La li­ber­té de sa presse

Causeur - - Sommaire N° 44 – Mars 2017 - Ke­vin Er­ke­le­tyan

Em­ma­nuel Ma­cron aime tel­le­ment les mé­dias qu'il est prêt, pour as­su­rer leur in­dé­pen­dance, à se lan­cer dans le bé­né­vo­lat. C'est l'anec­dote ro­cam­bo­lesque que nous ra­conte le jour­na­liste du Monde Adrien de Tri­cor­not. En 2010, alors qu'il cherche à bou­cler son ra­chat, le quo­ti­dien du soir et sa So­cié­té des ré­dac­teurs s'en­tourent de « spé­cia­listes ». Quand sur­git des tré­fonds de la nuit un jeune homme « for­mi­dable, su­per brillant », prêt à les ai­der « pro bo­no ». Il « se pré­sente à nous comme un ban­quier d’af­faires qui fait de l’argent, mais n’y trouve pas du sens, membre de la fon­da­tion Jean Jau­rès, vou­lant dé­fendre la li­ber­té de la presse », se sou­vient le jour­na­liste. « Em­ma­nuel, puisque c’est comme ça qu’on l’ap­pe­lait à l’époque », les conseille et les pousse à ne pas se fo­ca­li­ser sur l'offre Niel-ber­gé-pi­gasse.

Mais alors que les jour­na­listes du Monde sortent d'une réunion avec les conseiller­s de Pierre Ber­gé, à la même adresse, « coïn­ci­dence », que les bu­reaux d'alain Minc, ave­nue George-v, Adrien de Tri­cor­not croise le re­gard… d'em­ma­nuel Ma­cron, en­tou­ré d'alain Minc qui « conseille à l’époque le groupe Pri­sa, un des autres can­di­dats au ra­chat [du] jour­nal ». Aus­si­tôt, le fu­tur mi­nistre se met en marche : il « dis­pa­raît der­rière la porte co­chère ». Stu­pé­fait, le jour­na­liste dé­cide de le suivre. Et dé­marre, à tra­vers étages, pa­liers et cou­loirs, une par­tie de cache-cache avec son bon sa­ma­ri­tain. « J’avais une sorte de pres­sen­ti­ment. J’avais vu que Ma­cron se ca­chait […]. Je monte les marches. Mon té­lé­phone sonne en ap­pel mas­qué. Je n’ai pas su qui c’était, j’ai rac­cro­ché. Et puis j’ar­rive au der­nier étage de l’im­meuble. Je vois que la porte de l’as­cen­seur est blo­quée. […] Et tout au bout de l’étage, sur le pa­lier, il y avait Em­ma­nuel Ma­cron ! »

Pris au piège, il dé­marre, « pile au mo­ment où j’ar­rive », une conver­sa­tion au té­lé­phone et fait mine de ne pas le voir. « Bon­jour Em­ma­nuel, s'ex­clame alors le jour­na­liste en lui ten­dant la main. Tu ne nous dis plus bon­jour ? […] J’ai sen­ti l’an­goisse en lui. Il avait du mal à res­pi­rer. Son coeur bat­tait à 200 à l’heure. » Adrien de Tri­cor­not ap­pren­dra plus tard qu'un cour­rier de re­port des né­go­cia­tions adres­sé à la tri­plette Niel­ber­gé-pi­gasse, dont « la trame » avait été « trans­mise » à la So­cié­té des ré­dac­teurs du Monde par Em­ma­nuel Ma­cron, « avait en fait été ré­di­gé à l’ori­gine par Alain Minc Conseil ». In­dé­pen­dance de la presse tou­jours, le jour­na­liste ne ra­conte pas cette anec­dote dans son jour­nal mais sur Street­press, un ma­ga­zine en ligne par­ti­ci­pa­tif. •

NB : un autre des pro­ta­go­nistes de la scène la confirme en tous points. EL

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.