Pierre Sau­ta­rel « Si j'ou­vrais Fde­souche au­jourd'hui, je lui don­ne­rais un autre nom »

Le créa­teur du site Fde­souche.com s'épanche ra­re­ment dans les mé­dias. Pour Cau­seur, Pierre Sau­ta­rel re­vient sur son par­cours de pe­tit Blanc de ban­lieue, se sou­vient de ses amis de jeu­nesse im­mi­grés et dé­ve­loppe sa concep­tion de la France. En­tre­tien.

Causeur - - Sommaire N° 53 – Janvier 2018 - Pro­pos re­cueillis par Daoud Bou­ghe­za­la

Daoud Bou­ghe­za­la. En quelques an­nées, Fde­souche.com est de­ve­nu la ré­fé­rence de la « droi­to­sphère » avec ses fa­meuses re­vues de presse. Qu'est-ce qui vous a ame­né à créer ce site ?

Pierre Sau­ta­rel. En 2005, avant l’émer­gence de Fa­ce­book et des réseaux sociaux, alors que la mode des blogs bat­tait son plein, j’ai fon­dé Fde­souche. Ont d’abord été pu­bliés des ar­ticles sans grand in­té­rêt, comme mon ré­cit de la vi­site d’une ex­po d’art contem­po­rain, mais ce­la n’in­té­res­sait que peu de monde. En re­vanche, à chaque fois que je re­layais des ar­ticles de presse per­ti­nents au­tour du trip­tyque im­mi­gra­tion-in­sé­cu­ri­té-men­songe mé­dia­tique, le site at­ti­rait du pu­blic. J’ai donc dé­ci­dé de ca­pi­ta­li­ser sur ce ter­rain, sans presque rien ré­di­ger, en me­nant un tra­vail de veille mé­dia­tique au ser­vice de ce su­jet qui me sem­blait ca­pi­tal.

Cette neu­tra­li­té ap­pa­rente vous pro­tège d'éven­tuelles pour­suites ju­di­ciaires…

Plus que de neu­tra­li­té, je par­le­rai d’ob­jec­ti­vi­té. Ni nos thèmes ni nos cri­tères de pu­bli­ca­tion ne sont neutres, mais nous les trai­tons à charge et à dé­charge avec la plus grande ob­jec­ti­vi­té pos­sible. Ce­la trouble d’ailleurs cer­tains de nos lec­teurs. Il ne s’agit pas d’une pa­rade ju­ri­dique, nous pro­fi­tons sim­ple­ment du fait que l’ac­tua­li­té nous donne tel­le­ment rai­son qu’il est in­utile d’in­tel­lec­tua­li­ser ou de tordre la réa­li­té. Sur la bonne dou­zaine de pro­cé­dures dont j’ai fait l’ob­jet, seules deux concer­naient des ar­ticles ju­gés dif­fa­ma­toires. Toutes les autres por­taient sur des com­men­taires.

Un flot de com­men­taires ra­cistes se dé­verse en ef­fet sur Fde­souche. Est-ce pour échap­per à la jus­tice que vous avez dé­go­té un di­rec­teur en Inde ?

Ti­lak Raj, le di­rec­teur de la pu­bli­ca­tion, est en ef­fet un ci­toyen in­dien. Pour­quoi Fde­souche ne pro­fi­te­rait-il pas lui aus­si de la mon­dia­li­sa­tion ? Une af­faire de com­men­taires li­ti­gieux a d’ailleurs en­traî­né une en­quête d’in­ter­pol à New Del­hi ain­si que la convo­ca­tion par la po­lice d’ho­mo­nymes ré­si­dant en Île-de-france. Je suis donc la prin­ci­pale vic­time de ce pro­blème de com­men­taires, in­so­luble même pour des mul­ti­na­tio­nales ri­chis­simes comme You­tube ou Fa­ce­book. Nous avons pen­sé à les fer­mer com­plè­te­ment, mais ce se­rait don­ner rai­son à une mi­no­ri­té d’ano­nymes ra­cistes et hai­neux.

L'in­ti­tu­lé même de « Fde­souche » semble un mes­sage adres­sé à cette mi­no­ri­té. Pour­quoi l'avoir choi­si ?

À l’époque, tout le monde avait un pseu­do sur les blogs. Le mien était « Fran­çois­de­souche », ce qui a don­né « Fde­souche » en abré­via­tion. Ça m’amu­sait d’em­ployer ce concept connu de tous, mais ta­bou. Je vou­lais mon­trer qu’on était le seul groupe en France qui n’avait pas le droit de re­ven­di­quer ses ori­gines. Je me sou­viens d’une ga­mine fran­çaise de souche qui di­sait : « Moi je n’ai pas d’ori­gine ! » – comme si une ori­gine de­vait for­cé­ment être étran­gère pour exister… Bref, nous avons mis les pieds dans le plat.

… pour dé­fendre une vi­sion ex­clu­si­ve­ment eth­nique de l'iden­ti­té fran­çaise ?

Non, cer­tains membres de l’équipe du site ne sont d’ailleurs pas fran­çais de souche. Si je re­fai­sais le site au­jourd’hui, je lui don­ne­rais un autre nom. J’ai gran­di, ma pen­sée évo­lue. Mais ce que je trouve mar­rant dans notre dé­marche, c’est que le simple fait de nous re­ven­di­quer « Fde­souche » nous dia­bo­lise. Ce cô­té sub­ver­sif est à la fois notre li­mite et notre boos­ter.

Puisque vous dites que vous n'êtes pas « eth­ni­ciste », croyez-vous en l'as­si­mi­la­tion ré­pu­bli­caine ?

Beau­coup d’im­mi­grés se sont as­si­mi­lés. C’est un pro­ces­sus psy­cho­lo­gique per­son­nel qu’on ne peut pas gé­né­ra­li­ser à l’échelle d’une masse pour en faire une loi gé­né­rale. Dans les an­nées 1950, l’émi­gré qui ar­ri­vait en France était com­plè­te­ment cou­pé de son monde et im­mer­gé dans la ci­vi­li­sa­tion fran­çaise. Ce bain n’existe plus. Avec les nou­velles tech­no­lo­gies, l’im­mi­gré main­tient le lien avec son pays d’ori­gine. Avec la com­mu­nau­ta­ri­sa­tion territoria­le, il peut – dans sa vie quo­ti­dienne – ne ja­mais ren­con­trer de Fran­çais. Avec la pro­pa­gande de la re­pen­tance, l’opi­nion do­mi­nante dans son en­vi­ron­ne­ment le pous­se­ra à dé­tes­ter la France et donc à consi­dé­rer l’as­si­mi­la­tion comme une tra­hi­son. Et avec le nombre, les flux, la loi du groupe, ça ira de mal en pis. Bref, je n’ai au­cune op­po­si­tion à l’as­si­mi­la­tion ré­pu­bli­caine comme prin­cipe, mais je n’y crois plus en pra­tique.

Sans vou­loir vous psy­cha­na­ly­ser, on ai­me­rait sa­voir si vous avez tou­jours pen­sé ain­si. Avez-vous su­bi des dif­fi­cul­tés liées à l'im­mi­gra­tion mas­sive dans votre jeu­nesse ?

Je suis né dans une fa­mille de gauche as­sez po­li­ti­sée. Par idéa­lisme, mes pa­rents ont vou­lu que je gran­disse dans les quar­tiers dits « po­pu­laires », comme les Buttes- →

Chau­mont à Pa­ris et Les Mu­reaux dans les Yve­lines. Mes pa­rents idéa­li­saient beau­coup la co­ha­bi­ta­tion entre en­fants de classes fa­vo­ri­sées et en­fants de l’im­mi­gra­tion… Avant de se ra­vi­ser et de m’en­voyer en in­ter­nat en uni­forme au mi­lieu de la grande bour­geoi­sie.

« Un vrai couple soixante-hui­tard et bo­hème », écrit de vos pa­rents élec­teurs so­cia­listes la jour­na­liste du Monde Ariane Che­min dans le por­trait à charge qu'elle vous a consa­cré.

Mes pa­rents sont re­ve­nus de leurs illu­sions. Ma mère, qui a pour­tant gran­di en ban­lieue et y vit de­puis trente ans, ne fait plus son mar­ché aux Mu­reaux. Non pas qu’elle y risque phy­si­que­ment quelque chose, mais parce qu’elle s’y sent cultu­rel­le­ment mal à l’aise. En plus, avec le plan de ré­no­va­tion ur­baine des Mu­reaux et de Mantes-la-jo­lie, le pré­fet a dis­per­sé les po­pu­la­tions à pro­blèmes vers toutes les villes des alen­tours. Sans for­cé­ment le for­mu­ler ain­si, ma mère a le sen­ti­ment que son es­pace vi­tal se ré­duit pe­tit à pe­tit. De mon cô­té, plus jeune, même si c’était moins ten­du qu’au­jourd’hui, j’ai vu ar­ri­ver les pro­blèmes que pose la co­ha­bi­ta­tion en ban­lieue.

C'est-à-dire ?

Aux Mu­reaux, je fré­quen­tais des en­fants d’ori­gine magh­ré­bine. Jus­qu’au mi­lieu des an­nées 1990, leur liant prin­ci­pal était l’iden­ti­té arabe, dont l’is­lam n’était qu’un co­rol­laire (chau­vi­nisme vis-à-vis du pays d’ori­gine, fas­ci­na­tion pour les fi­gures du na­tio­na­lisme arabe comme Sad­dam Hus­sein). Puis la fré­quen­ta­tion de « l’école arabe », c’est-à-dire les cours d’arabe et de re­li­gion à la mos­quée, s’est ré­pan­due. L’is­lam a alors pris le des­sus sur l’ara­bi­té, d’au­tant que sont ar­ri­vées en masse des fa­milles nom­breuses mu­sul­manes is­sues d’afrique noire. L’is­lam est alors ap­pa­ru comme la seule chose qui unis­sait tout ce pe­tit monde. De temps en temps, les pe­tits mu­sul­mans nous ré­pé­taient ce qu’ils ap­pre­naient à la ma­dra­sa sans se rendre compte que c’était hy­per cho­quant. Ce­la don­nait des sorties sur les juifs ou les femmes telles que : « On a ap­pris que le jour où les femmes for­ni­que­ront dans les rues, ce se­ra la fin du monde ! » Ce qui est plus grave que l’is­la­misme ra­di­cal, c’est l’is­la­misme in­cons­cient des masses, au­quel s’est ajou­té le dé­ve­lop­pe­ment du rap et du phé­no­mène « ra­caille ».

Com­ment ce­la s'est-il tra­duit ?

Quand j’ai com­men­cé l’école dans les an­nées 1980, ces jeunes étaient ha­billés par leurs mères comme des pauvres chez Ta­ti. Dix ans plus tard, ils por­taient tous des marques parce qu’était entre-temps ap­pa­ru le phé­no­mène des bandes, du deal, du vol. Du sta­tut de vic­times ex­ploi­tées, ils sont de­ve­nus « bour­reaux ». La pro­pa­gande de la re­pen­tance les a ren­dus re­van­chards, le rap leur a don­né le goût de l’ar­gent fa­cile et a ren­du ac­cep­table le sta­tut de dé­lin­quant, l’idéo­lo­gie an­ti­ra­ciste leur a four­ni un bouc émis­saire col­lec­tif – la France, le « pa­tron ra­ciste qui dis­cri­mine », le flic, etc. Et pour com­pen­ser tous leurs échecs per­son­nels, l’is­lam leur a of­fert une fier­té et un sen­ti­ment d’ap­par­te­nance en com­mun. Pas be­soin d’avoir fait L’ENA pour com­prendre que le cock­tail était ex­plo­sif.

Est-ce votre ex­pé­rience du choc des ci­vi­li­sa­tions qui vous a me­né chez les ul­tras du Parc des Princes ?

Après avoir été le Gau­lois chez les Arabes, j’avais été le pauvre chez les grands bour­geois. Or, en ce mi­lieu des an­nées 1990, le kop de Bou­logne avait la ré­pu­ta­tion d’être le ter­ri­toire des pe­tits Blancs de ban­lieue. Je l’ai com­pris plus tard, mais cette tri­bune fut le pre­mier es­pace de contre-com­mu­nau­ta­ri­sa­tion fran­çaise. Comme des ex­pa­triés dans un pays loin­tain, ces Fran­çais de ban­lieue avaient plai­sir à se re­trou­ver là, entre eux, le temps d’un match. C’était tel­le­ment avant­cou­reur.

À plus grande échelle, la com­mu­nau­té des lec­teurs de Fde­souche re­pro­duit en ef­fet cet es­prit de clo­cher. Ce­pen­dant, vous n'êtes plus seuls sur le cré­neau puisque tous les grands mé­dias parlent d'im­mi­gra­tion et d'is­lam. Com­ment avez-vous ga­gné la ba­taille des idées ?

À rai­son de 100 000 vi­si­teurs uniques par jour en moyenne, Fde­souche a contri­bué à ga­gner la ba­taille, mais nous n’avons pas été seuls à la me­ner. Sans vou­loir nous je­ter des fleurs, force est de consta­ter que Fde­souche est par­ve­nu à « dé­ta­bouï­ser » pas mal de su­jets en jouant les ai­guillons un peu ta­quins. Par exemple, dès qu’on a vu Da­nièle Obo­no can­di­date de la France in­sou­mise aux lé­gis­la­tives, on a mon­té un dos­sier com­plet en éplu­chant toutes ses dé­cla­ra­tions et ses tweets. On avait dé­jà re­pé­ré sa par­ti­ci­pa­tion aux émis­sions du PIR, la mou­vance de Bou­teld­ja, vu qu’elle ne fai­sait vrai­ment pas at­ten­tion à ses fré­quen­ta­tions. Le jour de son élec­tion, nous nous sommes amu­sés à mon­trer que la dé­pu­tée noire cau­tion an­ti­ra­ciste de Mé­len­chon pou­vait être ac­cu­sée de… ra­cisme ! La pen­sée unique consiste à im­po­ser dans l’ima­gi­naire col­lec­tif une grille de lec­ture as­sez ma­ni­chéenne. Avec des gen­tils, des mé­chants… Avec Obo­no comme avec le rap­peur Black M et beau­coup d’autres, nous avons mon­tré que la réa­li­té était plus com­plexe.

On pour­rait ex­pli­quer la dé­dia­bo­li­sa­tion de la cri­tique de l'im­mi­gra­tion par une autre piste : l'ir­rup­tion du réel ! Plus per­sonne ne nie que les at­ten­tats de ces der­nières an­nées sont le fait d'en­fants de l'im­mi­gra­tion.

Des en­fants de l’im­mi­gra­tion et souvent d’an­ciens pe­tits dé­lin­quants. Or, il y a en­core quelques an­nées, on ne pou­vait même pas po­ser la ques­tion de la sur­re­pré­sen­ta­tion des im­mi­grés chez les dé­lin­quants. Lais­ser une frange im­por­tante de la jeu­nesse som­brer dans la dé­lin­quance fut consi­dé­ré comme plus conforme à la mo­rale. On en paie le ré­sul­tat. Pour­tant, la seule chose cho­quante au­rait été d’ex­pli­quer ce phé­no­mène par des rai­sons gé­né­tiques. Or, j’y vois plu­tôt des rai­sons cultu­relles, sa­chant que des règles sont faites pour une men­ta­li­té et une culture par­ti­cu­lières. La France ac­corde une grande place à la pré­ven­tion et à l’édu­ca­tion avec un sys­tème pé­nal par­fai­te­ment adap­té à ces prin­cipes. À l’époque de mes pa­rents, la pres­sion so­ciale fai­sait qu’un re­pris de jus­tice était un « dé­chet » de la so­cié­té pour tout le monde. Dé­sor­mais, dans de nom­breux quar­tiers en France, avoir été tau­lard est de­ve­nu au contraire un mo­tif de fier­té. Dans une so­cié­té plu­rielle non to­ta­li­taire, il est im­pos­sible de faire res­pec­ter des règles de la même ma­nière à tout le monde, car on n’a pas les mêmes codes cultu­rels. Là où cer­tains ver­ront de la pré­ven­tion, d’autres per­ce­vront de la fai­blesse.

Mal­gré votre sta­tut de pré­cur­seur, vous n'êtes plus le seul sur votre ter­rain. Que pen­sez-vous de la flo­rai­son de you­tu­beurs, de sites et de blogs an­ti-im­mi­gra­tion ?

Le phé­no­mène qui m’in­té­resse le plus, ce sont les you­tu­beurs. Ils touchent des pu­blics très peu po­li­ti­sés alors que sites et blogs tournent souvent à l’entre-soi et au mi­cro­cosme. Si j’avais 20 ans, je mi­se­rais tout sur You­tube.

Et rien sur les par­tis po­li­tiques ? Vous avez pour­tant été can­di­dat sup­pléant aux lé­gis­la­tives en 2007 sous l'éti­quette FN.

La po­li­tique ne m’in­té­resse qu’à tra­vers le prisme de la guerre des idées et de leur pro­pa­ga­tion. Si j’ai mi­li­té au Front na­tio­nal, c’est à la fin des an­nées 1990 – jus­qu’à la scis­sion mé­gré­tiste. Puis j’ai adhé­ré au MNR de Mé­gret, qui a pé­ri­cli­té. Au cours des an­nées 2000, c’est en qua­li­té de pres­ta­taire de ser­vices in­for­ma­tiques que j’ai tra­vaillé pour le FN de ma­nière non mi­li­tante. Mais je me ber­çais d’au­tant moins d’illu­sions que le FN de l’époque était dans une lo­gique so­ra­lienne. Or, je n’ai ja­mais com­pris la stra­té­gie de Jean-ma­rie Le Pen de 2007 qui consis­tait à lais­ser à Sar­ko­zy l’iden­ti­té nationale et l’im­mi­gra­tion pour faire des clins d’oeil aux po­pu­la­tions im­mi­grées. De toute fa­çon, je ne suis pas du tout at­ta­ché au Front na­tio­nal. Quand j’ai fré­quen­té ce par­ti, il était le seul à sur­fer sur les thèmes qui m’in­té­ressent. Ce n’est plus le cas. Quand Valls et Wau­quiez mé­dia­tisent des su­jets sur les­quels j’ai tra­vaillé, comme les réunions in­ter­dites aux Blancs, j’y vois une vic­toire, pas une concur­rence. Après le dis­cours de Oua­ga­dou­gou, j’ai même dé­fen­du Ma­cron. Il a la vi­sion d’un ban­quier prag­ma­tique dé­si­déo­lo­gi­sé et nous a of­fert d’heu­reuses sur­prises. Pour le mo­ment, son ap­pa­rent réa­lisme me plaît. C’est vous dire à quel point je n’ai pas l’es­prit par­ti­san.

Je vous ima­gi­nais plu­tôt fa­vo­rable à l'union des droites. Ne vou­lez-vous pas ré­con­ci­lier FN et LR ?

Toutes les études dé­montrent que l’im­mi­gra­tion et l’in­sé­cu­ri­té sont au coeur des prio­ri­tés de ces deux élec­to­rats. Ca­ri­ca­tu­ra­le­ment, ce qui dif­fé­ren­cie l’élec­teur LR de ce­lui du FN, c’est que le pre­mier compte sur ses re­ve­nus et son pa­tri­moine pour se pro­té­ger quand le se­cond, plus pré­caire, mise sur le re­tour de l’état. Idéa­le­ment, sur le pa­pier, il fau­drait donc les unir. Mais qui ? Quoi ? Com­ment ? Je se­rais bien en peine pour vous ré­pondre.

Avant d'achever sa re­com­po­si­tion, le pay­sage po­li­tique a sans doute be­soin d'une nou­velle cla­ri­fi­ca­tion idéo­lo­gique.

Si le pay­sage po­li­tique se re­des­sine, ce ne se­ra pas uni­que­ment au­tour de la fron­tière gauche-droite, mais à par­tir de cli­vages plus sub­tils. L’un des principaux fronts de la guerre des idées se joue d’ailleurs à gauche au­tour de pro­blé­ma­tiques telles que : « La laï­ci­té est-elle une va­leur com­mune qui per­met le vivre-en­semble ou une re­ven­di­ca­tion com­mu­nau­taire du groupe ma­jo­ri­taire ? » Les po­lé­miques entre Valls et Ha­mon du­rant la pri­maire so­cia­liste, les ten­sions chez les In­sou­mis au­tour de l’is­la­mo-gau­chisme, la guerre entre Char­lie Heb­do et Me­dia­part illus­trent les frac­tures énormes au­tour de cette ques­tion… C’est de ce cô­té-là que se pro­duisent les mu­ta­tions les plus in­té­res­santes du mo­ment. Les gens de gauche, comme Laurent Bou­vet ou Cé­line Pi­na, s’avèrent plus utiles et efficaces pour par­ler de su­jets comme l’is­la­misme et la li­ber­té des femmes. •

Consul­tant en com­mu­ni­ca­tion né en 1980, Pierre Sau­ta­rel est le fon­da­teur du site Fde­souche.com

Émeutes de no­vembre 2005 aux Mu­reaux. « Par idéa­lisme, mes pa­rents ont vou­lu que je gran­disse dans les quar­tiers dits “po­pu­laires”, comme comme les Buttes-chau­mont à Pa­ris et Les Mu­reaux dans les Yve­lines. »

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