Laïque dans le 9-3, un che­min de croix ?

Causeur - - Sommaire - Pau­li­na Dal­mayer

Rares sont les élus qui osent s'op­po­ser à L'OPA des islamistes sur les ban­lieues po­pu­laires. Confron­tés à des sa­la­fistes ex­trê­me­ment agres­sifs et à une gauche sou­vent com­plice, quelques cou­ra­geux mi­li­tants tiennent bon. Re­por­tage.

Nous avan­çons au pas le long du che­min de Sa­vi­gny à l'heure où la foule se dé­verse de la mos­quée Oth­man après la grande prière du ven­dre­di. Les hommes en qa­mis, chaus­settes blanches et cla­quettes de pis­cine, les femmes en hi­jab ou en ni­qab, zig­zaguent en tra­vers de la route. Cer­tains y ver­raient la re­pré­sen­ta­tion in­car­née du « Grand Rem­pla­ce­ment ». D'autres re­mar­que­raient que nous sommes les seuls Blancs dans un pé­ri­mètre as­sez large de la ville de Se­vran. Au vo­lant de sa voi­ture, J., qui sou­haite gar­der l'ano­ny­mat pour des rai­sons de sé­cu­ri­té, s'égare dans le la­by­rinthe des al­lées de la ci­té avoi­si­nante. En face de nous, une Au­di flam­bant neuve pile de­vant un groupe d'ado­les­cents à peine pu­bères. Le chauf­feur, un jeune homme noir, leur tend un sa­chet de mar­chan­dise illi­cite, fai­sant abs­trac­tion de notre pré­sence. Après la te­nue, l'été der­nier à Reims, d'« un camp d'été dé­co­lo­nial », in­ter­dit aux « non-ra­ci­sés », c'es­tà-dire aux Blancs, et à quelques jours de la confé­rence dé­diée aux vio­lences po­li­cières dans le cadre de l'ate­lier Pa­roles non blanches à l'uni­ver­si­té Paris 8, les dam­nés de la Terre ont réus­si à im­po­ser dans l'es­pace pu­blic un vo­ca­bu­laire ra­cia­liste, ba­sé sur l'idée de la culpa­bi­li­té des Blancs en­vers les peuples co­lo­ni­sés et les im­mi­grés. Il im­porte donc de pré­ci­ser que nous sommes du cô­té des op­pres­seurs. En sor­tant de chez

lui, quelques rues plus loin, J. s'est dé­jà fait trai­ter de « co­lon », et il n'est pas cer­tain que son ex­pli­ca­tion « mon père était pa­veur » y chan­ge­ra quoi que ce soit à l'ave­nir. Pour­tant les « co­lons », coin­cés dans les ban­lieues ron­gées par le com­mu­nau­ta­risme et l'islam po­li­tique, ne sont pas les seuls à en souf­frir. Mi­li­tant de la Bri­gade des mères et an­cien syn­di­ca­liste, J. écoute quo­ti­dien­ne­ment les plaintes de ses voi­sins mu­sul­mans is­sus de l'im­mi­gra­tion, qui n'en peuvent plus des agis­se­ments de ceux qu'on ap­pelle ici « les Af­ghans », ou bien « fré­rots sa­lafs ». Pas­sant de­vant la sta­tue de Fran­çois Mau­riac, éri­gée fiè­re­ment à proxi­mi­té d'une école co­ra­nique, « La mai­son des sa­voirs », nous ne pou­vons ré­pri­mer un ac­cès de rire convul­sif. J. vou­drait en­core me mon­trer la par­celle des­ti­née à ac­cueillir une mos­quée de 5 000 places. « Si les po­li­tiques ne font rien, il faut au moins qu'ils dé­clarent cer­taines villes re­li­gieuses et, sur­tout, qu'ils les en­tourent de murs. Le phé­no­mène touche toute la France, pas que la Seine-saint-de­nis ! » s'in­surge-t-il. Certes, Rou­baix, Tou­louse, Lu­nel, Mar­seille, Lyon ont cha­cune leur Mo­len­beek. Tou­te­fois, J. hisse Trappes au som­met des villes les plus gan­gre­nées, orien­tant la conver­sa­tion sur le su­jet des élec­tions pré­si­den­tielles : « Chaque can­di­dat de­vrait se pro­non­cer à pro­pos de la laïcité. C'est le point es­sen­tiel. » Avec un tiers des Fran­çais qui se dit « non re­li­gieux » et un autre qui se dé­clare « athée », se­lon un son­dage de Win/gal­lup In­ter­na­tio­nal de 2012, la ques­tion →

de­vrait en ef­fet pré­oc­cu­per les pré­si­den­tiables. Pour­tant, on n'a pas l'im­pres­sion que c'est le cas. J. passe à un ra­pide exa­men : « Ha­mon sait qu'il va perdre, alors il pré­pare dé­jà les lé­gis­la­tives et ca­resse l'élec­to­rat com­mu­nau­taire dans le sens du poil. Mé­len­chon n'est pas clair, il de­vrait faire le mé­nage dans ses rangs. Ma­cron est un li­bé­ral, mais est-ce que face aux islamistes on a droit à toutes les li­ber­tés ? Le Pen n'est pas la so­lu­tion, ce que je ré­pète à mes amis mu­sul­mans ten­tés de lui don­ner leurs voix. Ces gens-là dis­cutent d'abord avec des battes de base-ball. Ce ne sont pas eux qui vont nous li­bé­rer. Et j'en sais quelque chose parce qu'il y avait des syn­di­ca­listes FN, ici. Ils vont de­man­der aux sa­la­fistes de te­nir les quar­tiers. Les fas­cistes entre eux se com­pren­dront tou­jours. Le pire, c'est Fillon ! Il se pré­sente comme ca­tho­lique po­li­tique et il veut com­battre l'islam po­li­tique ? Alors ce se­ra la guerre des re­li­gions. » On peut ne pas par­ta­ger ces opi­nions. Mais le sen­ti­ment que le pro­blème est sans is­sue est lui, lar­ge­ment par­ta­gé.

La stra­té­gie du sa­la­mi

Lau­rence Mar­chand-taillade, pré­si­dente fon­da­trice de l'ob­ser­va­toire de la laïcité du Val-d'oise et au­teur de L'ur­gence laïque, dé­cor­tique avec clar­té le pro­ces­sus de l'ac­ca­pa­re­ment du ter­ri­toire par les franges les plus ra­di­cales de la com­mu­nau­té mu­sul­mane : « Il suf­fit de se consti­tuer en une as­so­cia­tion d'une poi­gnée de per­sonnes, mais qui pré­tend re­pré­sen­ter une ma­jo­ri­té, pour exi­ger du maire des conces­sions. Soit le maire cède et il y a, à chaque de­mande, une nou­velle tranche du sa­la­mi, soit il ré­siste en su­bis­sant des pres­sions qua­si quo­ti­diennes. » À Ba­gno­let, la ma­chine est en marche. Alors que les ci­toyens de la ville es­pé­raient le re­nou­veau avec la vic­toire de To­ny Di Mar­ti­no (PS) aux mu­ni­ci­pales de 2014, le sys­tème de conni­vence avec les fi­gures de l'islam po­li­tique, hé­ri­tage de l'an­cien maire com­mu­niste Marc Ever­becq, re­fait sur­face avec force, pous­sant les der­niers in­cor­rup­tibles à dé­non­cer la consan­gui­ni­té. Ain­si, le conseil mu­ni­ci­pal du 2 mars a-t-il été bruyam­ment in­ter­rom­pu par un agi­ta­teur af­fi­lié aux In­di­gènes de la Ré­pu­blique – que nous dé­nom­me­rons X. pour ne pas lui of­frir la vi­si­bi­li­té mé­dia­tique qu'il ne mé­rite pas –, qui s'est lan­cé dans une dia­tribe contre une élue de la ma­jo­ri­té, Ma­rie-laure Bros­sier. Le tort de cette femme cou­ra­geuse a été de dé­non­cer, en 2013, l'exis­tence d'une école co­ra­nique illé­gale, hé­ber­gée par l'as­so­cia­tion des mu­sul­mans de Ba­gno­let (AMB) – ap­pa­rem­ment à son in­su – dans les lo­caux mu­ni­ci­paux. Aus­si­tôt taxée d'is­la­mo­phobe, Ma­rie-laure Bros­sier a fait l'ob­jet d'une ma­ni­pu­la­tion qui vi­sait à lui at­tri­buer des pro­pos contre L'AMB, qu'elle n'a ja­mais te­nus. Pour in­ten­ter un pro­cès contre X. pour dif­fa­ma­tion, l'élue a ob­te­nu du conseil mu­ni­ci­pal la pro­tec­tion fonc­tion­nelle, qui per­met à l'as­su­rance d'une ville de cou­vrir les frais de jus­tice des élus, agents mu­ni­ci­paux et fonc­tion­naires. X. a ten­té de faire croire aux ha­bi­tants de Ba­gno­let que l'ar­gent dé­pen­sé pour le pro­cès ve­nait de leur poche et dé­peint Ma­rie­laure Bros­sier, qui est proche du Prin­temps ré­pu­bli­cain, comme une ex­tré­miste de droite. L'élue, qui se consi­dère comme une ci­toyenne lamb­da, dé­fend fiè­re­ment son sta­tut de non-en­car­tée. Pour avoir vo­té en fa­veur de sa pro­tec­tion, Mi­chel Léon, pré­sident de l'an­tenne lo­cale de la Ligue des droits de l'homme, a su­bi des me­naces ou­vertes de la part de X., alors sou­te­nu par un élu d'op­po­si­tion, Jim­my Pa­rat, in­té­griste an­ti-ivg qui se dit membre du par­ti « Fran­çais et Mu­sul­mans ». « Il fau­drait dé­jà que cet in­di­vi­du ait une exis­tence lé­gale, qu'il res­pecte la loi et qu'il re­pré­sente réel­le­ment quel­qu'un, ce qui n'est pas le cas », com­mente Mi­chel Léon, à pro­pos de X., ju­geant la si­tua­tion « pré­oc­cu­pante ». De son cô­té, Ma­rie-laure Bros­sier ré­sume l'at­ti­tude de X. avec une lu­ci­di­té qui fait dé­faut à nombre de nos re­pré­sen­tants : « Quand tu com­mences à em­pié­ter sur la bonne te­nue des ins­tances de la Ré­pu­blique, c'est que tu n'es pas loin de cas­ser tout ce qui a été construit pour la re­pré­sen­ta­tion dé­mo­cra­tique du pays. En vio­lant les règles, X. af­fiche clai­re­ment son ob­jec­tif, qui n'est pas autre que mettre la Ré­pu­blique à ge­noux. » Il faut croire que c'est à peine une par­tie de l'am­bi­tieux pro­jet de ce fruste in­di­vi­du. Le 26 fé­vrier, une confé­rence Ci­toyen­ne­té et Islam a eu lieu à la mos­quée Al-is­lah à Mon­treuil. L'en­re­gis­tre­ment que nous avons pu nous pro­cu­rer montre qu'il s'agis­sait plu­tôt d'un mee­ting po­li­tique. Après une in­ter­ven­tion, brève et po­li­cée, de l'imam Nou­red­dine Aous­sat qui in­vite ses co­re­li­gion­naires à vo­ter lors de la présidenti­elle, la pa­role re­vient à X., qui leur dit pour qui vo­ter : « La so­lu­tion pour ne pas être tra­his par les élus qui ont ob­te­nu des voix grâce à la com­mu­nau­té mu­sul­mane est d'avoir nos propres re­pré­sen­tants à l'ins­tar de “Fran­çais et Mu­sul­mans”. » S'en­suivent une longue élu­cu­bra­tion sur le trai­te­ment co­lo­nial de l'islam en France, le laï­car­disme nour­ri par la vo­lon­té d'hu­mi­lier les femmes voi­lées et la né­ces­si­té de par­ve­nir à l'au­to­no­mie po­li­tique, et

une conclu­sion op­ti­miste : « Nous pou­vons y ar­ri­ver rien que par le poids dé­mo­gra­phique ! »

Han­ni­bal ante por­tas

As­sise dans la ca­bane du jar­din par­ta­gé qu'elle a créé avec Pierre Ma­thon, Hé­lène Za­nier, mi­li­tante as­so­cia­tive à Ba­gno­let Éco­lo­gie et ex-élue des Verts, se re­monte le mo­ral : « On n'est pas à Se­vran, ici. En­fin, pas en­core. Il y a une classe moyenne à Ba­gno­let qui consti­tue une masse cri­tique. » L'at­ta­che­ment à la laïcité n'en est pas moins le pre­mier cri­tère de ses choix élec­to­raux : « J'au­rais vo­té Valls, alors que pour une éco­lo faire une croix sur Notre-dame-des-landes, c'était dur. Mais on doit com­men­cer par ar­rê­ter le to­ta­li­ta­risme. Je pré­fère mou­rir ir­ra­diée que sous une bur­qa. » Nous nous pen­chons sur l'ar­ticle de Gé­rard Biard pa­ru dans un des der­niers nu­mé­ros de Char­lie Heb­do, dont Hé­lène Za­nier est une fi­dèle lec­trice de­puis tou­jours : « Vu la fa­çon dont la cam­pagne élec­to­rale est en­ga­gée, écrit-il, Ma­rine Le Pen risque d'être dé­sor­mais la seule can­di­date à par­ler sans dé­tours ni co­li­fi­chets de laïcité. » Al­lu­mant une énième ci­ga­rette, Hé­lène Za­nier ac­quiesce : « Il est vrai qu'elle a été la seule à re­fu­ser de por­ter le voile. Pour­quoi les autres femmes po­li­tiques n'ont-elles pas osé ? » Gilles Wal­lis, pré­sident de l'as­so­cia­tion Ci­toyens en actes, se joint à nous. Il était aux cô­tés de Ma­rie­laure Bros­sier lors de la ba­taille contre l'école co­ra­nique clan­des­tine et s'étonne en­core de l'in­cu­rie des ins­tances pu­bliques, que ce soit l'ins­pec­tion aca­dé­mique ou la pré­fec­ture, in­ca­pables d'en ve­nir à bout. Ins­tal­lé à Ba­gno­let en 1983, il a ob­ser­vé, d'an­née en an­née, les chan­ge­ments dans sa ville : « C'est in­dé­niable, on voit de plus en plus de femmes voi­lées. Le vrai pro­blème n'est pas la dif­fi­cul­té à s'in­té­grer, mais le re­fus de le faire. Dans cer­taines écoles on n'or­ga­nise plus de classes vertes car les pa­rents ne veulent pas que leurs en­fants soient pol­lués par les mé­créants. » Nous res­tons tard à par­ler des af­faires lo­cales – des agneaux de l'aïd ache­tés sur la ré­serve par­le­men­taire d'un élu pour les fa­milles pauvres, du faux scan­dale du dé­lo­ge­ment de l'as­so­cia­tion des Nu­biens, des in­ces­santes pro­vo­ca­tions de X. Que fe­ra le maire afin de pré­ser­ver son au­to­ri­té ébré­chée et pro­té­ger celle de la Ré­pu­blique ? In­ter­ro­gé à ce su­jet, To­ny Di Mar­ti­no n'a pas don­né de ré­ponse. C'est pour­tant la ques­tion qui tra­casse mes in­ter­lo­cu­teurs au­tant que les ré­sul­tats des pro­chaines élec­tions. Un maire apeu­ré ou en­clin à sé­duire l'élec­to­rat com­mu­nau­taire si­gni­fie que toute une ville risque de glis­ser dans la ca­té­go­rie de « no go zone ». Pour com­bien de temps en­core la proxi­mi­té de Paris suf­fi­ra-t-elle à pro­té­ger Ba­gno­let contre le danger de l'islam po­li­tique ? •

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