Bensoussan, nou­veau Dru­mont ?

Dans leur ten­ta­tive de lyn­chage ju­di­ciaire à la 17e chambre, les sa­la­fistes du CCIF ont ac­cu­sé l'his­to­rien Georges Bensoussan de ra­cisme an­ti­mu­sul­man. C'est presque lo­gique, puisque ces gens-là voient des is­la­mo­phobes par­tout. En re­vanche, on se de­mande e

Causeur - - Sommaire N° 44 – Mars 2017 - Bar­ba­ra Le­febvre

Il faut re­mer­cier le Col­lec­tif contre l'is­la­mo­pho­bie en France (CCIF). Pour avoir fait ap­pa­raître pu­bli­que­ment les lâ­che­tés de l'an­ti­ra­cisme à géo­mé­trie va­riable. Pour nous mon­trer qu'une cer­taine France s'est en ef­fet sou­mise. Un ma­gis­trat du par­quet a ain­si dé­ci­dé qu'un si­gna­le­ment de cette of­fi­cine iden­ti­taire, ad­ver­saire re­ven­di­qué de la loi ré­pu­bli­caine, mé­ri­tait pour­suite contre un his­to­rien fran­çais, Georges Bensoussan. Lors du pro­cès, qui s'est te­nu le 25 jan­vier de­vant la 17e chambre du Tri­bu­nal de Pa­ris, le seul an­ti­ra­ciste pré­sent ce jour-là, c'était lui – le pré­ve­nu. Le CCIF ne pense pas : il juge, stig­ma­tise sur des bases ab­so­lu­ment sé­gré­ga­tion­nistes. Rien de neuf, la re­for­mu­la­tion du dis­cours sur l'is­la­mo­pho­bie gé­né­ra­li­sée de l'or­ga­ni­sa­tion de la confé­rence is­la­mique (OCI) qui a no­tam­ment pro­duit en 1990 une « lu­mi­neuse » Dé­cla­ra­tion is­la­mique des droits de l'homme que cha­cun de­vrait lire. Quant à ceux qui se pro­clament les ad­ver­saires du po­li­ti­co-re­li­gieux et du ra­cisme « d'où qu'il vienne »,

LDH, Mrap, Licra, SOS Ra­cisme, tous s'en­ivrent de leurs mots-va­lises, de leurs im­plo­ra­tions et de leurs ba­tailles ju­di­ciaires : « Pré­ser­vons le vivre-en­semble. » Peu im­porte que le vivre-en­semble n'existe que dans leurs rêves. Il faut faire taire ce­lui qui em­pêche de rê­ver. Mau­vais au­gure pour la li­ber­té dé­mo­cra­tique que cette al­liance des au­truches et de leur pré­da­teur. At­ta­qué de toutes parts (en in­terne en par­ti­cu­lier), le pré­sident de la Licra se dé­fend: la Licra n'a pas sui­vi le CCIF, elle a sui­vi le par­quet « comme c’est l’usage1 ». Faux. La com­mis­sion ju­ri­dique de la Licra pré­cise sur son site : « Si la pré­sence de la Licra aux cô­tés du par­quet re­pré­sente une va­leur ajou­tée, elle n’est par­fois pas né­ces­saire. Par ailleurs, la Licra ne peut in­ter­ve­nir sans un ac­cord ex­près de la vic­time lorsque celle-ci est iden­ti­fiée. » Dans cette af­faire, la vic­time iden­ti­fiée étant « les fa­milles arabes », on de­vra se pas­ser de leur ac­cord ex­près. Mais le CCIF est là pour les re­pré­sen­ter et si­gnale en leur nom les pro­pos de Bensoussan pro­non­cés sur France Culture en oc­tobre 2015. C'est toute la stra­té­gie iden­ti­taire des di­ri­geants de l'as­so­cia­tion de pas­ser pour les por­te­pa­role d'une com­mu­nau­té dont ils pré­tendent son­der les coeurs et les es­prits sans te­nir compte de sa di­ver­si­té. Le pro­cès in­ten­té à Pas­cal Bru­ck­ner et Jean­nette Bou­grab par le PIR (Par­ti des In­di­gènes de la Ré­pu­blique) et les In­di­vi­sibles était ignoble mais symp­to­ma­tique du ra­cisme bien connu de ces as­so­cia­tions. Le pro­cès fait à l'his­to­rien Georges Bensoussan est en re­vanche his­to­rique, même s'il conclut une cam­pagne achar­née. Une en­sei­gnante pas­sion­née par la di­ver­si­té in­di­gé­niste a pu ras­sem­bler les pé­ti­tion­naires qui dé­noncent de­puis quinze ans Les Ter­ri­toires per­dus de la Ré­pu­blique comme une opé­ra­tion de pro­pa­gande ra­ciste an­ti-arabe sa­vam­ment or­ches­trée (par qui ?). De­puis 2002, hé­las, les faits nous ont don­né rai­son en ma­tière d'an­ti­sé­mi­tisme violent et de mon­tée du ra­di­ca­lisme. Mais té­moi­gner de la tra­gé­die mo­rale et po­li­tique qui s'an­nonce est en soi un crime pour les pe­tits idéo­logues dif­fé­ren­tia­listes d'ex­trême gauche qui se re­trouvent à sou­te­nir Dieu­don­né ou cau­tion­ner les réunions in­ter­dites aux Blancs au nom du pro­gres­sisme post­mo­derne. Dans le feu de l'échange avec Pa­trick Weil dans Ré­pliques, l'émis­sion d'alain Fin­kiel­kraut, Bensoussan, ci­tant de mé­moire des pro­pos te­nus par Smaïn Laa­cher dans un do­cu­men­taire, uti­li­sait la mé­ta­phore d'un an­ti­sé­mi­tisme « té­té au lait de la mère » qui lui a va­lu ce pro­cès. En réa­li­té, Laa­cher al­lait beau­coup plus loin : « Cet an­ti­sé­mi­tisme, il est dé­jà dé­po­sé dans l’es­pace do­mes­tique. Il est qua­si na­tu­rel­le­ment dé­po­sé sur la langue, dé­po­sé dans la langue... Des pa­rents à leurs en­fants, quand ils veulent les ré­pri­man­der, il suf­fit de les trai­ter de juifs. Bon. Mais ça, toutes les fa­milles arabes le savent. » Mais un so­cio­logue fran­çais d'ori­gine al­gé­rienne, on ne pé­ti­tionne pas contre lui, on ne le traîne pas de­vant les tri­bu­naux, on le dit vic­time d'une dif­fa­ma­tion et d'une ma­ni­pu­la­tion et on le pousse à por­ter plainte contre Bensoussan. Smaïn Laa­cher, qui pense par lui-même, a re­ti­ré sa plainte. Dé­cep­tion de la pa­sio­na­ria et ses amis qui après la pé­ti­tion Me­dia­part, ins­tru­ment fé­tiche de la vé­ri­té Po­tem­kine, se tournent vers le CCIF ! Et les as­so­cia­tions an­ti­ra­cistes dans tout ça ? De la LDH et du Mrap, rien à at­tendre : voi­là vingt ans que ces vieux fos­siles mar­xistes, ob­sé­dés par la ques­tion co­lo­niale, sou­tiennent l'is­lam po­li­tique. Ce 25 jan­vier, ils étaient fiers d'être al­liés à la re­pré­sen­tante du CCIF qui ar­bo­rait, de­vant les juges, son hi­jab rose et sa large robe fleu­rie dis­si­mu­lant son corps aux re­gards per­vers du pu­blic. Li­la Cha­ref, par ailleurs avo­cate, dé­nonce de­vant la pré­si­dente le ra­cisme d'état dont « les mu­sul­mans » sont vic­times en France. Dans un compte-ren­du hal­lu­ci­nant pa­ru sur Me­dia­part, Gilles Man­ce­ron2, an­cien mi­li­tant de la LDH et pé­ti­tion­naire contre Bensoussan, croit trou­ver la faille en éta­blis­sant « un lien entre la lec­ture de cette his­toire faite par Georges Bensoussan comme un an­ta­go­nisme constant entre Juifs et Arabes et la ma­nière dont les par­ti­sans is­raé­liens de la pour­suite ef­fré­née de la co­lo­ni­sa­tion mettent l’accent sur un an­ti­sé­mi­tisme éter­nel et gé­né­ra­li­sé dans le monde arabe pour jus­ti­fier la pé­ren­ni­sa­tion de cette po­li­tique ». Ou comment les lu­nettes em­buées par l'ob­ses­sion du dé­mon co­lo­nial sio­niste font perdre la vue. En outre, au mo­tif que Bensoussan condamne l'aveu­gle­ment gé­né­ral sur l'an­ti­sé­mi­tisme arabe, Man­ce­ron va jus­qu'à le com­pa­rer à Dru­mont qui se pré­sen­tait à la fin du xixe siècle comme le dé­non­cia­teur du pou­voir de la race juive « que per­sonne ne veut voir ». Bensoussan hé­ri­tier du fon­da­teur de la Ligue na­tio­nale an­ti­sé­mite de France, il fal­lait oser. Res­tent SOS Ra­cisme et la Licra. S'agis­sant de celle-ci, il faut sa­voir que l'im­mense ma­jo­ri­té des mi­li­tants ont dé­cou­vert son ac­tion en jus­tice le jour de l'au­dience, ce qui a sus­ci­té dé­mis­sions et conflits in­ternes. Aux cô­tés du pré­sident Alain Ja­ku­bo­wicz, Sa­bri­na Gold­man et Mo­ha­med Si­faoui sont à la ma­noeuvre. La pre­mière, pré­si­dente de la com­mis­sion ju­ri­dique, est ac­tive quand il s'agit de pour­suivre les an­ti­sé­mites qui font con­sen­sus (les Dieu­don­né, So­ral, Ri­va­rol et autres Goll­nisch), mais on ne l'en­tend ja­mais contre ceux du PIR ou du BDS abri­tés der­rière la pro­pa­gande pa­les­ti­no­phile. Sa­bri­na Gold­man, si di­serte le 25 jan­vier contre Bensoussan, →

L'im­mense ma­jo­ri­té des mi­li­tants de la Licra ont dé­cou­vert son ac­tion en jus­tice le jour de l'au­dience, ce qui a sus­ci­té dé­mis­sions et conflits in­ternes.

était fort dis­crète face à Hou­ria Bou­teld­ja sur le pla­teau de Tad­deï en mars 2016, lais­sant à Tho­mas Gué­no­lé le soin de dé­mon­trer l'an­ti­sé­mi­tisme de cette der­nière. Pour­quoi la Licra ne s'est-elle pas lan­cée dans une cam­pagne ju­di­ciaire contre l'ou­vrage ra­ciste d'hou­ria Bou­teld­ja ni contre le camp dé­co­lo­nial in­ter­dit aux Blancs et aux juifs ? Ri­va­rol se ven­drait-il mieux que le pam­phlet ra­ciste et an­ti­sé­mite de Bou­teld­ja ? Mo­ha­med Si­faoui, fraî­che­ment en­tré à la Licra mais dé­jà au bu­reau exé­cu­tif, est quant à lui ir­ré­pro­chable puis­qu'il est LE dé­fen­seur de la dé­mo­cra­tie laïque contre les is­la­mistes, son prin­ci­pal (et unique) ar­gu­ment contre les nom­breuses cri­tiques qui lui sont faites au su­jet de son té­moi­gnage contre Bensoussan, té­moi­gnage com­plé­té par un ar­ticle ac­cu­sant Mar­tine Goz­lan, jour­na­liste de Ma­rianne qui ose dé­fendre Bensoussan, de « conni­vence mal as­su­mée », car elle est prise « entre son iden­ti­té sin­gu­lière et l’hon­nê­te­té in­tel­lec­tuelle 3 ».C'est bien connu, en fin de compte, le juif ne peut faire au­tre­ment que « pen­ser en juif ». Pour l'an­ti­ra­cisme, M. Si­faoui, vous re­pas­se­rez Si­faoui en veut à l'his­to­rien de­puis qu'il a écrit sur la condi­tion des juifs en pays arabes avant la co­lo­ni­sa­tion. Pour Si­faoui qui se voit comme un des ar­ti­sans de la ré­con­ci­lia­tion ju­déo-arabe en France, Bensoussan ruine tout ef­fort de fra­ter­ni­sa­tion. Il de­vient un fa­cho et ses pro­pos ne sont pas ceux d'un « his­to­rien sé­rieux » mais de « n’im­porte quel mi­li­tant du Front na­tio­nal ». Le terme « his­to­rien », entre guille­mets, laissent sup­po­ser que M. Si­faoui est apte à ju­ger des élé­gances aca­dé­miques. Peut-être est-il, à l'ins­tar de Georges Bensoussan, agré­gé d'his­toire ha­bi­li­té à di­ri­ger des re­cherches, au­teur de plus d'une di­zaine d'ou­vrages, di­rec­teur éditorial d'une re­vue his­to­rique qui fait au­to­ri­té dans son do­maine. Au fait, le même Si­faoui écri­vait, en 2015, au su­jet de l'an­ti­sé­mi­tisme dans le monde arabe : « J’ai honte pour ces so­cié­tés abreu­vées par la culture de l’in­dif­fé­rence quand elles ne sont pas nour­ries à la ma­melle de la haine an­ti­sé­mite. » Pour cette ma­melle et pour ces so­cié­tés, ex­pres­sion de l'es­sen­tia­lisme ra­ciste si on a bien sui­vi, à quand un pro­cès ? Qu'est-ce qui a bien pu unir ces deux camps en ap­pa­rence in­con­ci­liables : les iden­ti­taires ra­cia­listes du CCIF et la bien-pen­sance an­ti­ra­ciste as­so­cia­tive ? C'est le su­jet juif. En­core et tou­jours, cet em­pê­cheur de pen­ser en rond. Georges Bensoussan écrit des ou­vrages do­cu­men­tés sur des « su­jets sen­sibles », c'est-à-dire les su­jets d'his­toire ali­men­tant la concur­rence vic­ti­maire. Il ra­conte, à la suite d'autres his­to­riens, an­glo­phones sur­tout, l'his­toire des re­la­tions entre Juifs et Arabes avant la co­lo­ni­sa­tion, avant le sio­nisme et Is­raël, les pré­textes ser­vant à jus­ti­fier la boue an­ti­juive de­puis 1945. L'es­pace géo-his­to­rique

du monde arabe échappe sous sa plume à la doxa ac­tuelle fa­bri­quée par la peur de la confron­ta­tion idéo­lo­gique et iden­ti­taire. C'est pour­tant le dé­ni qui pour­rait la faire ad­ve­nir, cette confron­ta­tion. « On ne naît pas an­ti­sé­mite, on le de­vient », a dit Bensoussan lors de son pro­cès, « ce que la culture a fait, elle peut le dé­faire ». Voi­là d'ailleurs le sens de « té­ter le lait » de­puis long­temps en usage dans la lit­té­ra­ture fran­çaise. Ce n'est en rien bio­lo­gique, c'est la mé­ta­phore même de la trans­mis­sion par l'édu­ca­tion, le bain cultu­rel, « do­mes­tique » comme l'a dit Laa­cher. Im­pru­dents Georges Bensoussan et quelques en­sei­gnants (dont l'au­teur de ce texte) d'avoir ra­con­té dès 2002 l'an­ti­sé­mi­tisme de cer­tains élèves. Im­pru­dent de dé­non­cer le si­lence cou­pable de l'ins­ti­tu­tion sco­laire de­vant cette mon­tée de la haine an­ti­juive, mi­so­gyne, ho­mo­phobe cor­ré­lée à un re­jet ou­vert de la ci­toyen­ne­té fran­çaise. Im­pru­dents d'avoir fait en­tendre en 2002 la voix de col­lé­giens qui, en 2015, glo­ri­fie­ront Me­rah et Cou­li­ba­ly. Im­pru­dents de faire pa­raître en 2017 Une France sou­mise. Im­pru­dent sur­tout Georges Bensoussan quand il pu­blie Une his­toire in­tel­lec­tuelle et po­li­tique du sio­nisme, ou­vrage sa­lué par la cri­tique en 2002. À lire la lit­té­ra­ture pro­duite par les In­di­gènes de la Ré­pu­blique, le CCIF et les bou­tiques de l'is­lam po­li­tique, « l'en­ti­té sio­niste » est un su­jet tel­le­ment ob­ses­sion­nel, qu'on com­prend pour­quoi « se faire » Bensoussan est une sainte mis­sion. Que la Licra et SOS Ra­cisme aient em­boî­té le pas est stu­pé­fiant. Im­pru­dent Bensoussan qui per­siste en 2012 avec presque 1 000 pages sur les Juifs en pays arabes, le grand dé­ra­ci­ne­ment. N'en dé­plaise à M. Si­faoui, le dhim­mi juif su­bit, dès la co­lo­ni­sa­tion arabe moyen-orien­tale et nor­da­fri­caine au viiie siècle, une vio­lence mo­rale et phy­sique com­pa­rable à celle que vi­vaient les juifs d'eu­rope et du monde slave. Mais tout ce­la fut tu, igno­ré, puisque, à la dif­fé­rence de l'eu­rope, les so­cié­tés arabes n'ont fait au­cun tra­vail d'his­toire sur elles-mêmes. Bensoussan n'af­firme pas que l'en­tente ne fut ja­mais pos­sible, il montre qu'il y a dans les so­cié­tés ara­bo-mu­sul­manes un an­ti­ju­daïsme pro­fond qui peut de­ve­nir violent à la moindre vo­lon­té d'éman­ci­pa­tion du do­mi­né. Le dé­lire an­ti­juif, loin de s'être apai­sé avec la mo­der­ni­té, a pris des pro­por­tions phé­no­mé­nales de­puis les an­nées 1930 et la dif­fu­sion de l'idéo­lo­gie na­zie via les Frères mu­sul­mans, ce que Si­faoui, Na­ci­ra Gué­nif4 té­moin pour le CCIF et même Gilles Man­ce­ron ont dû ad­mettre. Mme Gué­nif quant à elle, de toute sa hau­teur de so­cio­logue, a ex­pli­qué à la cour ébau­bie que les so­cié­tés arabes sont gan­gré­nées par l'an­ti­sé­mi­tisme de­puis des siècles mais que c'est un fait so­cio­cul­tu­rel qu'on doit ac­cep­ter comme tel et non le dé­non­cer en gé­né­ra­li­sant, même par mal­adresse. Si le mot juif est une in­sulte en soi, lar­ge­ment usi­tée dans les so­cié­tés ara­bo-mu­sul­manes, ce­la « ne si­gni­fie pas la haine des juifs ». Il faut « contex­tua­li­ser » cette ex­pres­sion, « si­non c’est de l’es­sen­tia­li­sa­tion ». Hi­la­ri­té gé­né­rale du pu­blic. Et pour bam­bou­la ou bou­gnoule ? Quand on les en­tend dans une soi­rée de vieux ra­cistes d'ex­trême droite, on contex­tua­lise ? Ce­la me rap­pelle tant de mes col­lègues en­sei­gnants dans les an­nées 2000, in­dif­fé­rents lors­qu'ils en­ten­daient les pro­pos de « cer­tains » élèves au mo­tif que « c’est leur fa­çon de par­ler, ça ne veut rien dire “chez eux” ». Cette bê­tise des gens in­tel­li­gents : pen­ser sans voir. Ces mêmes col­lègues étaient en re­vanche prompts à agir quand « cer­tains » autres élèves te­naient des pro­pos ra­cistes an­ti-arabes ou trai­taient la prof de « connasse ». Deux poids-deux me­sures : un ra­cisme in­no­cent, un ra­cisme cou­pable. Un hé­ri­tier per­pé­tuel des dis­cri­mi­na­tions co­lo­niales qu'on ex­cuse, un hé­ri­tier per­pé­tuel des co­lons ex­ploi­teurs qu'on condamne. Et ceux qui dé­noncent ces contra­dic­tions ac­cu­sés de « faire le jeu de ». Non, ceux qui « font le jeu de » ce sont les Gué­nif, Man­ce­ron, Si­faoui, Ja­ku­bo­wicz, So­po, etc., dont le dé­ni idéo­lo­gique ren­force les iden­ti­taires de l'in­di­gé­nisme ra­cia­liste is­la­miste et par ré­ac­tion les iden­ti­taires des an­ti-lu­mières d'ex­trême droite. Dire l'an­ti­sé­mi­tisme arabe, le prou­ver his­to­ri­que­ment comme l'a fait Bensoussan, est in­au­dible dans nos dé­mo­cra­ties ter­ro­ri­sées, pra­ti­quant l'au­to­cen­sure et l'au­to­fla­gel­la­tion pour s'as­su­rer du main­tien de la trêve. Mais le réel est tê­tu, et l'ac­tuelle émi­gra­tion des Fran­çais juifs, in­édite et mas­sive, est le signe de l'aveu­gle­ment de la dé­mo­cra­tie face à l'idéo­lo­gie to­ta­li­taire qui la me­nace5. Voi­là ce que ce pro­cès vou­lait dire. Voi­là pour­quoi l'in­édite col­lu­sion de l'état (re­pré­sen­té par un par­quet) et des an­ti­ra­cistes avec les in­di­gé­nistes de l'is­lam po­li­tique de­vrait in­quié­ter tout le monde. Voi­là pour­quoi le ju­ge­ment se­ra his­to­rique. Voi­là pour­quoi il faut dé­fendre non pas Georges Bensoussan, Pas­cal Bru­ck­ner, de­main Gilles Cla­vreul, mais l'idée de la France qu'ils re­pré­sentent. Une France qui pense plus haut qu'elle-même, cou­ra­geuse et prête à as­su­mer son hé­ri­tage in­tel­lec­tuel uni­ver­sel. Si­non, comme le pré­di­sait Al­bert Ca­mus au len­de­main de la guerre, « le long dia­logue des hommes » va s'in­ter­rompre et nous plon­ger dans la guerre dont rêvent les iden­ti­taires de tous bords. • 1. Tri­bune pu­bliée en ligne Cau­seur, le 3 fé­vrier 2017. 2. « À pro­pos du pro­cès de Georges Bensoussan », blog Me­dia­part, 10 fé­vrier 2017. 3. Ma­rianne en ligne, 3 fé­vrier 2017. 4. Pro­fes­seur de so­cio­lo­gie à Pa­ris 8 et sym­pa­thi­sante du PIR dont elle signe les ap­pels à ma­ni­fes­ter, voire y par­ti­cipe. Uni­ver­si­té de Pa­ris 8, lieu où se sont te­nues les réunions pré­pa­ra­toires au camp dé­co­lo­nial in­ter­dit aux « Blancs » du PIR, que Mme Gué­nif a sou­te­nu. Elle a vu dans la po­lé­mique sus­ci­tée par ces réunions sé­gré­ga­tion­nistes « la preuve de la su­pré­ma­tie blanche » et jus­ti­fie « qu'il y ait une vo­lon­té d'entre-soi de la part de per­sonnes op­pri­mées par un sys­tème de ra­cisme ins­crit au plus pro­fond de l'état ». (mai 2016, L'obs, Le Plus). 5. Lire à ce su­jet Juifs de France. Pour­quoi par­tir ? de Serge Moa­ti (édi­tions Stock, 2017), re­cueil d'en­tre­tiens avec des Fran­çais juifs ayant ré­cem­ment émi­gré vers Is­raël.

Georges Bensoussan.

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