La longue marche d'anne Hi­dal­go

Causeur - - Sommaire N° 44 – Mars 2017 - Par Fran­çois-xavier Aja­von

In­ven­tée de toutes pièces par des tech­no­crates, l'îlede-france est une île qui n'a ja­mais vu, et ne ver­ra ja­mais la mer. Elle est do­tée de plu­sieurs aé­ro­ports pour que des Ja­po­nais ou des Chi­nois puissent se pros­ter­ner par mil­liers au pied d'un py­lône de té­lé­dif­fu­sion que l'of­fice du tou­risme ap­pelle pom­peu­se­ment « tour Eif­fel ».

Il se passe des choses in­quié­tantes en Île-de-france. À Ro­main­ville, où a été ins­tal­lé un dis­po­si­tif de « col­lecte pneu­ma­tique » des dé­chets, une ha­bi­tante a été as­pi­rée par la ma­chine avec sa pou­belle. La mal­heu­reuse, trau­ma­ti­sée, dé­clare : « J’ai peur que ça re­com­mence. » Et en ef­fet, il n'y a au­cune rai­son que ce­la ne se re­pro­duise pas. La guerre contre les ro­bots a com­men­cé.

Par­tout les ini­tia­tives post-apo­ca­lyp­tiques se mul­ti­plient : comme la cam­pagne pour la can­di­da­ture de Pa­ris aux JO de 2024, ou la ré­cente construc­tion d'une pa­ti­noire sur le toit de la tour Mont­par­nasse… on re­gret­te­ra la ti­mi­di­té des or­ga­ni­sa­teurs, qui n'ont pas été jus­qu'à construire un trem­plin de saut à ski don­nant sur le vide. Ce qui au­rait eu au moins la beau­té du tra­gique.

Au coeur de l'île-de-france, il existe quelques vraies îles, dont celle de la Ci­té, en plein Pa­ris, que des scé­no­graphes, par­don, des ar­chi­tectes en­tendent mo­der­ni­ser – en construi­sant no­tam­ment de­vant Notre-dame un par­terre de verre illu­mi­né de jeux de lu­mières... Ce­la vien­drait par­ache­ver l'am­bi­tion d'anne Hi­dal­go de re­mo­de­ler la ca­pi­tale, d'en faire une « ins­tal­la­tion », en chas­sant l'en­ne­mi mil­lé­naire du pié­ton : l'au­to­mo­bile. D'ailleurs, après avoir li­bé­ré les voies sur berges du joug fas­cis­toïde et nau­séa­bond des gaz d'échap­pe­ment, la mai­resse (il faut dire comme ça) en­tend ré­in­ven­ter le pié­ton.

Dans l'uni­vers mer­veilleux d'anne Hi­dal­go, fait d'en­chan­te­ments mys­té­rieux et de jar­gon évé­ne­men­tiel, tout est tou­jours à « ré­in­ven­ter ». Ain­si, il conve­nait d'édic­ter un « plan de marche », pour ré­ap­prendre aux Pa­ri­siens à mar­cher. Et peut-être bien­tôt à « mar­cher droit » ? Fin jan­vier, le Conseil de Pa­ris a donc adop­té une « stra­té­gie glo­bale pour les pié­tons », si­gné la « Charte in­ter­na­tio­nale de la marche ». Il s'agit de par­ta­ger la ville, de « re­va­lo­ri­ser les pro­me­nades », de faire la part belle au vé­lo (c'est-à-dire d'en pour­suivre le culte) et de « confor­ter la culture pié­tonne ».

Cette ré­vo­lu­tion pas­se­ra no­tam­ment par la pose d'« élé­ments lu­diques » vi­sant à « ponc­tuer les par­cours » pié­tons, « tra­vailler » la vé­gé­ta­li­sa­tion et sur­tout ins­tau­rer des « rues aux en­fants » dans le cadre de « Sec­teurs pié­tons pri­vi­lé­giés ou­verts à tous » (les SPOT). Le Conseil a aus­si pro­mis d'en­tendre ce voeu émis par cer­tains groupes mu­ni­ci­paux, en ac­cord avec l'as­so­cia­tion « Genre et Ville » (sic) que la mixi­té soit prise en compte dans la stra­té­gie pié­tonne. Si quel­qu'un peut m'ex­pli­quer... M'en­fin, mieux vaut en­tendre ça qu'« En marche ! ». Je me com­prends. •

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