Sta­vis­ky, tuer n'est pas jouer

Re­vi­vez la plus grande af­faire des an­nées 1930 et faites connais­sance avec le double jeu du « beau Sa­cha ».

Causeur - - Sommaire N° 48 – Été 2017 - Tho­mas Mo­rales

Cet été, plon­gez dans le bain d'un vrai scan­dale d'état, pa­tau­gez gaie­ment dans les eaux fan­geuses de la IIIE Ré­pu­blique. Ce Sa­cha-alexandre Sta­vis­ky n'a pas ré­vé­lé tous ses se­crets de­puis que l'on a re­trou­vé son ca­davre, le 8 jan­vier 1934, dans le cha­let Le Vieux Lo­gis près de Cha­mo­nix, en Hau­te­sa­voie. Les édi­tions At­lan­ti­ca re­pu­blient L’af­faire Sta­vis­ky de Jean-mi­chel Char­lier et Mar­cel Mon­tar­ron, pa­rue une pre­mière fois en 1974 dans la col­lec­tion « Les dos­siers noirs » de Ro­bert Laf­font. Pa­rions que dans cin­quante ans Alexandre Sta­vis­ky, fils d'im­mi­grés russes, prince de l'ar­naque et dé­clen­cheur de la chute d'un gou­ver­ne­ment, fas­ci­ne­ra tou­jours les ama­teurs d'in­trigues po­li­ti­co-fi­nan­cières. Alain Res­nais n'avait pas ré­sis­té à adap­ter cette af­faire au ci­né­ma en en­ga­geant Jean-paul Bel­mon­do dans le rôle-titre. Jo­seph Kes­sel écri­vit même un très per­son­nel Sta­vis­ky, l’homme que j’ai connu. Pour­quoi une telle at­trac­tion pour un per­son­nage aus­si fuyant ? D'abord, il y a ce train de vie somp­tuaire qui fait fondre la mé­na­gère et sus­cite tant de ques­tions sur son ori­gine. « Mon­sieur Alexandre » jouit, en ap­pa­rence, d'une for­tune sans au­cune li­mite. Il est in­tou­chable. Ar­lette, son épouse, ex-man­ne­quin Cha­nel, brune hié­ra­tique à se dam­ner, illu­mine de sa grâce ce mo­deste faus­saire ja­dis fi­ché comme la­veur de chèques et joueur pro­fes­sion­nel. Les­tée de quelques bi­joux, elle ar­pente les concours d'élé­gance dans une ru­ti­lante His­pa­no tan­dis que son ma­ri joue au bac­ca­ra avec le ba­ron Em­pain, parle che­vaux avec les Roth­schild, congé­die des mi­nistres au pe­tit dé­jeu­ner, fi­nance des jour­naux et s'achète le théâtre de L'em­pire. Les condi­tions ro­cam­bo­lesques de son sui­cide ali­men­te­ront long­temps les ru­meurs et les ga­zettes. Le Ca­nard en­chaî­né en date du 10 jan­vier 1934 met à la une cette ac­cu­sa­tion : « Sta­vis­ky se sui­cide d’un coup de re­vol­ver qui lui a été ti­ré à bout por­tant. » C'est la pre­mière fois qu'un droi­tier se sui­cide de la main gauche. Les deux en­quê­teurs s'in­ter­rogent sur cette zone grise où hommes po­li­tiques, fi­nan­ciers de haute vo­lée, porte-flingues, avo­cats mar­rons et po­li­ciers vé­reux pié­tinent al­lè­gre­ment la loi. L'af­faire Sta­vis­ky va se­couer la France, dé­clen­chant les évé­ne­ments de fé­vrier 1934 de­vant la Chambre, puis la dé­ca­pi­ta­tion du conseiller Al­bert Prince, cet an­cien chef de la sec­tion fi­nan­cière du par­quet dont le corps fut re­trou­vé sur une voie fer­rée. Un im­bro­glio in­ima­gi­nable où une mère per­drait ses pe­tits. Et tou­jours cette lan­ci­nante ques­tion : qui était vrai­ment Sta­vis­ky ? Un sei­gneur de la fi­nance ou un vul­gaire homme de paille ? Un bon père de fa­mille ou un men­teur pa­tho­lo­gique ? Qui avait des rai­sons d'as­sas­si­ner cet homme qui en sa­vait trop sur les com­pro­mis­sions du pou­voir ? Dans ce feuille­ton ha­le­tant, on re­trouve les pontes du radical-so­cia­lisme, les pres­ti­di­gi­ta­teurs des opé­ra­tions sur les changes, des re­ce­leurs de bas étage, mais aus­si le vi­sage de l'ins­pec­teur Bon­ny, « ex-pre­mier po­li­cier de France » fu­sillé à la Li­bé­ra­tion pour avoir été le lieu­te­nant de La­font, le maître de la rue Lau­ris­ton. Une époque pal­pi­tante, pleine de ra­mi­fi­ca­tions mor­ti­fères, de per­son­nages sor­tis d'une sé­rie noire et, en fond so­nore, la co­lère du peuple qui monte, qui monte… •

Af­faire Sta­vis­ky : contre-ma­ni­fes­ta­tion du 12 fé­vrier 1934.

L’af­faire Sta­vis­ky : les des­sous d’un scan­dale na­tio­nal, de Jean-mi­chel Char­lier et Mar­cel Mon­tar­ron, édi­tions At­lan­ti­ca, 2017.

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