Et voi­là pour­quoi votre droite est muette

Au mi­lieu du champ de ruines de la cam­pagne Fillon, dans un cli­mat en­core mi­né par les re­grets, les ran­coeurs et les tra­hi­sons, une poi­gnée de mi­li­tants rêve de re­cons­truire la droite. Reste à sa­voir la­quelle.

Causeur - - Sommaire N° 48 – Été 2017 - Éli­sa­beth Lé­vy

La plu­part des bu­reaux sont dé­jà dé­serts, ren­dus à l'ano­ny­mat qui semble avoir été la pre­mière am­bi­tion de leurs construc­teurs. Seules les af­fiches en­core scot­chées aux murs – celles de Fillon, in­tactes, celles de Ma­cron agré­men­tées de toutes sortes de ma­lices – rap­pellent que l'en­semble du bâ­ti­ment, plan­qué dans une pe­tite rue du XVE ar­ron­dis­se­ment, était, la veille en­core, une ruche bour­don­nante mo­bi­li­sée pour une vic­toire que tous, jus­qu'au der­nier mo­ment, ont vou­lu croire pos­sible. « Les gens du di­gi­tal nous ont gon­flés avec Fil­te­ris, alors on y croyait », mur­mure une conseillèr­e qui suit Fillon de­puis long­temps. La jeune femme évoque en se mar­rant les ma­ni­gances des uns et des autres pour être sur l'image lors des mee­tings ou des dé­bats té­lé­vi­sés. En même temps, on com­prend : pour se fa­der trois heures de pa­labres sur une chaise en plas­tique, il faut que ça serve à quelque chose. Ce mar­di 25 avril, deux jours après le pre­mier tour, il règne au QG de la cam­pagne Fillon l'at­mo­sphère très par­ti­cu­lière des len­de­mains de dé­faite. L'ex­ci­ta­tion teinte la dé­cep­tion, et le bon­heur d'être en­core en­semble se mêle à la nos­tal­gie de de­voir se quit­ter bien­tôt. Mal­gré son air ju­vé­nile, Jean-bap­tiste Doat en est à sa quin­zième ou sei­zième cam­pagne. Di­rec­teur de ca­bi­net de Bru­no Re­tailleau au Sé­nat et au Conseil ré­gio­nal des Pays de la Loire, ce gar­çon dis­cret et d'un calme qui doit faire mer­veille dans les cir­cons­tances les plus élec­triques a donc par­ti­ci­pé dès le dé­but à la longue marche de Fillon. Au QG, il a di­ri­gé le pôle nu­mé­rique, une ving­taine de jeunes gens qui pas­saient des heures, souvent en noc­turne, ri­vés à leurs écrans pour dif­fu­ser la pa­role et for­ger la sta­tue du can­di­dat. Dans la « war room », les pe­tits tas de ca­nettes de bière, l'odeur de ta­bac et de piz­za froide, sans ou­blier le der­nier cu­bi de ro­sé tiède qu'on verse dans les go­be­lets en plas­tique, ra­content l'his­toire de ces se­maines pas­sées les uns sur les autres, dans une am­biance hé­si­tant entre la salle de garde et la cham­brée. « C’est comme ça une cam­pagne, ob­serve Doat. Des gens qu’on ne connaît pas de­viennent vos meilleurs amis. » Pour la der­nière fois, toute la pe­tite troupe va dé­jeu­ner chez les Por­tu­gais du coin où l'aris­to­cra­tie, qui avait un ac­cès di­rect au pa­tron, en l'oc­cur­rence My­riam Lé­vy, l'om­ni­po­tente conseillèr­e po­li­tique, et Igor Mi­tro­fa­noff, la plume, est at­ta­blée de son cô­té. Ce jour-là, beau­coup veulent en­core im­pu­ter la dé­faite à la vio­lence de la presse et à la fé­lo­nie des jup­péistes. « Ils ont été tel­le­ment vio­lents sur les af­faires qu’on était contents qu’ils partent, ra­conte An­tho­ny Bres­sy, un autre jeune de l'équipe nu­mé­rique. Non seule­ment ils ne nous don­naient au­cune in­fo, au­cun fi­chier, mais ils es­sayaient en sous-main de gau­chi­ser le pro­pos. Un jour on a ar­rê­té un tract qu’ils pré­pa­raient sur la di­ver­si­té. Après le Tro­ca­dé­ro, quand ils ont lâ­ché, ça s’est très bien pas­sé entre sar­ko­zystes et fillo­nistes, on était en fa­mille. » Au som­met du par­ti, c'était un peu moins le cas, ob­serve Chris­tophe Billan, le pa­tron de Sens com­mun. Au­jourd'hui, la haine fra­tri­cide entre l'an­cien pré­sident et son an­cien col­la­bo­ra­teur n'in­té­resse pas la jeune gé­né­ra­tion, preuve peut-être qu'elle est en quête d'idées plus que d'écu­ries élec­to­rales. Quant à Billan et ses troupes, ils comptent bien pe­ser sur l'ave­nir du par­ti au­quel ils ont adhé­ré mas­si­ve­ment, sus­ci­tant les pin­ce­ments de nez de la droite qu'on aime aux In­rocks. Ain­si Thier­ry So­lère s'est-il il­lus­tré en dé­cla­rant : « Sens com­mun, c’est le FN moins les ber­gers al­le­mands. » Re­marque dou­ble­ment stu­pide il est vrai. « Tout le monde sait que nous ne sommes ni fas­cistes ni ho­mo­phobes. Notre dia­bo­li­sa­tion a été l’ali­bi du re­fus de cla­ri­fi­ca­tion idéo­lo­gique », ré­pond cet an­cien lé­gion­naire, qui di­rige une en­tre­prise de sé­cu­ri­té en même temps que Sens com­mun. Et s'il rêve d'ordre

mo­ral, il le cache bien. Mais c'est peut-être sa cul­ture ca­tho­lique (la joue droite) qui lui in­ter­dit de se plaindre de la fa­çon dont Fillon les a dé­bi­nés en dé­cla­rant dans sa pre­mière in­ter­view après la dé­faite qu'ils avaient pris trop de poids dans sa cam­pagne. « Il m’a ju­ré n’avoir ja­mais dit ce­la, je le crois », dit-il. Au QG, la plu­part se re­fusent à ac­ca­bler le can­di­dat, même si cer­tains ad­mettent ses dé­faillances sur le plan hu­main. D'autres, dans le par­ti ou dans des cercles proches, pointent les conseiller­s, en par­ti­cu­lier My­riam Lé­vy qui était, dit-on, « une ma­chine à dé­cou­ra­ger les bonnes vo­lon­tés ». On se de­mande ce que Pierre Da­non, heu­reux chef d'en­tre­prise dans les té­lé­coms, est al­lé faire dans cette ga­lère. In­di­gné par les at­taques de Fran­çois Hol­lande contre la fa­mille Peu­geot, il a contac­té Fillon en no­vembre 2013 et a par­ti­ci­pé à l'éla­bo­ra­tion de son pro­jet. Deux ans plus tard, il met­tait ses ac­ti­vi­tés entre pa­ren­thèses pour se consa­crer (bé­né­vo­le­ment) à la cam­pagne. En dix­huit mois, à la tête du Conseil na­tio­nal de la so­cié­té ci­vile, un ré­seau qui compte au­jourd'hui 20 000 per­sonnes, Da­non a sillon­né la France en tous sens et tous azi­muts – en­tre­pre­neurs, re­trai­tés, agri­cul­teurs, cher­cheurs, étu­diants… –, sans ou­blier de la­bou­rer cer­tains groupes comme la com­mu­nau­té asia­tique, très fillo­niste en rai­son de son conser­va­tisme de prin­cipe et parce qu'elle a une trouille bleue de l'is­lam. Tout en conser­vant son ad­mi­ra­tion à Fillon, Da­non re­con­naît qu'il est tout, sauf un ma­na­ger : « Dé­jà qu’il est plu­tôt ren­fer­mé de na­ture, ses conseiller­s créaient un écran entre lui et le monde. Ce­la dit, le par­ti, c’est Ba­ron noir en pire. Il au­rait fal­lu écra­ser un cer­tain nombre de doigts de pieds au lieu de mé­na­ger les uns et les autres. Fillon a don­né une cir­co en or à NKM au lieu de la lais­ser à sa sup­pléante et NKM l’a lâ­ché à la pre­mière bour­rasque. On connaît la suite. » Trois mois et une lé­gis­la­tive plus tard, la page Fillon est tour­née. Dans ce qui reste de LR, cer­tains jurent, dé­so­lés ou ten­tés, que Ma­cron est là pour dix ans, mais beau­coup sont bien dé­ci­dés à re­prendre du ser­vice pour la cause. Il ne reste plus qu'à sa­voir la­quelle. Dans l'an­cienne équipe de la rue Fir­min-gil­lot, on sait bien que ni les af­faires ni la mé­chan­ce­té du monde en gé­né­ral et des mé­dias en par­ti­cu­lier ne suf­fisent à ex­pli­quer la dé­faite. Deux points font consen­sus. Le pre­mier, c'est que, au-de­là des af­faires, la ligne po­li­tique de la cam­pagne a été dé­sas­treuse, faute de s'adres­ser aux →

Puisque le pré­sident a dé­si­gné ses par­ti­sans comme des « pro­gres­sistes », la droite qui n'est pas ma­cro­ni­sée ni ma­cro­ni­sable ne de­vrait-elle pas, tout sim­ple­ment, se dé­fi­nir comme conser­va­trice ?

classes po­pu­laires. Le se­cond est que, pour une fois, la droite ne doit pas pla­cer la char­rue de la po­li­tique avant les boeufs de l'idéo­lo­gie. Elle doit ré­soudre la ques­tion de son iden­ti­té et de ses fron­tières avant de cher­cher son Ma­cron – ou sa Ma­cronne. Sur la cam­pagne, même Pierre Da­non, pour­tant ins­pi­ra­teur du sa­cro-saint pro­jet et ar­dent dé­fen­seur de la ré­duc­tion des dé­penses pu­bliques à la dure, re­con­naît que Fillon s'est lais­sé en­fer­mer dans un dis­cours de père Fouet­tard. « J’en veux à la droite et au centre de se four­voyer dans l’éco­no­misme alors qu’au­jourd’hui, le vé­ri­table cli­vage porte sur les ques­tions iden­ti­taires. On ne les en­tend pas sur l’im­mi­gra­tion. On est en­core pri­son­niers de la bien­séance de gauche. » Da­non don­ne­ra peut-être un coup de main à ceux qui re­pren­dront le flam­beau fillo­niste, mais après cette in­cur­sion exal­tante et éprou­vante en po­li­tique, il re­tourne au « pai­sible » monde des af­faires. Une chose est sûre, le grand ras­sem­ble­ment des droites a échoué. Entre les chèvres eu­ro­péistes et les choux sou­ve­rai­nistes, les carpes mul­ti­cul­tu­ra­listes et les la­pins ré­pu­bli­cains, l'eau pro­gres­siste et le feu conser­va­teur (on in­ver­se­ra les termes au gré de ses pré­fé­rences po­li­tiques et ani­ma­lières), la mayon­naise n'a pas pris. Le seul do­maine dans le­quel les dif­fé­rents cou­rants de LR soient en­core à peu près d'ac­cord entre eux, c'est l'éco­no­mie. Seule­ment, comme le note Thier­ry Ma­ria­ni qui vient de perdre son siège de dé­pu­té des Fran­çais de l'étran­ger, c'est aus­si le do­maine dans le­quel ils ne sont pas très éloi­gnés de Ma­cron. Dans un monde or­don­né comme un livre de Re­né Ré­mond, les choses se­raient simples : la droite or­léa­niste, c'est-à-dire l'an­cienne UDF, par­ti­rait chez Ma­cron avec armes et ba­gages, les néo-bo­na­par­tistes ou po­pu­listes se re­grou­pe­raient au Front na­tio­nal et il res­te­rait entre les deux un es­pace pour un conser­va­tisme à la Fillon. Un autre scé­na­rio, tout aus­si sé­dui­sant sur le pa­pier, consiste à re­créer, sur l'es­pace de l'an­cien RPR, un par­ti de droite po­pu­laire qui ras­sem­ble­rait de Chris­tian Ja­cob à Ma­rion Le Pen. « On n’a pas be­soin de po­ser im­mé­dia­te­ment la ques­tion des al­liances, mais ar­rê­tons les ex­clu­sives, tem­père Ma­ria­ni, qui a dé­ci­dé de mettre les pieds dans le plat en ac­cor­dant un en­tre­tien à Mi­nute. Chris­tophe Billan pense pour sa part qu'il faut plu­mer la vo­laille fron­tiste. « Le FN ne de­vrait pas avoir plus de 8 à 10 % des voix et nous de­vons ré­cu­pé­rer tous les autres. » C'est peut-être en­ter­rer un peu vite Ma­rine Le Pen. Après tout, on ne voit pas pour­quoi la pré­si­dente du FN se­rait la seule di­ri­geante po­li­tique qui ne pour­rait ja­mais se re­le­ver d'un ra­tage. Dans la vraie vie, bien sûr, les choses ne s'ar­rangent pas comme dans un jeu de construc­tion. Les cli­vages entre li­bé­raux, po­pu­listes et conser­va­teurs sont mou­vants et ne re­coupent qu'im­par­fai­te­ment les fron­tières entre cou­rants ou or­ga­ni­sa­tions. Du reste, ces ten­dances, qui cor­res­pondent à dif­fé­rentes as­pi­ra­tions de l'es­prit hu­main, peuvent co­exis­ter en cha­cun de nous. Le par­ti a beau se dé­chi­rer entre les cons­truc­tifs-cons­truc­tifs (So­lère et les autres), les cons­truc­tifs-op­po­sants (Pé­cresse, Ber­trand, NKM) et les op­po­sants-op­po­sants (Wau­quiez, Pel­tier…), la sé­pa­ra­tion n'est pas en­core cer­taine. À en croire Billan : « Je ne vois pas com­ment on tra­vaille­rait avec un So­lère qui a dé­cla­ré : “Sens com­mun c’est le FN moins les ber­gers al­le­mands”. » Re­marque dou­ble­ment idiote il est vrai. Aus­si la vé­ri­table ur­gence est-elle peut-être moins la cla­ri­fi­ca­tion po­li­tique que la re­fon­da­tion in­tel­lec­tuelle. Et pour com­men­cer, disent tous ceux qui s'ac­tivent en cou­lisses, il faut re­dé­fi­nir ce qu'est être de droite. Que peut bien si­gni­fier une éti­quette qui s'ap­plique aus­si bien à NKM qu'à Na­dine Mo­ra­no, à Édouard Phi­lippe qu'à Éric Ciot­ti ? Pour se dis­tin­guer, il faut se nom­mer. Dans la constel­la­tion dis­pa­rate for­mée au­tour de la cam­pagne Fillon, on aime à s'au­to­dé­si­gner comme « droite des va­leurs » – par op­po­si­tion à « la droite de l'ar­gent ». Reste que cette dé­si­gna­tion sous-en­tend une hié­rar­chie mo­rale entre les bons ci­toyens qui ont des va­leurs et les mau­vais qui n'en ont pas et qui vou­draient tout li­qui­der. Pi­tié, après qua­rante ans de ma­ni­chéisme de gauche, qu'on nous épargne la ver­sion de droite. Et puisque le pré­sident a dé­si­gné ses par­ti­sans comme des « pro­gres­sistes », la droite qui n'est pas ma­cro­ni­sée ni ma­cro­ni­sable ne de­vrait-elle pas, tout sim­ple­ment, se dé­fi­nir comme conser­va­trice ? Beau­coup, dans cette droite-là, ont en tout cas com­pris qu'ils payaient des dé­cen­nies de pa­resse in­tel­lec­tuelle, comme le notent avec hu­mour les fon­da­teurs des Ar­vernes, deux qua­dras, tech­nos et brillants (voir pages sui­vantes). « Jus­qu’ici, la droite c’est tout dans la ca­nine, rien dans le ci­bou­lot, lance le pre­mier. Elle mé­prise les idées et ne connaît que la force. » Dans un re­gistre un peu sem­blable, la bande de co­pains qui a créé le site les Gro­gnards pour sou­te­nir la cam­pagne Fillon sur un mode in­tel­lo et ri­go­lo compte bien re­prendre du ser­vice. Que cent fleurs s'épa­nouissent, comme di­sait l'autre. De mul­tiples ini­tia­tives voient le jour, à l'in­té­rieur et

à l'ex­té­rieur du par­ti. Ber­nard Ac­coyer, qui ex­pé­die les af­faires cou­rantes à sa tête, a ini­tié les ate­liers de la re­fon­da­tion pour ti­rer les le­çons de la dé­faite. Charles Millon veut re­lan­cer son groupe En­semble pour la France, tan­dis que son épouse, Chan­tal Del­sol, par­ti­ci­pe­ra à la créa­tion d'un men­suel qui dé­fen­dra « la ligne Ma­rion », bien que celle-ci, en dé­pit d'une po­pu­la­ri­té qui dé­passe lar­ge­ment les fron­tières du FN, ne donne au­cun signe de vou­loir re­ve­nir en po­li­tique. En­fin, Bru­no Re­tailleau de­vrait, une fois ré­glés les pe­tits conten­tieux fi­nan­ciers au su­jet des dons re­çus du­rant la cam­pagne, ré­cu­pé­rer Force ré­pu­bli­caine, le mi­cro-par­ti de Fran­çois Fillon, dont il rêve de faire un Ter­ra No­va de droite. Reste à es­pé­rer que cet en­thou­siasme ne s'en­li­se­ra pas, à la ren­trée, dans les in­trigues de cou­loir car la tâche est consi­dé­rable. Il s'agit en ef­fet d'éla­bo­rer une ré­ponse po­li­tique à ce be­soin d'en­ra­ci­ne­ment dont Si­mone Weil (la phi­lo­sophe) di­sait qu'il est l'un des plus pro­fonds de l'homme. C'est bien l'ob­jec­tif de Billan : « Sens com­mun veut faire obs­tacle à cette droite de­ve­nue ma­cro­niste, li­bé­ral-li­ber­taire, qui ne veut mettre au­cune li­mite au pro­grès. Nous de­vons par­ler pour la France si­len­cieuse qui res­sent de plus en plus la dé­tresse ci­vi­li­sa­tion­nelle de notre pays et ne peut pas s’ex­pri­mer. » Seule­ment, il faut aus­si être ca­pable de ré­con­ci­lier ce be­soin d'en­ra­ci­ne­ment avec l'en­traî­nante as­pi­ra­tion du nou­veau sans la­quelle nous ne sau­rions vivre. Ce qui sup­pose d'af­fron­ter des ques­tions ar­dues. Peut-on ima­gi­ner un conser­va­tisme chi­mi­que­ment pur qui irait de pair avec un re­tour à des cadres tra­di­tion­nels, c'est-à-dire pu­re­ment ver­ti­caux, de la vie so­ciale, comme le sou­haite par exemple un Pa­trick Buis­son, ou faut-il plu­tôt cher­cher le bon al­liage entre li­bé­ra­lisme et conser­va­tisme ? Mais dès lors que le mar­ché, par na­ture, dé­teste la conser­va­tion (en­ne­mie des af­faires en tous do­maines), peut-on ré­soudre les contra­dic­tions entre l'un et l'autre ? Jean-bap­tiste Doat, le dir­cab de Re­tailleau, es­time, non sans op­ti­misme, qu'une par­tie du tra­vail a dé­jà été faite. « Ces der­nières an­nées, nous avons connu la gé­né­ra­tion la plus pro­li­fique de­puis long­temps d’in­tel­lec­tuels et de pu­bli­cistes de droite et nous n’en avons rien fait. Com­men­çons par les lire et par trans­for­mer leurs idées en élé­ments pro­gram­ma­tiques. » On ne sau­rait trop re­com­man­der à tous ceux qui par­tagent cet ap­pé­tit pour les idées de glis­ser dans leur va­lise le pe­tit livre du phi­lo­sophe po­lo­nais Les­zek Ko­la­kows­ki que les Belles Lettres ont eu l'ex­cel­lente idée de re­pu­blier cette an­née : Com­ment être so­cia­liste + conser­va­teur + li­bé­ral, dont l'un des textes fut ins­pi­ré à ce pen­seur po­lo­nais par l'in­jonc­tion aboyée dans un au­to­bus : « Avan­cez vers l’ar­rière ! » C'est un bon dé­but pour conti­nuer le dé­bat. Fi­na­le­ment, votre droite n'est peut-être pas si muette que ça. •

Pierre Da­non, di­rec­teur de cam­pagne ad­joint de Fran­çois Fillon.

Chris­tophe Billan, pré­sident du col­lec­tif Sens com­mun.

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