Le jour­nal de l'ou­vreuse

Plus que le cri­tique, le co­mé­dien, le mu­si­cien et le dan­seur, c'est l'ou­vreuse qui passe sa vie dans les salles de spec­tacle. Lais­sons donc sa pe­tite lampe éclai­rer notre lan­terne !

Causeur - - Sommaire N° 48 – Été 2017 -

Bo­lé­ro gip­sy, écran to­tal, mon vieux plaid contre le mis­tral. Va­lise bou­clée. À nous Avi­gnon, Aix, Orange, fes­ti­vals de nos amours ! Rien à dire de la sai­son fi­nis­sante à Pa­ris. Tout ra­té, bi­cause trous­seau. Moi qui raf­fole des his­toires de souillon chan­gée en prin­cesse, j'au­rai même pas vu ni la Cen­drillon de Joël Pom­me­rat porte Saint-mar­tin ni celle de Ros­si­ni sauce Guillaume Gal­lienne à Gar­nier. À la place, on vous ré­su­me­rait bien les drames et les bal­lets de la té­lé. Mais même là, le re­tour man­qué de la ven­geance du pe­tit Gré­go­ry et le re­tour de la ven­geance man­quée du grand Bay­rou, que vou­lez-vous qu'on en tire ? Du vrai bon spec­tacle digne de toi, lec­teur, je cherche, je cherche. Et non. Ah si ! Si, si. Entre ces pec­ca­dilles, en voi­là un, de spec­tacle, dont per­sonne ne se lasse. Un show plus énorme que le cré­pus­cule à Nou­méa : la pub pour ba­gnoles. Trois mi­nutes d'in­fo, dix mi­nutes de pub pour ba­gnoles. Au dé­but on note à peine, mais à la longue je te jure ça marque. La plus air du temps vous l'avez vue et re­vue comme moi pen­dant Ro­land-gar­ros. C'est pour une ba­gnole fran­çaise. Ver­sion longue : trois mômes jouent au ten­nis de­vant un im­meuble cos­su, école pri­vée pour cancres fri­qués à ce qu'on de­vine. In­té­rieur jour. C'est l'heure de la le­çon de mu­sique. À Me­lun, on souf­fle­rait dans un pi­peau, là c'est chic, on gratte le vio­lon. Un élève plus tête à claques tu meurs écrase l'ar­chet en sou­pi­rant, quand une balle de ten­nis entre par la fe­nêtre. Ni une ni deux, la tête à claques tourne son vio­lon, frappe la balle qui re­bon­dit au ta­bleau noir (beurk le ta­bleau noir) et dé­ca­pite un jo­li plâtre po­sé sur le bu­reau du maître (beurk la sculp­ture, beurk le bu­reau, beurk le maître). Sûr de ne s'ex­po­ser à au­cune ré­pri­mande étant don­né le re­ve­nu de pa­pa, le pe­tit re­belle exulte et nargue le prof, coi. Ex­té­rieur jour. Ma­man fé­li­cite le mor­veux, le­quel, de­ve­nu par un ef­fet de mon­tage le su­per­cham­pion No­vak Djo­ko­vic, se re­trouve vingt ans plus tard au vo­lant d'une Peu­geot. « More fun, bet­ter sen­sa­tions », conclut l'an­non­ceur. In french : Pour­quoi pis­ser dans un vio­lon quand l'or coule de ta ra­quette ? L'art, l'école, quelle louze ! Ca­chet moyen d'un violoniste ano­nyme qui joue l'ou­ver­ture de Ros­si­ni qu'on en­tend der­rière : 300 eu­ros. Re­ve­nus de No­vak Djo­ko­vic en 2016 : 98 mil­lions de dol­lars. Bour­dieu a tort : les hé­ri­tiers se contre­foutent de l'hé­ri­tage (à part l'oseille bien sûr). Mais Peu­geot a rai­son : mé­prise ton prof, dé­fonce le ma­té­riel. More fun, bet­ter sen­sa­tions. Même chaîne, la se­conde d'après. Rien. Vous l'avez vue aus­si celle-là ? Moins souvent en tout cas. C'est une sé­rie de va­ria­tions sur rien. « Il n’y a rien de tel que rien. » Le rien ori­gi­nel, plus rien dans le fri­go, vivre de rien, rire de rien, croire en rien, la beau­té de rien, l'art de ne rien faire, tout ça parce que « rien, ça n’est pas rien, c’est même la meilleure chose qui puisse vous ar­ri­ver ». Pub pour Volks­wa­gen, la ba­gnole qui pro­tège. Chef-d'oeuvre sans ba­vure fil­mé par Notre Ini­mi­table Cle­mens Pur­ner. Mu­sique : La Tar­tine de beurre, ce presque rien pour dé­bu­tants que l'agence, comme d'ailleurs toute les mé­thodes de pia­no dans le com­merce, at­tri­bue à Mo­zart. Eh ben même pas. De graves mu­si­co­logues pré­cisent : Mo­zart père, Leo­pold. Mais en fait, on n'en sait… rien. Rien, mu­sique de per­sonne. Mer­ci, Volks­wa­gen ! Grâce à toi, l'été pro­met ce que je nous sou­haite pour les mois qui viennent. Juste pour deux mois, oh comme je vou­drais que ça nous ar­rive à nous tous ! Rien. •

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