Ma­nuel d'his­toire, se­cond de­gré

Causeur - - Sommaire - Fré­dé­ric Rou­villois

de cette His­toire, qui s’ins­pire ex­pres­sé­ment des ou­vrages de La­visse et de ces ma­nuels sco­laires ri­che­ment illus­trés re­mon­tant à une époque où l’on te­nait à ap­prendre aux en­fants du peuple le ro­man na­tio­nal. Un ro­man à re­bon­dis­se­ments, comme Le Comte de Monte-cris­to, avec ses heures de tris­tesse et ses jours de gloire, ses rois et ses em­pe­reurs, ses fi­nan­ciers et ses la­bou­reurs, ses ba­tailles et ses ré­vo­lu­tions, tout un monde qui ve­nait peu­pler la mé­moire et per­met­tait d’être fier de se sen­tir fran­çais. « Oh ! Vous vous rap­pe­lez ce des­sin-là, Jules Fer­ry et ses gros fa­vo­ris ? » Ce­pen­dant, non contente d’être une ma­chine à faire rire, l’his­toire de Ba­sile de Koch est aus­si un vrai livre d’his­toire qui (c’est la cin­quième joye) nous donne l’oc­ca­sion de ré­ap­prendre un cer­tain nombre de noms, de lieux et, sur­tout, de dates. De fait, le La­visse ici pas­ti­ché était le vais­seau ami­ral d’une his­to­rio­gra­phie en­core struc­tu­rée par la chro­no­lo­gie, loin des ap­proches pré­ten­tieu­se­ment thé­ma­tiques d’au­jourd’hui. On n’y met­tait pas la char­rue avant les boeufs ni l’ef­fet avant la cause. Voi­là pour­quoi le livre de Ba­sile de Koch, même s’il four­mille d’ana­chro­nismes co­casses, est aus­si un re­cueil de dates et de faits que les ly­céens et les étu­diants pour­raient uti­li­ser pour mé­mo­ri­ser sur un mode lu­dique un sa­voir de base, mais néan­moins très su­pé­rieur à ce­lui que pos­sèdent 99 % des ba­che­liers. Et à force d’ap­prendre, on fi­nit par com­prendre, sixième joye ! Com­prendre ce que l’au­teur a vou­lu dire, tout en le dis­si­mu­lant der­rière la bouf­fon­ne­rie de son pro­pos et l’usage im­mo­dé­ré du deuxième de­gré. Leo Strauss ap­pe­lait ce­la « l’art d’écrire » : de dire des choses d’une cer­taine ma­nière, qui leur per­met de pas­ser les contrôles de la cen­sure et les fourches cau­dines de la pen­sée unique. Pour qui ne s’en se­rait pas aper­çu, Ba­sile de Koch ex­pli­cite son pro­pos dans un aver­tis­se­ment si­gné Pa­trice Mou­che­ron, pro­fes­seur d’his­toire à l’école cen­trale d’élec­tro­nique : « Je dé­con­seille for­mel­le­ment à qui­conque la lec­ture de cet opus­cule qui, sous cou­vert d’hu­mour, ap­porte sour­noi­se­ment sa pierre à l’édi­fi­ca­tion d’un nau­séa­bond “ro­man na­tio­nal”. (…) Cette bro­chure vé­hi­cule les pires cli­chés sur une “France” aus­si gran­diose qu’ima­gi­naire – fai­sant ain­si le jeu des adeptes de la pen­sée an­ti­his­to­rique, c’est-à-dire en der­nière ana­lyse, contre-ré­vo­lu­tion­naire. » Aver­tis­se­ment sui­vi d’un avant-pro­pos de l’au­teur que l’on pour­rait croire in­té­gra­le­ment au deuxième de­gré, alors qu’il n’en est rien : « La voi­ci de re­tour, la vé­ri­table his­toire de France, celle qu’on n’ose plus en­sei­gner à nos en­fants ! (…) Une ma­gni­fique his­toire, mal­trai­tée des dé­cen­nies du­rant par la pé­da­go­gie mi­nis­té­rielle en ver­tu d’une ob­ses­sion idéo­lo­gique : “dé­cons­truire” notre pas­sé com­mun au nom d’un fu­tur mon­dia­li­sé, dé­ra­ci­né, uni­for­mi­sé, in­forme, ef­froyable. » Ou com­ment l’hu­mour per­met de dire des choses qui, sans lui, pa­raî­traient in­au­dibles. Et la sep­tième joye du livre est qu’il nous pousse, par-de­là les fous rires, à ne pas ou­blier ce que re­com­mande La­visse dans la for­mule pla­cée en exergue : « Tu dois ai­mer la France parce que la na­ture l’a faite belle, et que l’his­toire l’a faite grande. » •

« Hol­lande ne laisse que des re­grets à gauche. » Illus­tra­tions de Luc Cor­nillon ti­rées du livre de Ba­sile de Koch, His­toire de France de Cro-ma­gnon à Em­ma­nuel Ma­cron.

His­toire de France de Cro-ma­gnon à Em­ma­nuel Ma­cron, Ba­sile de Kock, Flam­ma­rion, 2017.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.