le nombre des en­fants), mo­de­lant le vi­sage de nos villes et dé­ci­dant de qui se­ront nos voi­sins de pa­lier. Si on ajoute que le bud­get du Lo­ge­ment se monte à près de 40 mil­liards d’eu­ros, moins que l’édu­ca­tion mais plus que la Dé­fense, dont une moi­tié, par di­vers ca­naux, fi­nance le lo­ge­ment so­cial, on peut s’éton­ner que la ques­tion fasse, fi­na­le­ment, si peu de vagues, à l’ex­cep­tion des pé­riodes de vio­lences et des mo­ments où sont vo­tés les grands textes, quand on voit quelques maires pro­tes­ter contre les quo­tas de lo­ge­ments so­ciaux pres­crits par la loi. La pré­fé­rence pour le lo­ge­ment so­cial est pour­tant de­ve­nue, ces der­nières an­nées, un mar­queur de l’ap­par­te­nance à la gauche. Il est si­gni­fi­ca­tif que Be­noît Ha­mon, au soir du pre­mier tour de la pri­maire so­cia­liste, ait évo­qué, dans son dis­cours, la fi­gure de l’ab­bé Pierre, qui ré­sume à elle seule la convic­tion la plus lar­ge­ment par­ta­gée dans son camp et même au-de­là : tout le monde a droit à un lo­ge­ment dé­cent ; pour ceux qui n’y par­viennent pas avec le fruit de leur tra­vail, c’est à l’état d’y pour­voir. Qui s’op­po­se­rait à de telles évi­dences ? Au de­meu­rant, la glo­rieuse po­li­tique du tout-hlm et l’émer­gence des quar­tiers à pro­blèmes qui en a ré­sul­té sont à mettre à l’ac­tif (ou au dé­bit) de la seule gauche. C’est l’alliance du gaul­lisme mo­der­ni­sa­teur et du com­mu­nisme mu­ni­ci­pal qui, dans les an­nées 1950 à 1970, a pré­si­dé à la nais­sance de la pre­mière gé­né­ra­tion de barres et de tours. Et si on rap­pelle qu’il s’agis­sait de lo­ger les im­mi­grés que le pa­tro­nat fai­sait ve­nir dans des usines tour­nant à plein ré­gime, on peut aus­si bien évo­quer la conjonc­tion des bons sen­ti­ments de la gauche et des in­té­rêts bien com­pris de la droite. En réa­li­té, l’idéo­lo­gie qui a cou­vert notre pays de ci­tés-dor­toirs est une syn­thèse ty­pi­que­ment fran­çaise entre un col­ber­tisme, alors par­ta­gé par la qua­si-to­ta­li­té des élites (et qui a pro­duit d’im­menses réa­li­sa­tions), et une sorte de mes­sia­nisme éga­li­taire éga­le­ment à l’oeuvre dans l’édu­ca­tion. On peut pous­ser ce pa­ral­lèle et avan­cer que les HLM ont été au lo­ge­ment ce que le col­lège unique a été à l’école : une ré­ponse uto­pique aux dé­fis de la mas­si­fi­ca­tion. Les am­bi­tions de dé­part – mettre le meilleur à la por­tée de tous – étaient in­con­tes­tables. À l’ar­ri­vée, on a pro­cé­dé au même ni­vel­le­ment par le bas – la mouise pour tous –, avec, en prime, le creu­se­ment des in­éga­li­tés qu’on pré­ten­dait ré­sor­ber. Et les mêmes Ter­ri­toires per­dus, liés au dé­cro­chage d’une par­tie des po­pu­la­tions qu’on croyait as­sis­ter à grands coups d’aides pu­bliques – ou, dans le cas de l’école, de « moyens ». De­puis 1945, la ca­rac­té­ris­tique du lo­ge­ment so­cial fran­çais, c’est l’éten­due de son am­bi­tion et de son em­prise : le lo­ge­ment étant consi­dé­ré comme un droit, donc une obli­ga­tion de l’état vis-à-vis des ré­si­dents, les pou­voirs pu­blics in­ter­viennent mas­si­ve­ment sur le mar­ché de l’im­mo­bi­lier ré­si­den­tiel, par le ver­se­ment de di­verses aides aux mé­nages lo­gés dans le parc pri­vé, et plus en­core par la pro­duc­tion et l’ex­ploi­ta­tion d’un parc de lo­ge­ments dits so­ciaux dont le prix mais aus­si →

l’em­pla­ce­ment, l’équi­pe­ment et sur­tout le peu­ple­ment, ré­pondent à des cri­tères po­li­ti­co-bu­reau­cra­tiques, pour ne pas dire idéo­lo­giques. Avec 4,7 mil­lions de lo­ge­ments so­ciaux qui re­pré­sentent 17 % des ré­si­dences prin­ci­pales (contre 26 % pour le mar­ché lo­ca­tif pri­vé), la France ar­rive presque en tête des pays eu­ro­péens, juste après la Suède (18 %), ce qui confère à la puis­sance pu­blique une ca­pa­ci­té d’ac­tion consi­dé­rable sur les équi­libres dé­mo­gra­phiques. Et il faut no­ter qu’au vu des pla­fonds de res­sources, près de deux tiers des Fran­çais pour­raient pré­tendre à l’ob­ten­tion d’une HLM. La pé­nu­rie, struc­tu­relle au re­gard de ces am­bi­tions dé­me­su­rées, fait qu’elle est presque par na­ture un ou­til de clientélisme. Puisque tout le monde ou presque y a droit, il faut bien choi­sir. Comment créer une al­lé­geance plus so­lide – et sin­cère – qu’en lo­geant un hon­nête ci­toyen et sa fa­mille à des prix dé­fiant toute concur­rence ? Entre la fin de la guerre et le mi­lieu des an­nées 1950, une vé­ri­table ré­vo­lu­tion a lieu sur le ter­ri­toire fran­çais. C’est qu’entre la re­cons­truc­tion, le ba­by-boom qui s’an­nonce et l’im­mi­gra­tion qui se dé­ve­loppe à grande al­lure, les be­soins en lo­ge­ments sont im­menses. Le 1er fé­vrier 1954, l’appel de l’ab­bé Pierre four­nit une cau­tion mo­rale au vo­lon­ta­risme bâ­tis­seur. De fait, il faut lo­ger le maxi­mum de monde au plus vite. En 1950, la France compte quatre mil­lions d’im­meubles vé­tustes et 40 % de lo­ge­ments mé­diocres ou sur­peu­plés. Très vite, les idées de Le Cor­bu­sier sur l’ur­ba­nisme, en vogue dans les cercles avant-gar­distes des an­nées 1930, s’im­posent comme la ré­ponse in­no­vante au dé­fi du lo­ge­ment. Les grands en­sembles d’ha­bi­tats col­lec­tifs sortent de terre, sou­vent à bonne dis­tance des centres-villes. La ban­lieue que nous connais­sons est née. Elle gran­dit très vite : de 100 000 lo­ge­ments en 1953 on ar­rive à plus de 500 000 en 1970. Les bran­chés d’alors s’émer­veillent de­vant les « uni­tés d’ha­bi­ta­tion » qui se mul­ti­plient comme des pe­tits pains comme ceux d’au­jourd’hui de­vant les crus­ta­cés de Jeff Koons. Mais on au­rait tort d’iro­ni­ser sur l’en­thou­siasme des classes po­pu­laires et moyennes. On com­prend qu’ou­vriers et em­ployés soient sé­duits : pen­sons aux voi­sins de Ro­bert, hé­ros de Pa­pa, Ma­man, la Bonne et Moi de Jean-paul Le Cha­nois (sor­ti en salles en 1954), qui vivent au sixième étage, en­tas­sés dans des pe­tites chambres de bonne sans douche ni sa­ni­taires, voire sans eau cou­rante. On ima­gine ai­sé­ment leur joie de se re­trou­ver dans des ap­par­te­ments mo­dernes, clairs, spa­cieux et bien équi­pés, dans des en­sembles neufs, en­tou­rés d’es­pace verts par­se­més d’aires de jeu pour en­fants. Quant aux ha­bi­ta­tions in­sa­lubres qu’ils aban­donnent dans les villes, il fau­dra at­tendre les an­nées 1980 pour qu’on en­tre­prenne de les ré­no­ver. C’est en quelque sorte l’âge d’or des HLM. Nombre de films et de ro­mans gardent la trace de cette joyeuse époque, du bon­heur de vivre en­semble, quand ce n’était pas un nom com­po­sé, entre jeunes fa­milles peu for­tu­nées mais riches d’es­pé­rance, qui en­ta­maient dans des tours flam­bant neuves une as­cen­sion so­ciale col­lec­tive dont le lo­ge­ment, la voi­ture et les va­cances sont les prin­ci­paux élé­ments. À cette époque, les ci­tés où ré­gnaient en­core une vé­ri­table di­ver­si­té cultu­relle au­raient pu être le la­bo­ra­toire d’une nou­velle as­si­mi­la­tion au lieu de consti­tuer le ter­reau du sé­pa­ra­tisme iden­ti­taire. Au­jourd’hui, on ne parle plus de « la ban­lieue » mais des « quar­tiers » – avec cette ab­sence de pré­ci­sion si lourde de sens. Quoi qu’af­firme la pro­pa­gande qui cé­lèbre à l’en­vi leur ri­chesse et leur réus­site (qui existent bien sûr, mais ne donnent pas vrai­ment le la de la vie quo­ti­dienne), les « quar­tiers » ne font rê­ver per­sonne. Quant au sigle « HLM », qui était le nom d’une vé­ri­table avan­cée so­ciale, il évoque au­jourd’hui toutes les ma­la­dies fran­çaises : in­sé­cu­ri­té phy­sique et cultu­relle, ex­clu­sion, lai­deur de l’en­vi­ron­ne­ment, tra­fics en tout genre, sans ou­blier 50 nuances de la délinquance, de l’in­ci­vi­li­té au grand ban­di­tisme. Que ces nui­sances soient le fait d’une mi­no­ri­té qui pour­rit la vie de quar­tiers en­tiers ren­force le sen­ti­ment de gâ­chis. Il est vrai aus­si que l’in­té­rêt mé­dia­tique pour les trains qui dé­raillent crée un ef­fet de loupe qui fi­nit par faire ou­blier qu’il y a des mil­liers de ci­tés HLM où l’on vit pai­si­ble­ment. Elles n’en sont pas moins des ghet­tos eth­niques. Reste à sa­voir comment, en un de­mi-siècle, les belles pro­messes des Trente Glo­rieuses ont abou­ti à ces quar­tiers de haute in­sé­cu­ri­té. Bien sûr, on peut in­cri­mi­ner les ar­chi­tectes qui ont conçu ces or­gies de bé­ton aus­si si­nistres que leurs noms sont bu­co­liques. On sait très

bien tou­te­fois que le pro­blème ne vient pas tant de l’habitat – mas­si­ve­ment dé­truit ou ré­no­vé de­puis une quin­zaine d’an­nées – que des ha­bi­tants. À tous les étages de l’ac­tion pu­blique, un mé­lange va­riable d’iner­tie, de cal­cul et d’in­com­pé­tence ex­plique que le lo­ge­ment so­cial ait été dé­tour­né de son ob­jec­tif. L’idée ini­tiale était en ef­fet qu’il pro­fite à tous, ou­vriers, em­ployés et même cadres, afin de fa­vo­ri­ser la mixi­té so­ciale. Or, au fil du temps et des flux mi­gra­toires, il est de­ve­nu une aide so­ciale ré­ser­vée aux plus dé­mu­nis, donc, dans les faits, lar­ge­ment aux im­mi­grés. Jus­qu’à la fin des an­nées 1970, des fa­milles d’ou­vriers, d’em­ployés et de cadres co­existent ef­fec­ti­ve­ment dans les ci­tés HLM, tan­dis que les plus dé­mu­nis oc­cupent seule­ment 10 % du parc, la plu­part se lo­geant comme ils peuvent dans le pri­vé dé­gra­dé. C’est au cours des an­nées 1980 qu’on peut ob­ser­ver la pau­pé­ri­sa­tion des oc­cu­pants du parc so­cial : le pour­cen­tage des lo­ca­taires ap­par­te­nant au quart de la po­pu­la­tion le plus pauvre passe de 17,2 % en 1978, à 30,2 % en 1988 et 33 % en 1996. En clair, les HLM sont un sas pour ceux qui par­viennent à prendre l’as­cen­seur so­cial et une nasse pour ceux qui stag­nent ou dé­clinent. Ils vont sur­tout de­ve­nir très vite un ins­tru­ment d’ac­cueil et de ges­tion des flux mi­gra­toires – en l’oc­cur­rence des tra­vailleurs al­gé­riens et ma­ro­cains qui af­fluent dans des « gar­nis » ou dans des bi­don­villes, dé­non­cés, à rai­son, comme une honte na­tio­nale. En 1963, pa­ral­lè­le­ment à l’ou­ver­ture des foyers So­na­co­tra créés par le mi­nis­tère de l’in­té­rieur pour les cé­li­ba­taires, les pre­mières ci­tés de tran­sit ac­cueillent les fa­milles. Bien avant le « re­grou­pe­ment fa­mi­lial », le nombre d’étran­gers passe de 1,7 mil­lion en 1954 à 3,4 mil­lions en 1975. Ain­si, vers 1970, la po­pu­la­tion du quar­tier des Izards à Tou­louse, où vit le chan­teur Ma­gyd Cher­fi, au­teur de Ma part de Gau­lois, est dé­jà ma­jo­ri­tai­re­ment magh­ré­bine. Sa mère est l’une des seules à en­cou­ra­ger le goût pour la lec­ture de son fils que ses ca­ma­rades traitent de « ta­pette ». Et il ne peut in­vi­ter ses co­pains « fran­çais » dans le quar­tier où ils se­raient mal re­çus. Au dé­but, es­pé­rant créer de la mixi­té eth­nique si­non so­ciale, les pou­voirs pu­blics tentent d’im­po­ser des quo­tas au­jourd’hui contraires aux règles en­tiè­re­ment sou­mises au sa­cro-saint prin­cipe de non-dis­cri­mi­na­tion. Le po­li­ti­que­ment cor­rect n’oblige pas en­core à dé­tour­ner le re­gard des réa­li­tés gê­nantes et il se dit alors qu’au-des­sus de 10 à 15 % d’élèves magh­ré­bins les ins­ti­tu­teurs ne peuvent pas faire leur tra­vail, et les plaintes de voi­sins se mul­ti­plient. Mais très vite, ces seuils sont pul­vé­ri­sés et de très nom­breuses ci­tés de la ré­gion pa­ri­sienne, pro­gres­si­ve­ment dé­ser­tées par les Por­tu­gais, Ita­liens et Es­pa­gnols, de­viennent des en­claves géo­gra­phiques et cultu­relles. Au­jourd’hui, les mu­ni­ci­pa­li­tés, qui n’ont la main que sur un tiers du parc so­cial, tentent de jon­gler pour main­te­nir de fra­giles équi­libres : « Tout le monde sait par exemple que la co­ha­bi­ta­tion entre Turcs et Magh­ré­bins est as­sez dif­fi­cile, sauf s’il y a une qua­si-éga­li­té nu­mé­rique entre les deux », ex­plique un maire de Seine-saint De­nis qui avoue jouer avec les règles pour main­te­nir un peu de di­ver­si­té eth­nique dans le parc so­cial de sa ville. Les HLM ont donc lar­ge­ment contri­bué à re­des­si­ner la géo­gra­phie contem­po­raine de la France avec la tri­par­ti­tion dé­sor­mais clas­sique de Guilluy : centres-villes pour les bo­bos et les ga­gnants de la mon­dia­li­sa­tion, ban­lieues pour les classes po­pu­laires im­mi­grées, France pé­ri­phé­rique pour les classes po­pu­laires et moyennes de souche. « En clair, as­sène en­core le maire du 9-3, le lo­ge­ment so­cial a été le vec­teur pri­vi­lé­gié du grand rem­pla­ce­ment. » Si on re­fuse la for­mule de Re­naud Ca­mus on di­ra au moins que les HLM ont été l’un des ins­tru­ments de ce que notre ami Her­vé Al­ga­lar­ron­do a ap­pe­lé la pré­fé­rence im­mi­grée. Mais de­puis une quin­zaine d’an­nées, c’est-à-dire de­puis que la gauche a conquis plu­sieurs de nos mé­tro­poles les plus bour­geoises, son in­té­rêt pour le lo­ge­ment so­cial semble s’être ra­vi­vé. Sauf qu’il ne s’agit plus de créer des villes nou­velles mais de mo­di­fier la com­po­si­tion dé­mo­gra­phique des grandes-villes, en fai­sant ve­nir des po­pu­la­tions qu’elle sup­pose lui être plus fa­vo­rables. C’est en par­ti­cu­lier le cas à Pa­ris qui semble être vouée par l’équipe de Mme Hi­dal­go à voir co­exis­ter les maîtres du monde et ceux qui les servent – au dé­tri­ment des classes moyennes, chas­sées de la ca­pi­tale par les loyers pro­hi­bi­tifs et leur ex­clu­sion du lo­ge­ment so­cial. À vrai dire, il n’est pas sûr que toute cette in­gé­nie­rie so­ciale ait les ré­sul­tats es­comp­tés en termes élec­to­raux, même si, de­puis 2001, la gauche ar­rive à se main­te­nir à l’hô­tel de Ville. Si l’on éva­lue les ré­sul­tats à l’aune d’in­ves­tis­se­ments co­los­saux, une conclu­sion s’im­pose : le lo­ge­ment so­cial à la fran­çaise est un échec, dou­blé d’un énorme gâ­chis. Ce­la ne si­gni­fie pas qu’il faille je­ter le bé­bé avec l’eau du bain et confier au seul mar­ché le soin de four­nir un toit à tous. Nul ne conteste, même les li­bé­raux, que l’état ait vo­ca­tion à être un ac­teur clé du sec­teur. Mais peut-être faut-il ré­vi­ser nos am­bi­tions à la baisse et re­mettre les ap­pren­tis sor­ciers de l’ur­ba­nisme à leur place. Le temps où on rê­vait d’une ville nou­velle pour un homme nou­veau est ré­vo­lu. Si vous vou­lez sa­voir comment meurent les uto­pies, al­lez faire un tour aux Min­guettes. •

En un de­mi-siècle, les belles pro­messes des Trente Glo­rieuses ont abou­ti à des quar­tiers de haute in­sé­cu­ri­té.

Dy­na­mi­tage de tours HLM de la ZUP des Min­guettes à Vé­nis­sieux, juin 1983.

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