VOUS N'AUREZ PAS MON « N »

Est-il bien rai­son­nable de lais­ser un ci­néaste dé­rai­son­nable com­men­ter chaque mois l'ac­tua­li­té en toute li­ber­té ? As­su­ré­ment non. Cau­seur a donc dé­ci­dé de le faire.

Causeur - - Le Moi de Basile - Par Jean-paul Li­lien­feld

Char­lie-heb­do, l'hy­per Ca­cher, le Ba­ta­cla , ice, u prêtre égor­gé à Sai t-étie e-du-rou­vray, le Louvre, Or­ly, les Champs-ély­sées, mais e soyo s pas co­car­diers : Bo­rough Mar­ket, West­mi ster, Ma ches­ter, Bruxelles, Stock­holm, Mu ich, As­bach, Ber­li , liste o ex­haus­tive... Et puis der iè­reme t Bar­ce­lo e, Ca­brils, Wup­per­tal, Sour­gout et Tur­ku. La Fi la de mai te a t !

Si vous m'avez lu jus­qu'ici vous de­vez trou­ver ma pen­sée obs­cure. En dé­pit de mon édu­ca­tion oc­ci­den­ta­lo-cou­pable, je dois donc me ré­soudre à ad­mettre l'évi­dence : pour me faire com­prendre, je ne peux écrire sans « N ».

« Vous n’aurez pas ma haine », écri­vait le ma­ri d'une vic­time du Ba­ta­clan. Et le monde de s'émer­veiller de tant de sa­gesse face au mal­heur, de tant de gran­deur face à l'hor­reur.

« Vous n’aurez pas ma haine », re­pre­nait le com­pa­gnon du po­li­cier tué sur les Champ­sé­ly­sées. Et boucles des chaînes d'in­fo sur tant de no­blesse d'es­prit. Comme si, pour lut­ter contre la bar­ba­rie, il suf­fi­sait d'af­fi­cher os­ten­si­ble­ment son at­ta­che­ment aux va­leurs hu­ma­nistes. Comme si les Amé­ri­cains nous avaient li­bé­rés en ten­dant la joue gauche. Comme si le mur de Ber­lin était tom­bé à force de bi­sous. Mais quel meilleur on­guent à sa lâ­che­té que de se gar­ga­ri­ser de ces dé­cla­ra­tions lé­ni­fiantes ? (dont les au­teurs dans une in­com­men­su­rable peine ne sont pas mes cibles ; cha­cun fait comme il peut avec son cha­grin.) Quel meilleur pa­ravent à ses in­suf­fi­sances chro­niques que l'ar­mure de dou­leur su­bli­mée de ces vic­times réelles ? Et que disent donc nos tar­tuffes adeptes du « cause à ef­fet », de l'ex­pli­ca­tion so­cio­lo­gi­co-mi­sé­ra­bi­liste – pas de l'ex­cuse, hein. Ah non ! Ne vous mé­pre­nez pas ! On vous ex­plique, parce que vous êtes un peu bêtes à tou­jours vou­loir que ce que vous consta­tez soit le réel, alors que le réel n'est qu'un mi­rage fa­çon­né à tra­vers votre per­cep­tion per­ver­tie par les pou­voirs sou­ter­rains, que vous êtes dé­ci­dé­ment trop be­nêts pour avoir dé­bus­qué, pen­dant que nous, Jean Mou­lin du xxie siècle, grands ré­sis­tants de der­rière nos or­di­na­teurs, Bri­gades in­ter­na­tio­nales 2.0 du risque vir­tuel dont seul notre ava­tar risque de pâ­tir, nous échi­nons à érein­ter ce prêt-à-pen­ser qu'il faut vrai­ment être un sans-dents pour ava­ler, bref je m'égare… la Fin­lande. Oui, la Fin­lande dont on es­saie de vous faire croire qu'elle est in­no­cente, la Fin­lande qui n'a ja­mais co­lo­ni­sé per­sonne

se­rait donc aux ter­ro­ristes dji­ha­distes ce que les Fran­çais in­no­cents furent aux juifs as­sas­si­nés à Co­per­nic. Que nen­ni !

En­core une fois, on vous berne tas de bou­seux ! La Fin­lande par­ti­cipe aux ac­ti­vi­tés de for­ma­tion de l'opé­ra­tion In­herent Re­solve (l'opé­ra­tion mi­li­taire amé­ri­caine me­née dans le cadre de la coa­li­tion ara­bo-oc­ci­den­tale en Irak et en Sy­rie) de­puis août. Quelque 50 sol­dats fin­lan­dais forment ac­tuel­le­ment des com­bat­tants pesh­mer­gas dans la ré­gion kurde si­tuée au nord de l'irak. À ce jour, ils ont for­mé en­vi­ron 1 500 com­bat­tants. De plus, de­puis le dé­but de l'of­fen­sive en oc­tobre 2016, les chi­rur­giens fin­lan­dais ont ai­dé à soi­gner plus de 500 pa­tients bles­sés. Certes la Fin­lande n'a pas de pas­sé co­lo­nial hu­mi­liant, mais vous voyez bien que ce pays n'est pas blanc-bleu, contrai­re­ment à ce que vou­drait faire croire son dra­peau… D'ailleurs… STOOOP !!! Je ne peux plus en­tendre ces ex­pli­ca­tions his­to­ri­co­so­cio­lo­gi­co-foi­reuses. Ces fan­tômes de la co­lo­ni­sa­tion qui nous re­vien­draient en boo­me­rang, jus­tice im­ma­nente, mixée de conflit is­raé­lo­pa­les­ti­nien à l'ori­gine de tous les dés­équi­libres du monde et sur­tout des dés­équi­li­brés qui sé­vissent. Car qui a co­lo­ni­sé à tour de bras dès sa créa­tion si­non l'is­lam ?

Qui a gé­no­ci­dé phy­si­que­ment et cultu­rel­le­ment les Ama­zighs, les Ber­bères et tant d'autres ? Qui a me­né une traite ara­bo-mu­sul­mane des Afri­cains et l'a pour­sui­vie bien après que les Oc­ci­den­taux se sont ren­du compte de l'hor­reur de ce que leurs aïeux trou­vaient nor­mal ? Qui la pour­suit en­core de nos jours en Li­bye, en Irak, ra­flant les can­di­dats noirs à l'émi­gra­tion qui ont le mal­heur de pas­ser par ces pays ? Lorsque pen­dant des siècles, l'em­pire ot­to­man co­lo­ni­sait, mal­trai­tait ses ad­mi­nis­trés, lorsque la Tur­quie a mas­sa­cré les Ar­mé­niens, an­nexé Chypre, lorsque le Ma­roc a an­nexé le Sa­ha­ra oc­ci­den­tal, c'était à cause de George Bush père ou de George Bush fils ? Ces doc­trines de conver­sion et d'ex­pan­sion ap­pli­quée à la lettre par une re­li­gion née en Ara­bie, mi­nus­cule ter­ri­toire, ra­pi­de­ment éten­due sur plu­sieurs conti­nents, qui pro­fes­sait la con­quête par l'épée et « la sou­mis­sion ou la mort », sont-elles le ré­sul­tat de trau­ma­tismes in­fli­gés plu­tôt par Trump ou plu­tôt par Pou­tine ? Pour­quoi le chris­tia­nisme de­vrait-il se re­pen­tir éter­nel­le­ment de son pas­sé ex­pan­sion­niste et cri­mi­nel, tan­dis que l'is­lam ne se­rait vic­time que de l'oc­ci­dent ?

Les lé­gendes d'un temps bé­ni où un is­lam des Lu­mières, to­lé­rant et pa­ter­nel, fai­sait co­ha­bi­ter en paix les trois re­li­gions du livre sont-elles rac­cord avec la mis­sive du sul­tan du Ma­roc Mou­lay Abd-er-rah­man adres­sée en 1842 au consul de France à Tan­ger ?

« Les juifs de notre pays for­tu­né ont re­çu des ga­ran­ties (“mu'ahi­dun”) dont ils bé­né­fi­cient moyen­nant les condi­tions im­po­sées par notre loi re­li­gieuse aux gens qui jouissent de la pro­tec­tion (“dhim­ma”). Si les juifs res­pectent ces condi­tions, notre loi dé­fend de ver­ser leur sang et or­donne de res­pec­ter leurs biens, mais s’ils violent une seule condi­tion, notre loi bé­nie per­met de ver­ser leur sang et de prendre leurs biens. Notre re­li­gion glo­rieuse ne leur at­tri­bue que les marques de l’avi­lis­se­ment et de l’abais­se­ment ; aus­si le seul fait pour un juif d’éle­ver la voix contre un mu­sul­man consti­tue une vio­la­tion des condi­tions de la pro­tec­tion. Si chez vous (en France) ils sont vos égaux en tout, s’ils sont as­si­mi­lés à vous, c’est très bien dans votre pays, mais pas dans le nôtre. » Vous pen­sez que cette hu­ma­niste dis­po­si­tion d'es­prit vis-à-vis des juifs est plu­tôt due à la créa­tion de l'état d'is­raël en 1948 ou aux im­plan­ta­tions en Cis­jor­da­nie après 1967 ? Au sio­nisme, en tout cas, c'est une évi­dence, même si, en 1842, Theo­dor Herzl n'avait pas tout à fait ter­mi­né de le pen­ser puis­qu'il avait « - 18 ans ». Que di­rait-on si Emmanuel Ma­cron af­fir­mait : « Notre glo­rieuse Ré­pu­blique n’at­tri­bue aux mu­sul­mans que les marques de l’avi­lis­se­ment et de l’abais­se­ment… » ? In­ac­cep­table ! Et d'ailleurs im­pen­sable.

C'est ce­pen­dant ce que les juifs des pays mu­sul­mans ont dû en­du­rer pen­dant treize siècles. Et les évé­ne­ments ac­tuels du Moyen-orient four­nissent la preuve que le sort des chré­tiens n'est pas beau­coup plus en­viable que ce­lui des juifs… dès qu'il n'y a plus de juifs à se mettre sous la main. De tout temps, l'is­lam « à la lettre » a été le guide spi­ri­tuel, le mode d'em­ploi de ré­gimes ex­pan­sion­nistes, co­lo­ni­sa­teurs, fas­cistes et ra­cistes pra­ti­quant l'apar­theid et le pra­ti­quant en­core au­jourd'hui pour cer­tains. La haine n'était jus­qu'ici qu'une ré­ac­tion na­tu­relle à la bar­ba­rie aveugle aus­si mé­ca­nique que l'adré­na­line l'est au stress, dont les in­di­gnés de sa­lon vou­draient pri­ver les vic­times.

J'ai bien peur qu'elle ne de­vienne un de­voir. En tous cas, chers is­la­mistes, la mienne, vous l'avez. •

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