« Ceux qui n'ac­ceptent pas le pacte ré­pu­bli­cain ne sont pas les bien­ve­nus.

« CEUX QUI N'AC­CEPTENT PAS LE PACTE RÉ­PU­BLI­CAIN NE SONT PAS LES BIEN­VE­NUS »

Causeur - - Sommaire - En­tre­tien avec Ni­co­las Du­pont-ai­gnan

Cau­seur. Après-guerre, la construc­tion eu­ro­péenne a été en­ga­gée es­sen­tiel­le­ment pour dé­pas­ser la nation ju­gée por­teuse de vio­lence et fau­teuse de trouble. De fait, nous avons connu un de­mi-siècle de paix et de re­la­tive pros­pé­ri­té. Au­jourd'hui que l'eu­rope se dis­loque, comment évi­ter le re­pli des peuples sur un na­tio­na­lisme ob­tus ?

Ni­co­las Du­pont-ai­gnan. Ce n'est pas l'union eu­ro­péenne qui a fait la paix mais la ré­con­ci­lia­tion fran­coal­le­mande. L'eu­rope des na­tions s'est en­suite trans­for­mée en grand en­semble bu­reau­cra­tique et ul­tra-fi­nan­cia­ri­sé, ni fé­dé­ral ni na­tio­nal. Cette Union eu­ro­péenne, aux di­ri­geants non élus, sou­mise aux forces des lob­bies, du mar­ché et des in­té­rêts étran­gers, a tué les na­tions et leur ca­pa­ci­té à or­ga­ni­ser leur dé­mo­cra­tie sans pour au­tant créer de cadre eu­ro­péen sta­bi­li­sa­teur. Nous sommes au mi­lieu du gué. À par­tir de là, il y a trois so­lu­tions : – la dis­lo­ca­tion de L'UE qui abou­ti­rait au re­tour des na­tio­na­lismes et des haines ; – la ten­ta­tion fé­dé­rale, qui si­gne­rait la fin de la dé­mo­cra­tie sur le mo­dèle chi­nois : une éco­no­mie ul­tra-ca­pi­ta­liste et un par­ti unique se ma­ni­fes­tant en Eu­rope par deux forces po­li­tiques qui ne sont que deux dé­taillants s'ap­pro­vi­sion­nant chez le même gros­siste ; – la voie que je pro­pose, ca­pable de ré­con­ci­lier la dé­mo­cra­tie, qui s'ef­fec­tue dans le cadre na­tio­nal et une co­or­di­na­tion eu­ro­péenne afin de dé­ve­lop­per des co­opé­ra­tions très concrètes (lutte contre le can­cer et la ma­la­die d'alz­hei­mer, pro­jets de voi­ture propre, aide à l'afrique…).

En tant que gaul­liste at­ta­ché à la sou­ve­rai­ne­té na­tio­nale, vous ai­mez ci­ter Er­nest Re­nan qui voyait dans la nation un « plé­bis­cite de tous les jours ». Mais ce grand es­prit as­su­mait éga­le­ment l'hé­ri­tage his­to­rique et cultu­rel que char­rie toute nation. Quelle est votre dé­fi­ni­tion de l'iden­ti­té na­tio­nale ?

Je com­pare la nation à un arbre dont l'iden­ti­té for­me­rait les ra­cines. L'iden­ti­té fran­çaise est à la fois gré­co­la­tine, chré­tienne et hé­ri­tière de l'es­prit des Lu­mières. La pen­sée unique qui nous gou­verne com­met la fo­lie de nier le legs chré­tien, pour­tant fon­da­men­tal en ce qu'il fait le lien entre l'hé­ri­tage gré­co-la­tin et les Lu­mières. Mais on ne peut pas li­mi­ter l'arbre à ses ra­cines. Aus­si ne suis-je pas hos­tile à l'en­ri­chis­se­ment de la nation fran­çaise par des ap­ports ex­té­rieurs, mais ils doivent res­ter me­su­rés et contrô­lés, de ma­nière à pou­voir être as­si­mi­lés. Sans quoi le mo­dèle fran­çais, for­gé à par­tir d'une po­pu­la­tion res­tée re­la­ti­ve­ment stable du­rant des siècles, se dé­ré­gle­rait comme on l'a vu ces trente der­nières an­nées.

Pour s'as­si­mi­ler, en­core faut-il re­con­naître l'exis­tence d'une culture ma­jo­ri­taire à la­quelle les nou­veaux Fran­çais doivent s'agré­ger. Qu'est-ce qui consti­tue cette culture ?

La culture, c'est d'abord une langue. Quand on perd l'ha­bi­tude de s'ex­pri­mer dans sa langue, et quand on em­prunte la langue d'au­trui, on ne pense plus soi­même. J'at­tache une énorme im­por­tance à l'école ré­pu­bli­caine, où s'ef­fec­tue l'ap­pren­tis­sage de la langue, et je suis le seul can­di­dat à pro­po­ser de pas­ser de neuf heures de fran­çais par se­maine à quinze heures. Se­cond point : la lit­té­ra­ture. La culture fran­çaise est un état d'es­prit qui ren­voie aus­si à notre pa­tri­moine et à nos ter­roirs. Dans la Ré­pu­blique, cha­cun est libre de croire ce qu'il veut, mais on ne peut pas dis­so­cier la France de cette épais­seur.

Cette « épais­seur » n'est pas du goût de cer­tains de nos com­pa­triotes d'ori­gine étran­gère qui voient dans l'as­si­mi­la­tion une do­mi­na­tion cultu­relle. Dans ce contexte de crise, comment re­lan­cer la ma­chine à fa­bri­quer des Fran­çais ?

Il faut être fier de ce qu'on est. Par­mi les nou­veaux

ar­ri­vants, ceux qui n'ac­ceptent pas le pacte ré­pu­bli­cain ne sont pas les bien­ve­nus. Mais on ne peut pas ac­cu­ser les en­fants d'im­mi­grés nés en France de ne pas vou­loir s'as­si­mi­ler si l'école ré­pu­bli­caine et la nation n'éduquent plus. Il faut en­sei­gner la langue, l'his­toire de France, le pa­tri­moine na­tio­nal, non pas pour culti­ver une nos­tal­gie mais afin de re­cons­truire un socle qui évo­lue­ra en fonc­tion des ap­ports ex­té­rieurs. Quand on crée une dy­na­mique, les gens s'y agrègent. Contrai­re­ment à ce qu'on dit, la très grande ma­jo­ri­té des jeunes Fran­çais d'ori­gine étran­gère n'ont qu'une en­vie : épou­ser le beau mo­dèle ré­pu­bli­cain. Ils veulent réus­sir et ga­gner leur vie, sans être sous la coupe des bar­bus ou des grands frères.

Un cer­tain nombre de Fran­çais dits « de souche » s'es­timent pour­tant me­na­cés par la mon­tée de l'islam ra­di­cal, tan­dis que cer­tains de nos com­pa­triotes mu­sul­mans se disent « stig­ma­ti­sés » et dé­noncent une mon­tée de l'is­la­mo­pho­bie. Que ré­pon­dez-vous à tous ces Fran­çais ?

Je peux com­prendre le Fran­çais dit « de souche » qui se sent me­na­cé, comme je peux com­prendre le Fran­çais mu­sul­man qui ai­me­rait pra­ti­quer sa foi tran­quille­ment sans être amal­ga­mé aux ter­ro­ristes ou aux tra­fi­quants de drogue. Ce sont la lâ­che­té et la fai­blesse de l'état qui ont créé ce cli­mat de re­proches ré­ci­proques. On a lais­sé gan­gré­ner et di­vi­ser notre pays par des ac­ti­vistes et des pro­pa­gan­distes islamistes. Plus on at­tend, plus on risque d'avoir des sen­ti­ments mal­sains ren­voyant aux ghet­tos et à la guerre ci­vile. S'agis­sant de l'islam de France, je fe­rai si­gner aux imams un contrat en six points avec la Ré­pu­blique. Et j'ex­pul­se­rai les imams ra­di­caux étran­gers.

Vaste pro­gramme ! Ma ques­tion fi­nale n'est pas moins am­bi­tieuse : comment faire ai­mer la France à tous les Fran­çais ?

En la pro­je­tant dans l'ave­nir tout en res­tant fiers de nos ra­cines. Il faut re­don­ner un sens com­mun, ras­sem­bler les Fran­çais vers de grands ob­jec­tifs : li­ber­té, éga­li­té, fra­ter­ni­té. Mon cap est très simple. D'abord, j'im­po­se­rai le res­pect de l'ordre pu­blic. Puis j'of­fri­rai la pos­si­bi­li­té à cha­cun de re­cou­vrer sa di­gni­té et un em­ploi, ce que j'ap­pelle le « tra­vail uni­ver­sel ». En­fin, je construi­rai une so­cié­té plus juste et moins frag­men­tée. Et pour te­nir ces trois ob­jec­tifs, il fau­dra re­bâ­tir une vraie dé­mo­cra­tie, avec des ré­fé­ren­dums d'ini­tia­tive po­pu­laire as­so­ciant les ci­toyens. Si vous or­ga­ni­sez un ré­fé­ren­dum sur la laïcité, la ré­forme édu­ca­tive, la po­li­tique pé­nale, la pe­tite mi­no­ri­té brailleuse ne pour­ra pas faire grève contre 90 % de la po­pu­la­tion ! •

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