Tu­ni­sie : la ré­vo­lu­tion du chanvre ?

Causeur - - Sommaire N° 44 – Mars 2017 - Par Daoud Bou­ghe­za­la

Six ans après sa fa­meuse ré­vo­lu­tion du jas­min, la jeu­nesse tu­ni­sienne hé­site entre deux ap­pels du large : un vi­sa vers l'oc­ci­dent ou un taxi pour To­brouk, à l'ombre de l'état is­la­mique li­byen. Or si des ly­céens désoeu­vrés de Si­lia­na, au nord-ouest du pays, ont ré­cem­ment pro­vo­qué une po­lé­mique d'am­pleur na­tio­nale, ce n'est pas en ten­tant de ga­gner Lam­pe­du­sa ou la Li­bye, mais après s'être éva­dés en fu­mant un joint.

Le 12 fé­vrier, deux élèves de ter­mi­nale ont ain­si été ar­rê­tés par la po­lice pour consom­ma­tion de can­na­bis, un dé­lit pas­sible de plus d'un an de pri­son ferme en Tu­ni­sie. Les rap­ports d'am­nes­ty In­ter­na­tio­nal vous le confir­me­ront : en de­hors des ate­liers de bo­dy­pain­ting, ten­dance tor­tures et mau­vais trai­te­ments, les pé­ni­ten­ciers lo­caux évoquent moins le Club Med que Mid­night Ex­press…

Émus par le sort des deux jeunes em­bas­tillés, syn­di­ca­listes, po­li­tiques et in­tel­lec­tuels ont donc lan­cé dar­bou­ka bat­tante une cam­pagne de sou­tien pour as­sou­plir la lé­gis­la­tion. Jus­qu'au pré­sident no­na­gé­naire Be­ji Caïd Es­seb­si, les plus hautes au­to­ri­tés de l'état ont an­non­cé vou­loir abro­ger la Loi 52. Ce texte ul­tra-ré­pres­sif cri­mi­na­lise l'usage de stu­pé­fiants de­puis son adop­tion en 1992 par le ré­gime de Zine el-abi­dine Ben Ali alors que le propre frère du raïs était en­glué jus­qu'au cou dans un tra­fic mon­dial de co­caïne – la cé­lèbre « Cous­cous connec­tion » ! Vingt-cinq ans après cette té­né­breuse af­faire qui s'est sol­dée par la mort non élu­ci­dée de Mon­cef Ben Ali, on peut en ti­rer un bi­lan plus que mi­ti­gé : quelque 120 000 Tu­ni­siens ont sé­jour­né dans les geôles lo­cales pour consom­ma­tion de ha­schich, preuve que le flot de fu­meurs d'herbe ne ta­rit pas.

Même les nos­tal­giques de la si douce dic­ta­ture be­na­liste (sui­vez mon re­gard…) re­con­naissent l'in­ef­fi­ca­ci­té du Code pé­nal. Autre ar­gu­ment en fa­veur d'un as­sou­plis­se­ment de la loi : chez le pre­mier pour­voyeur mon­dial de dji­ha­distes, les mai­sons d'ar­rêts se mé­ta­mor­phosent de plus en plus en écoles du crime sa­lafs, vu la forte pro­por­tion de dé­te­nus sus­cep­tibles de se re­con­ver­tir en bar­bus moyen­ne­ment peace and love.

Pour l'heure, le gou­ver­ne­ment de coa­li­tion is­la­mo­laïque (!) planche sur un pro­jet de ré­forme aux contours en­core flous. On pour­rait lui sug­gé­rer de faire ap­pel à Be­noît Ha­mon, à la fois is­la­mo-friend­ly et par­ti­san de la dé­pé­na­li­sa­tion du can­na­bis. Si le can­di­dat du PS ve­nait à con­seiller les au­to­ri­tés tu­ni­siennes, nul doute que le nombre d'ap­pren­tis dji­ha­distes fon­drait comme neige à Ta­taouine : chi­chon et re­ve­nu uni­ver­sel pour tous, ça en fait rê­ver plus d'un ! •

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