Du ma­so­chisme en mi­lieu en­sei­gnant

On ne compte plus les profs in­sul­tés voire vio­len­tés par leurs élèves. Loin d'être sou­te­nus par leur hié­rar­chie, ils n'ont le plus sou­vent droit qu'au mé­pris. Mais pour­quoi au lieu de se ré­vol­ter, les enseignant­s font-ils preuve d'une sou­mis­sion tou­jours

Causeur - - Sommaire N° 49 – Septembre 2017 - Anne-so­phie No­ga­ret

En­ceinte de six mois, pous­sée vo­lon­tai­re­ment dans l'es­ca­lier par un élève, Anne évite de peu la fausse couche : son pro­vi­seur l'en­joint de ne pas por­ter plainte. Alors qu'il fait cours, Cy­ril se fait trai­ter d'« en­cu­lé ». Son chef le somme de s'ex­cu­ser au­près de son in­sul­teur, en pré­sence des pa­rents de ce­lui-ci : c'est au prof qu'il re­vient, l'avise-t-on, « d’apai­ser les ten­sions » afin de « nor­ma­li­ser la re­la­tion » à l'élève. Aber­ra­tion iso­lée ? Cas par­ti­cu­lier ? Non, ces ré­ac­tions cor­res­pondent exac­te­ment aux consignes don­nées par le mi­nis­tère de l'édu­ca­tion na­tio­nale. Ain­si, est-il main­te­nant d'usage qu'on ra­mène dans nos classes les élèves que nous ve­nons d'ex­clure. Ain­si, les in­sultes, les me­naces, les coups mêmes échan­gés dans le cadre d'un éta­blis­se­ment sont-ils au mieux « sanc­tion­nés » par un « sur­sis », as­sor­ti pour les cas les plus lourds d'un chan­ge­ment de classe. Face à cet aban­don dé­li­bé­ré de la part de l'ins­ti­tu­tion qui les em­ploie, au­cune ré­bel­lion, pour­tant, de la part des profs. Do­ciles, ils ac­ceptent sans bron­cher l'hu­mi­lia­tion que consti­tue l'in­ver­sion to­tale des va­leurs et des rôles qu'on leur in­flige.

Le prof, fu­sible de l'idéo­lo­gie

Certes, le fonc­tion­naire a une obli­ga­tion à l'égard de sa hié­rar­chie. Ce­pen­dant, cette obli­ga­tion n'a au­cune lé­gi­ti­mi­té si elle ne va pas de pair avec la so­li­da­ri­té de l'ins­ti­tu­tion à l'égard de ceux qui tra­vaillent pour elle. Or, lorsque le prof fran­çais des an­nées 2000 est agres­sé, non seule­ment il n'est pas sou­te­nu par ses su­pé­rieurs, mais il se voit d'em­blée consi­dé­ré par eux comme un cou­pable en puis­sance. Cette aber­ra­tion ad­mi­nis­tra­tive est di­rec­te­ment liée à l'idéo­lo­gie : mal­gré un dis­cours qui pré­tend le contraire, l'élève n'a en réa­li­té plus au­cun compte à rendre à une ins­ti­tu­tion sco­laire qui l'« in­clut » dé­sor­mais in­con­di­tion­nel­le­ment. Ain­si char­gés par le mi­nis­tère d'ap­pli­quer une « bien­veillance » à tous crins, y com­pris et sur­tout en­vers les cancres et les fau­teurs de troubles, les per­son­nels de di­rec­tion se voient de sur­croît som­més – bien que ta­ci­te­ment – de men­tir par omis­sion sur les consé­quences concrètes de ces me­sures. En ef­fet, le réel n'a pour l'édu­ca­tion na­tio­nale qu'une rai­son d'être : confir­mer la per­ti­nence et l'ef­fi­ca­ci­té de ce qui se dé­cide Rue de Gre­nelle. Ain­si le prof, bien pla­cé pour connaître les ef­fets de l'idéo­lo­gie ap­pli­quée, consti­tue-t-il le fu­sible à faire sau­ter en prio­ri­té lorsque le réel fait ir­rup­tion. Té­moin gê­nant, il re­pré­sente par ailleurs l'unique maillon sur le­quel un pro­vi­seur peut agir sans risque : pro­cé­du­riers, pa­rents et élèves n'hé­sitent pas à bran­dir la me­nace ju­di­ciaire, dé­ran­geant l'in­vi­si­bi­li­té sta­tis­tique des « in­ci­dents » exi­gée par le rec­to­rat.

Pour pri­ver ce réel dé­plo­rable de toute vi­si­bi­li­té, ab­sen­téisme, re­tards, tra­vaux non faits, in­ci­vi­li­tés, in­sultes et agres­sions se­ront donc mi­no­rés, ex­cu­sés, voire jus­ti­fiés par l'ins­ti­tu­tion. « Le rè­gle­ment in­té­rieur, c’est la dictature ! » m'a un jour as­se­né en pu­blic mon pro­vi­seur pour me faire com­prendre qu'il fal­lait ces­ser de re­fu­ser les élèves en re­tard. « Quoi, vous osez de­man­der un conseil de dis­ci­pline au pré­texte que l’élève Ma­chin vous a trai­tée de sa­lope et ex­pri­mé son dé­sir de vous cas­ser la gueule ? » me fut-il re­pro­ché une autre fois. Il n'en est pas ques­tion, me dit-on, au ly­cée comme au rec­to­rat : « Qui êtes-vous donc pour pré­tendre gâ­cher ain­si l’ave­nir de ce jeune ? »

La ver­ti­ca­li­té et la no­tion même de règle com­mune sont d'em­blée ré­cu­sées. Est pa­ral­lè­le­ment exal­té jus­qu'à l'ab­surde un dis­cours ma­ter­nant, fon­dé sur la lo­gique po­li­ti­que­ment cor­recte du vic­ti­mat : que de­vien­drait, nous ac­cuse-t-on, l'ab­sen­téiste, le ca­rac­té­riel, le dé­lin­quant, hors de l'édu­ca­tion na­tio­nale ? L'ex­cuse →

so­cio­lo­gique, l'ex­cuse cultu­relle et l'ex­cuse psy­cho­lo­gi­sante sont sys­té­ma­ti­que­ment mises en avant pour sur­seoir à toute vel­léi­té d'exer­cice de l'au­to­ri­té. Ce qui place de­vant les profs un pu­blic de plus en plus di­vers – à tout point de vue –, et po­ten­tiel­le­ment pous­sé à la trans­gres­sion par l'im­pu­ni­té ef­fi­ca­ce­ment re­layée par l'ad­mi­nis­tra­tion, CPE et di­rec­tion. Pe­tits ri­go­los et gen­tils glan­deurs, mais aus­si caïds et psy­cho­pathes ont vite com­pris quels avan­tages ti­rer de la fai­blesse au­toor­ga­ni­sée de l'ins­ti­tu­tion.

Sa­do­ma­so­chisme en mi­lieu en­sei­gnant

C'est ain­si que l'ins­ti­tu­tion sa­borde en toute lé­ga­li­té le mé­tier de pro­fes­seur. Mais com­ment ex­pli­quer que ce­lui­ci, mal­gré un sta­tut qui reste pro­tec­teur, se sou­mette à un ordre qu'il pour­rait à tout le moins re­mettre en cause ? La so­li­da­ri­té de prin­cipe que re­ven­diquent si vi­ve­ment les profs re­lève en ef­fet trop sou­vent de la pos­ture. Dès qu'il s'agit de s'op­po­ser à l'ad­mi­nis­tra­tion, les bruyantes dé­cla­ra­tions de sou­tien tournent vite au si­lence gê­né, voire au re­tour­nage in­té­gral de veste. « À la suite du cin­glant désa­veu du pro­vi­seur qui avait dé­ci­dé, contre notre avis, de faire pas­ser des élèves en khâgne, nous lui avons col­lec­ti­ve­ment écrit, ra­conte Éva. Ça l’a ren­du fou. En quelques heures, tous mes col­lègues se sont dé­dits. Cer­tains ont même vou­lu al­ler s’ex­cu­ser, m’ex­pli­quant qu’on avait été trop loin... Je me suis re­trou­vée comme une gourde. Il n’était pour­tant ques­tion que de prendre ren­dez-vous avec lui. »

Le plus si­dé­rant dans ce monde dé­nué de bon sens est bien que les profs courbent l'échine – sou­vent avant qu'on le leur de­mande – alors même qu'ils ne risquent rien, ou si peu. Re­pre­nant à leur compte le dis­cours culpa­bi­li­sa­teur qui leur est te­nu, tai­sant les in­sultes ou l'hos­ti­li­té su­bies, ou, si elles viennent à être connues, les mi­ni­mi­sant, les ex­cu­sant, hé­si­tant de plus en plus à ré­cla­mer des comptes : qui sont-ils après tout pour ju­ger ? Sa­chant dé­sor­mais qu'ils risquent fort d'être eux-mêmes mis en po­si­tion d'ac­cu­sé en cas d'« in­ci­dents », se­lon l'eu­phé­misme en vi­gueur, les profs non seule­ment s'écrasent, mais peuvent en­core à l'oc­ca­sion se trans­for­mer en com­mis­saires du peuple bé­né­voles, prê­tant main-forte à l'ad­mi­nis­tra­tion contre leurs col­lègues.

Scier la branche in­tel­lec­tuelle…

Lâ­che­té, oui, bien sûr. Vo­lon­té de com­plaire à la di­rec­tion, som­mée elle-même de tout étouf­fer, évi­dem­ment. Mais il y a aus­si le fait que l'idéo­lo­gie du corps en­sei­gnant, ma­jo­ri­tai­re­ment for­mé par une uni­ver­si­té fran­çaise que l'après-68 a peu­plé de mi­li­tants, est par­fai­te­ment rac­cord avec celle du mi­nis­tère. Sauf ex­cep­tion, le prof se veut « de gauche ». Au nom de la so­cio­lo­gie de Bour­dieu, on lui a fait com­prendre dans les an­nées 1970 que la culture était inique. Vingt ans plus tard, le désa­veu pé­da­go­gique fran­chit un nou­veau seuil, avec la loi Jos­pin et ses 80 % d'une classe d'âge au bac. Ain­si a-t-on pré­pa­ré le ter­rain de la sou­mis­sion du prof et ce avec sa pleine col­la­bo­ra­tion : il ad­met im­pli­ci­te­ment que l'au­to­ri­té in­tel­lec­tuelle, signe de do­mi­na­tion bour­geoise, ne doit plus être le socle de son mé­tier. À par­tir de là, le sa­voir n'a plus de rai­son d'être à l'école. À par­tir de là, notre mé­tier perd son sou­bas­se­ment.

Ain­si, comme la loi le pré­voit, tou­jours pour des rai­sons stric­te­ment idéo­lo­giques (« la réus­site pour tous »), voyons-nous sys­té­ma­ti­que­ment nos dé­ci­sions (re­dou­ble­ments, notes et ap­pré­cia­tions) bat­tues en brèche, dès lors qu'elles sont sus­cep­tibles de dé­plaire à l'élève et à ses pa­rents. Nous sommes contraints de lais­ser pas­ser dans la sec­tion ou la classe de leur choix des élèves ayant 5/20 de moyenne gé­né­rale. Contraints de don­ner le bac à des élèves ayant échoué à l'oral de rat­tra­page sous des pré­textes de plus en plus dé­li­rants : un col­lègue a as­sis­té à un ju­ry de bac où, en dé­pit des notes ob­te­nues, le sé­same fut pour­tant dé­li­vré à un can­di­dat au pré­texte que son frère ju­meau avait, lui, réus­si. « Quel trau­ma­tisme ce soir pour ce­lui qui a échoué ! On ne peut pas lui in­fli­ger ça… » jus­ti­fia les larmes aux yeux une cor­rec­trice, vite sui­vie par le pré­sident et le reste du ju­ry. C'est ain­si que nos éva­lua­tions, chif­frées ou pas, sont de­puis des an­nées vi­dées de sens et de sub­stance. L'au­to­cen­sure joue à plein : de­van­çant l'ap­pel, le prof gonfle ses notes, édul­core ses re­marques et ap­pré­cia­tions pour évi­ter les fric­tions.

Re­gar­der som­brer la laï­ci­té

Cer­taines réa­li­tés plus ré­centes sus­citent tou­te­fois chez lui un pro­fond ma­laise. Pour­tant, les re­ven­di­ca­tions liées à l'is­lam po­li­tique qui se mul­ti­plient, y com­pris dans des ly­cées sans his­toires (ban­deaux cou­vrant tous les cheveux, re­fus de pro­non­cer ou d'écrire cer­tains mots, ma­ni­fes­ta­tions d'hos­ti­li­té ou­verte face à cer­tains su­jets), ne sus­citent en salle des profs qu'un si­lence em­bar­ras­sé. « Dans mon ly­cée, on a des di­zaines de ga­mines en abaya, por­tant des gants noirs. Elles re­fusent de fi­gu­rer sur les pho­tos de classe. Elles se bouchent les oreilles quand on parle du dieu trom­peur de Des­cartes… ou de contra­cep­tion. C’est in­sup­por­table. En salle des profs, pour­tant, per­sonne n’en parle, ou alors entre deux portes, fur­ti­ve­ment », ra­conte Be­noît. Le mu­sul­man, cette vic­time, cet ex-co­lo­ni­sé, sou­vent arabe ou noir, ne sau­rait faire l'ob­jet, en ef­fet, d'un ju­ge­ment et en­core moins de l'ap­pli­ca­tion de la loi, tant est forte la crainte d'être ac­cu­sé de ra­cisme ou d'is­la­mo­pho­bie.

Ne nous y trom­pons pas, la ma­jo­ri­té des profs est vé­ri­ta­ble­ment at­ta­chée à la laï­ci­té. S'ils se taisent, ce n'est pas par convic­tion mais parce que, sur ce su­jet comme sur tant d'autres, ils ne peuvent pas comp­ter sur le sou­tien des di­rec­tions. J'ai moi-même en­ten­du un pro­vi­seur an­non­cer clai­re­ment aux profs pré­sents qu'il n'ap­pli­que­rait pas la loi sur le voile : « C’est l’in­ter­dit qui crée le pro­blème ! Et puis les bar­bus ont dé­jà blo­qué le ly­cée une fois, pas ques­tion que ça re­com­mence. » Com­ment le prof dans ces condi­tions pour­rait-il com­battre des nuées de ga­mines

voi­lées ? Du reste, un chef d'éta­blis­se­ment droit dans ses bottes ne suf­fit pas : en­core faut-il qu'il ait confiance en sa propre hié­rar­chie... « Mon pro­vi­seur est bien d’ac­cord sur le fait qu’il faut en­di­guer ce dé­bor­de­ment is­la­mique, mais il marche sur des oeufs : il craint à juste titre que le rec­to­rat ne le sou­tienne pas en cas de conflit avec des élèves mu­sul­mans », pour­suit Be­noît.

Nou­vel éco­sys­tème en­sei­gnant

En réa­li­té, les per­son­nels de di­rec­tion jouent un rôle es­sen­tiel dans l'ab­sence to­tale d'es­time de soi des profs et dans la des­truc­tion psychique des équipes pé­da­go­giques. Sur la di­zaine de pro­vi­seurs croisés au cours des dix der­nières an­nées, huit ex­pri­maient un mé­pris sans failles pour les enseignant­s et avaient sys­té­ma­ti­que­ment re­cours à la ma­ni­pu­la­tion pour ob­te­nir le si­lence exi­gé par les rec­to­rats. « Il y a une nette ca­po­ra­li­sa­tion des per­son­nels de di­rec­tion, constatent Mi­chel et Anne, res­pec­ti­ve­ment prof en ly­cée et en pré­pa. Ce sont main­te­nant de pe­tits chefs sans au­cune vi­sion de l’école, agis­sant en ma­na­gers et vou­lant sim­ple­ment faire car­rière. Dé­tes­tant la culture, ils ont des comptes à ré­gler avec les profs de lettres clas­siques, de phi­lo ou tout sim­ple­ment avec ceux qui ont une au­to­no­mie in­tel­lec­tuelle. »

À par­tir du mo­ment où l'ins­ti­tu­tion et la loi sapent l'au­to­ri­té in­tel­lec­tuelle et sta­tu­taire des profs se crée de fa­çon qua­si dar­wi­nienne un bio­tope peu fa­vo­rable aux adeptes du sa­voir et du bon sens. Les­quels ont alors ten­dance à quit­ter le na­vire, s'es­ti­mant à juste titre in­adap­tés aux condi­tions ac­tuelles d'exer­cice de leur mé­tier. L'in­fla­tion des dé­mis­sions (mul­ti­pliées par deux en quatre ans dans le se­con­daire) confirme l'hy­po­thèse. Sur­vi­vront en re­vanche dans le ma­ri­got idéo­lo­gique créé par les mi­nistres suc­ces­sifs les élé­ments les plus adap­tés, qu'ils soient in­ca­pables d'au­to­no­mie in­tel­lec­tuelle, car­rié­ristes ou cy­niques. Dans un tel sys­tème, les profs de­viennent de pe­tits fonc­tion­naires sans ca­rac­tère par­ti­cu­lier. « Les jeunes col­lègues ont un ni­veau très bas et ne sont pas à l’aise avec la trans­mis­sion, confirme An­dré. Ils pré­fèrent les ac­ti­vi­tés aux cours. Peu ar­més in­tel­lec­tuel­le­ment, ils sont bien adap­tés au mé­tier d’en­sei­gnant tel qu’on de­mande au­jourd’hui de le pra­ti­quer. Sen­sibles à la dé­fense du sta­tut et des sa­laires, ils n’ont ma­jo­ri­tai­re­ment pas de ré­flexion sur le fond de notre mé­tier. »

Les condi­tions de re­cru­te­ment des profs (dé­crites ici : www.le­tu­diant.fr/exa­men/ concours-fonc­tion-pu­blique/dansles-cou­lisses-du-capes-de-let­tres­mo­dernes.html) ré­vèlent que l'abais­se­ment du ni­veau in­tel­lec­tuel, des élèves comme des profs, est vou­lu par l'ins­ti­tu­tion, car il ga­ran­tit leur do­ci­li­té face aux me­sures les plus in­sen­sées. La haine de soi du prof, qui est en fait la haine du mé­tier de prof en tant qu'il sait et trans­met, s'en­gendre main­te­nant elle-même, en ce qu'elle de­vient un cri­tère de re­cru­te­ment. La boucle est dé­sor­mais bou­clée. •

Graine de vio­lence, Ri­chard Brooks, 1955.

Anne-so­phie No­ga­ret, Du mam­mouth au Ti­ta­nic, L'ar­tilleur, 2017.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.