Le réel, quel bor­del !

Il est par­fois mal vu de se ré­fé­rer au « réel ». Sur­tout lors­qu'il s'agit de dé­non­cer la perte d'iden­ti­té de la France et de l'eu­rope confron­tées au pé­ril mi­gra­toire. On de­vrait pour­tant avoir le droit de dire ce que l'on voit.

Causeur - - Sommaire N° 58 – Juin 2018 - Fran­çoise Bo­nar­del

Alors que pa­raît en France le livre ma­gis­tral du lan­ceur d’alerte Dou­glas Mur­ray (L'étrange Sui­cide de l'eu­rope) – char­gé de « réel » de la cale au pont comme un ba­teau de sa car­gai­son – des es­prits sub­tils iro­nisent sur le fait que l’on puisse en­core se ré­fé­rer au « réel » comme à une sorte de mètre-éta­lon. Tan­dis que la di­ver­si­té ani­male s’ap­pau­vrit, l’es­pèce hu­maine pro­dui­rait même une va­rié­té nou­velle de chantres obs­ti­nés du réel. Ain­si ver­rait-on déam­bu­ler dans les mornes plaines de la stu­pi­di­té hu­maine quelques spé­ci­mens par­ti­cu­liè­re­ment in­quié­tants de l’ho­mo reac­tus re­pre­nant à leur compte, mais en les re­tour­nant, les pos­tures in­tel­lec­tuelles d’ho­mo fes­ti­vus1 qui au­rait ain­si mu­té en son contraire, se­lon des lois an­thro­po­lo­giques en­core mal connues. Est-ce donc fes­ti­vus qui, las de ses jeux in­fan­tiles, se se­rait trans­for­mé en reac­tus ; ou ce der­nier était-il ta­pi dans l’in­no­cence ap­pa­rente de fes­ti­vus ? Une en­quête de­vrait être me­née sur ce pas­sion­nant su­jet ! Tou­jours est-il que reac­tus – fi­gure post­mo­derne du « ré­ac­tion­naire », on l’au­ra com­pris – se­rait à la fois l’idiot dont on se moque, et le par­fait sa­laud dont il convien­drait de dé­bar­ras­ser la pla­nète. N’est-il pas d’ailleurs un ar­chaïsme dont té­moigne le vo­ca- →

L’in­cré­du­li­té de saint Tho­mas, Le Ca­ra­vage, vers 1603.

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