ÉLEC­TIONS, PIÈGE ABSCONS Ouf ! Toute une an­née d'élec­tions, ça com­men­çait à faire long, même pour un dé­mo­crate sin­cère comme moi. L'heure est ve­nue du bi­lan. C'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses, comme di­sait mon prof de phi­lo.

Causeur - - Le Moi de Basile - Par Ba­sile de Koch

DÉ­PÔT DE GERBE Mer­cre­di 14 juin

Can­di­dat sans in­ves­ti­ture aux lé­gis­la­tives dans la 2e cir­cons­crip­tion de Pa­ris, Hen­ri Guai­no a été éli­mi­né, sans grande sur­prise, dès le pre­mier tour. Il a aus­si­tôt an­non­cé son re­trait de la vie po­li­tique, non sans pré­ci­ser au mi­cro de BFM qu'il « vo­mis­sait » ses élec­teurs – ou plus exac­te­ment les 95,5 % qui n'avaient pas vo­té pour lui. Et cha­cun de se gaus­ser, non sans rai­son. Il n'es­pé­rait quand même pas être élu seul contre tous, comme un Las­salle nor­mal ?

A prio­ri, donc, on ne peut que s'éton­ner de cette sur­réac­tion, sur­tout de la part d'un gar­çon qui connaît un peu le mi­lieu, pour avoir souf­fert cinq ans sous Sar­ko­zy. Mais ce soir chez Zem­mour & Naul­leau, l'ami Hen­ri est re­ve­nu plus cal­me­ment sur les rai­sons de son dé­goût : « Je ne suis pas mau­vais joueur, on n’est pas dans une cour de ré­créa­tion. Je tire la le­çon fi­nale de trente ans d’en­ga­ge­ment po­li­tique : quand la bour­geoi­sie n’a plus peur de la gauche, on dé­couvre qu’elle n’a rien à foutre non plus de la na­tion. » On ne sau­rait mieux dire !

Quand même, trente ans pour dé­cou­vrir ça, c'est un peu long. Certes, à l'en­tendre, un vrai gaul­liste ne tran­sige ja­mais, même avec la réa­li­té ; hé­las pour Hen­ri, c'est pas tous les jours le 18-Juin. On l'au­ra re­mar­qué : il est de bon ton, sur­tout à droite, de railler à tout pro­pos le Guai­no, sa mé­ga­lo sup­po­sée, et cette es­pèce de psy­cho-ri­gi­di­té mâ­ti­née d'au­tisme. C'est vrai que face à des win­ners comme Sar­ko, Jup­pé, Fillon et, euh, Co­pé, le mal­heu­reux ne pou­vait pas lut­ter.

Quant à moi, ce na­tu­ral born lo­ser a toute ma sym­pa­thie. À cause des mo­que­ries dont il fait l'ob­jet, bien sûr ; mais sur­tout parce que c'est – ce fut – un homme po­li­tique droit, sin­cère et dés­in­té­res­sé, et rien que ça, ça s'ar­rose.

« L'OP­PO­SI­TION, C'EST LA MA­JO­RI­TÉ » Ven­dre­di 16 juin

À deux jours du se­cond tour des lé­gis­la­tives, les son­dages an­noncent un raz-de-ma­rée ma­cro­nien. Ici et là, on s'in­quiète : où se­ra l'op­po­si­tion, dans une As­sem­blée elle-même in­trou­vable ?

Pas de sou­ci ! LREM a tout pré­vu, comme l'ex­plique Mou­nir Mah­jou­bi, se­cré­taire d'état au Nu­mé­rique, ce ma­tin sur France 2 : le mou­ve­ment est conçu pour in­car­ner en même temps la ma­jo­ri­té et l'op­po­si­tion. « Vous al­lez voir des gens qui vont dé­battre, qui ne se­ront pas tou­jours d’ac­cord (!), et on va en­fin re­mettre de la vie et du dé­bat à l’as­sem­blée ! » s'en­thou­siasme le sous-mi­nistre, avant de pré­ci­ser : « Ce qui fait le suc­cès

de notre dé­marche de­puis un an, c’est ce dia­logue, c’est cette écoute, c’est ce dé­bat in­terne. » Ho­ho ! Le « dé­bat in­terne » au sein d'un par­ti tout-puis­sant, ce se­rait donc ça, la dé­mo­cra­tie ma­cro­nienne ?? Mais bon, qu'on ne compte pas sur moi pour tri­co­ter du point God­win, même à l'en­vers. Tout bien consi­dé­ré, on se­rait plu­tôt ici dans la conti­nui­té. Du­rant les deux der­nières an­nées de la pré­si­dence Hol­lande (C’est fou comme ces deux mots vont mal en­semble, vous avez re­mar­qué ?), l'es­sen­tiel du dé­bat ne s'es­til pas dé­rou­lé au sein d'un PS om­ni­po­tent, entre vall­sistes et fron­deurs ? Sou­hai­tons seule­ment, par cha­ri­té, une autre fin aux Mar­cheurs.

PEUT-ON LÉVITER ? Lun­di 19 juin

Je mé­di­tais sur l'im­per­ma­nence de tout, quand sou­dain… rien ne s'est pas­sé. Boud­dha, dé­mis­sion !

RALLIEMENT Jeu­di 22 juin

Qu'est-ce qui m'ar­rive ? Je ne suis pour­tant pas un mar­cheur né, loin de là. Même pas un « construc­tif » ! Je doute de l'ave­nir de la Troi­sième Voie ma­cro­nienne, et pour tout dire de son es­sence même. Quant à Ma­cron can­di­dat, je n'avais vu en lui qu'un ha­bile tac­ti­cien, par­fois un peu ri­di­cule, ai­dé par la chance et por­té par l'air du temps. Et voi­là que, de­puis son en­trée en fonc­tion, j'en­tre­vois dans cet homme-là quelque chose comme un homme d'état. Certes, d'in­ves­ti­tures en gou­ver­ne­ments, il s'est ap­pli­qué par tous moyens à désos­ser la gauche et la droite ; mais n'était-ce pas l'ob­jec­tif an­non­cé ? Au-de­là de ces pé­ri­pé­ties, l'« ho­lo­gramme » d'hier se­rait-il en passe de se muer en un au­then­tique pré­sident ? Cer­tains signes me donnent à pen­ser que c'est pos­sible. Pas­sons sur l'éco­no­mie, à la­quelle je n'en­tends rien. Em­ma­nuel par­vien­dra-t-il en­fin à ré­duire à 3 % le dé­fi­cit pu­blic, pour au­tant que ce soit sou­hai­table, et à quel prix ? Mys­tère et boule de gei­sha. J'ap­plau­dis, en re­vanche, à son spec­ta­cu­laire vi­rage di­plo­ma­tique, an­non­cé au­jourd'hui même dans une in­ter­view à huit jour­naux eu­ro­péens. D'un coup, voi­là Ma­cron pas­sé du wi­sh­ful thin­king kouch­né­rien à la real­po­li­tik vé­dri­nienne ; j'au­rais pas pa­rié. Et puis il y a le re­tour à l'édu­ca­tion old school, si l'on ose dire, in­car­née par le rec­teur Blan­quer. Avant même de connaître le bon­homme, j'avais été fa­vo­ra­ble­ment im­pres­sion­né par l'hor­rible gri­mace de Na­jat à l'an­nonce de sa no­mi­na­tion. Et de fait, de­puis lors, il a com­men­cé de dé­tri­co­ter toutes les « ré­formes phares » de sa ca­la­mi­teuse pré­dé­ces­seuse. Ce gar­çon ira loin, si le mam­mouth ne le bouffe pas en route. En­fin, je m'amuse bien de l'ir­ri­ta­tion des mé­dias face à un chef de l'état qui parle quand il veut, où il veut et à qui il veut – con­for­mé­ment à sa fonc­tion telle qu'on l'avait un peu ou­bliée ces vingt der­nières an­nées. J'ai bien sûr hé­si­té à pu­blier ces lignes, de peur d'être dé­men­ti dans les trois se­maines par un bon­homme qui, mal­heu­reu­se­ment, ne prend pas ses ordres chez moi. Mais bon, on au­ra tout vu cette an­née, alors pour­quoi pas ça ?

D'UN CH­TEAU L'AUTRE Lun­di 3 juillet

Jeu de mi­roirs au pa­lais des Glaces : dis­cours du roi, ou roi du dis­cours ? •

Hen­ri Guai­no.

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