Anne, ma chère Anne

Anne Hi­dal­go n'est pas une femme sur qui l'es­prit hu­main peut se concen­trer. On a quand même es­sayé…

Causeur - - Sommaire N° 48 – Été 2017 - Vincent Cas­ta­gno

Si j'avais un conseil à don­ner à un jeune jour­na­liste, moi qui suis un vieux dé­bu­tant, je lui di­rais qu'il ne faut pas écrire de pa­pier qui amuse trop le ré­dac­teur en chef. C'est cou­rir le risque qu'il nous en ré­clame un autre, quand nous avons des livres à lire, de l'ar­gent à gas­piller, des verres à boire et que nous sa­vons que, si nous avons été drôle la der­nière fois, c'était un ac­ci­dent, comme il ar­rive à Châ­teau d'eau que, tra­ver­sant le bou­le­vard de Stras­bourg, on croise un Blanc. Mais al­lez ex­pli­quer ça au pa­tron – à la pa­tronne, en l'oc­cur­rence. S'adres­sant à moi, Éli­sa­beth Lé­vy : « Bra­vo pour ton pa­pier sur Schiap­pa. Pour le pro­chain nu­mé­ro, tu nous écri­ras un por­trait d’anne Hi­dal­go. Sois drôle. Anne Hi­dal­go, c’est un ca­deau que je te fais. » Tous les ca­deaux étant em­poi­son­nés, j'ai tout de suite sen­ti que ce­lui-ci, comme les autres, me gâ­te­rait la di­ges­tion. D'ac­cord, Pa­tronne, Anne Hi­dal­go, ses voies sur berges pié­ton­ni­sées, ses tweets, son vo­ca­bu­laire tech­noïde, ses marches ex­plo­ra­toires, son néo-fé­mi­nisme sé­lec­tif mais au­to­ri­taire offre tout ce que peut rê­ver un jour­na­liste de Cau­seur dé­si­reux de ti­rer avec aise les cordes à gros lot qui lui fe­ront em­por­ter les fé­li­ci­ta­tions de la cheffe et les ap­plau­dis­se­ments des lec­teurs. Reste que ces fa­ci­li­tés, ça gâche le plai­sir, et la com­po­tée d'idées néo-mo­dernes que touille Anne Hi­dal­go pour le ré­gal des Pa­ri­siens n'est pas neuve, elle est même un peu pas­sée tant elle a été mo­quée de­puis quinze ans que les so­cia­listes font la loi au Conseil de Pa­ris. Sans comp­ter que c'est un por­trait d'anne Hi­dal­go, la femme, que je dois écrire. Pa­tronne, vous êtes-vous dé­jà concen­trée sur Anne Hi­dal­go, la femme, rien que la femme ? Pour ma part, avant d'écrire cet ar­ticle, je crois bien que je ne l'avais ja­mais fait. Voi­ci mes conclu­sions. Anne Hi­dal­go n'est pas une femme sur qui l'es­prit hu­main peut se concen­trer. C'est comme s'il tom­bait en syn­cope dans une zone in­con­nue où il n'y a rien à voir. J'exa­gère. Cheveux bruns, cils bruns, yeux bruns, Anne Hi­dal­go parle d'une voix brune, chaude et noc­turne, en­rou­lant des phrases à l'in­fi­ni sur un ton tou­jours égal, qui nous en­dor­mi­rait s'il ne s'y de­vi­nait un fond de mau­vaise hu­meur, ta­pi dans la cendre du timbre comme un as­pic sous un oreiller. C'est d'un as­pic as­sez amol­li qu'il s'agit, qui n'em­pêche de dor­mir que les plus ti­mo­rés. On le re­mar­que­rait à peine si l'on ne sa­vait com­ment sont les femmes. Il faut croire que le pas­sage des Py­ré­nées dé­ma­gné­tise nos cou­sins de la pé­nin­sule ou que l'es­pa­gnol, qui est le plus exo­tique des oi­seaux eu­ro­péens, se fait dif­fi­ci­le­ment aux cli­mats du voi­si­nage. Je l'avais dé­jà re­mar­qué en ob­ser­vant Ma­nuel Valls qui, quelle que fût l'heure et la dis­po­si­tion des astres, pro­me­nait in­va­ria­ble­ment, dans la cour de Ma­ti­gnon, sa mine de to­re­ro cris­pé qui vient de prendre un coup de so­leil. Anne Hi­dal­go, elle, après qu'elle eut quit­té son An­da­lou­sie na­tale où elle cueillait des co­quillages sur la plage de Ca­dix, semble s'être étio­lée dans le pe­tit bois fran­çais. En sa com­pa­gnie, on se croi­rait à la table d'un bar à ta­pas mal éclai­ré, ins­tal­lé dans un ga­rage désaf­fec­té de Cer­gy-pon­toise, par un après-mi­di de brouillard. Anne Hi­dal­go a au moins le mé­rite de ne pas es­cro­quer la clien­tèle. Sous ses de­hors in­si­gni­fiants, elle ne dis­si­mule pas un es­prit ori­gi­nal. Tout juste un es­prit de brave ins­pec­teur du tra­vail qui mois­sonne avec pa­tience et sa­voir-faire les champs lu­mi­neux du pro­gres­sisme so­cié­tal. Puisque nous en sommes aux com­pli­ments, ne rous­pé­tez pas, Pa­tronne, si je dis en­core des ama­bi­li­tés au su­jet d'anne Hi­dal­go. Ce n'est pas qu'il y ait beau­coup à dire, mais je sais qu'il y au­rait quelque té­mé­ri­té à m'en prendre trop vi­gou­reu­se­ment à elle, étant en­ten­du que, lors­qu'on est mâle et qu'on ose la cri­ti­quer, ce n'est pas elle qu'on at­taque, mais Ca­mille Clau­del, Emi­ly Di­ckin­son, Louise La­bé, Ha­de­wi­jch d'an­vers, Ma­rie Ma­de­leine, Sap­pho et toute la des­cen­dance d'ève de­puis les ori­gines. Le gé­nie d'anne Hi­dal­go est d'avoir su ti­rer tous les avan­tages

que lui of­frait l'ap­par­te­nance à son sexe en notre siècle de gy­no­phi­lie po­li­tique.

Ce don pour sai­sir les op­por­tu­ni­tés n'est pas son seul mé­rite. C'est une grande lec­trice. Elle a lu Cor­to Mal­tese et peut ci­ter n'im­porte quel vers de Bé­na­bar. Elle ne s'en prive pas dans son livre ré­di­gé sur me­sure pour la cam­pagne mu­ni­ci­pale de 2008, Mon com­bat pour Pa­ris. C'est ce goût pour la lit­té­ra­ture qui lui fait pro­non­cer des phrases comme : « La ré­si­lience ur­baine fait par­tie in­té­grante de la ville in­tel­li­gente. La com­mu­nau­té de l’in­no­va­tion pa­ri­sienne, que nous connais­sons bien, est de­man­deuse de contri­buer », ou : « Ro­land-gar­ros est au­jourd’hui un des sym­boles de la créa­ti­vi­té ar­chi­tec­tu­rale et pay­sa­gère au ser­vice du sport dans notre ville », ou : « Nous crée­rons une ma­raude spé­ci­fique pour orien­ter les per­sonnes mi­grantes en si­tua­tion de rue », ou en­core : « Mon pro­jet de Pa­ris, ca­pi­tale de la par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne in­clu­sive & at­trac­tive, re­pose sur la no­tion d’in­ter­cul­tu­ra­li­té. » Ah ! que j'aime aus­si chez Anne Hi­dal­go cet art de pré­sen­ter tou­jours le bon ca­nard à la griffe et à la dent de la fa­cho­sphère quand elle veut la mettre en ap­pé­tit ! Par exemple, lorsque le 8 juillet 2015, sur RMC, elle dé­cla­rait : « Le ra­ma­dan est une fête qui fait par­tie du pa­tri­moine cultu­rel fran­çais. Le cé­lé­brer fait par­tie du par­tage et ne contre­carre pas la laï­ci­té. » Suc­cès ga­ran­ti. Et ce n'est qu'un exemple. Quelle tris­tesse que les li­mites que nous im­pose le for­mat d'un jour­nal me contraigne­nt à m'ar­rê­ter là, quand il y au­rait en­core tant et tant à ra­con­ter sur notre maire de Pa­ris. Mais l'été ! l'été ! l'été ! Il faut en pro­fi­ter, mes en­fants. Il n'en reste plus que sept avant l'apo­ca­lypse, je veux par­ler de l'or­ga­ni­sa­tion à Pa­ris des jeux Olym­piques de 2024. Au dé­but de son man­dat, Anne Hi­dal­go as­su­rait n'en pas vou­loir, mais, comme elle ne sau­rait se conten­ter d'une bonne idée avant qu'elle ne l'ait rem­pla­cée par une mau­vaise, elle a de­puis chan­gé d'avis. Tant pis pour nous. En at­ten­dant : re­pos. •

Anne Hi­dal­go, mars 2017.

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