La pe­tite mort du X

De­puis une dou­zaine d'an­nées, l'in­dus­trie por­no­gra­phique tra­verse une crise due à la concur­rence des sites de vi­déos gra­tuits. Pau­pé­ri­sé, ce mar­ché est au­jourd'hui ac­cu­sé de pous­ser ses ac­trices à des pra­tiques de plus en plus ex­trêmes. Chez les pro­fes­sio

Causeur - - Sommaire N° 59 – Été 2018 - Daoud Bou­ghe­za­la

D D «ans le por­no, il y a eu une sorte d'évé­ne­ment

pro­to-metoo », ra­conte la do­cu­men­ta­riste et ac­trice-réa­li­sa­trice X Ovi­die. Fin 2015, la har­deuse amé­ri­caine Stoya ba­lance sur Twit­ter son ex-pe­tit ami et com­pa­gnon de jeu James Deen. La porns­tar tren­te­naire au­rait vio­lé sa fian­cée. Dans la fou­lée, huit autres ac­trices du mi­lieu se disent vic­times d’agres­sions sexuelles de sa part. L’une d’elles ra­conte sa ten­ta­tive de viol dans les lo­caux du stu­dio Kink. En consé­quence, la com­pa­gnie évince James Deen et édicte un code de conduite dra­co­nien pour em­pê­cher les agres­sions sexuelles – toi­lettes et douches in­di­vi­duelles, au­di­tion des ac­teurs après chaque scène, mise à dis­po­si­tion de cha­pe­rons pour les es­cor­ter... Dans la « Porn Val­ley » ca­li­for­nienne, les co­mé­diens sont dé­sor­mais fil­més avant et après leur scène, his­toire de dé­mon­trer que leur consen­te­ment a été ob­te­nu sans stu­pé­fiants ni al­cool !

Un an après – et quelques mois avant le dé­clen­che­ment de l’af­faire Wein­stein –, en dé­cembre 2016, l’ac­trice X ca­na­dienne Nik­ki Benz pu­blie une série de tweets ac­cu­sant le réa­li­sa­teur To­ny T. de l’avoir →

étran­glée du­rant un tour­nage pour lui im­po­ser une scène im­pré­vue. Dé­non­çant une « scène de viol », Benz ob­tient la tête du réa­li­sa­teur, li­cen­cié par la so­cié­té de pro­duc­tion Braz­zers.

Pour au­tant, ces scan­dales n’ont pas fon­da­men­ta­le­ment af­fec­té les us et cou­tumes du por­no et James Deen pour­suit ses ac­ti­vi­tés d’ac­teur-réa­li­sa­teur. Entre le ci­né­ma conven­tion­nel et son loin­tain cou­sin dé­nu­dé, les mêmes causes n’en­traînent donc pas les mêmes ef­fets. S’il n’y a pas vrai­ment eu de chasse aux « porcs » du X, est-ce parce que le por­no pra­tique moins la pro­mo­tion ca­na­pé qu’hol­ly­wood, que l’omer­ta y est plus ef­fi­cace – ou en­core parce que tout le monde se fout que des har­deuses se fassent tri­po­ter, après tout elles sont payées pour ça ? Une seule so­lu­tion : en­quê­ter.

Au cours de mon in­ves­ti­ga­tion, il se­ra ques­tion de plai­sir (un peu), de sexe (beau­coup) et d’argent (pas­sion­né­ment). Car de­puis une dou­zaine d’an­nées, c’est la dé­ban­dade. Alors que la de­mande de vi­déos et d’images por­no­gra­phiques n’a ja­mais été aus­si forte, l’in­dus­trie por­no­gra­phique tra­verse une crise pro­fonde. Un tel pa­ra­doxe s’ex­plique par la mul­ti­pli­ca­tion des sites in­ter­net gra­tuits qui offrent une pro­fu­sion de pe­tits films en strea­ming pillés aux quatre coins de la Toile. Do­mi­nés par l’em­pire Mind­geek, pro­prié­taire de You­porn et Porn­hub, ces « tubes » ont ac­cé­lé­ré la dé­grin­go­lade d’un mar­ché qui n’a pas su se re­nou­ve­ler. D’après la jour­na­liste du Monde Ma­rie Mau­risse, au­teur de Pla­nète porn : en­quête sur la ba­na­li­sa­tion du X (Stock, 2018), 70 % des mai­sons de pro­duc­tion hard au­raient suc­com­bé à cause de cette dé­bauche d’offre gra­tuite.

L’his­toire du por­no épouse celle des tech­no­lo­gies. Long­temps libre, le por­no fran­çais a connu son âge d’or à la fin des se­ven­ties. « Entre 1975 et 1979, le por­no re­pré­sen­tait plus de 30 % des en­trées en salles », rap­pelle Grégory Dor­cel, di­rec­teur de l’em­pire du même nom créé par son père Marc en 1979. Après le suc­cès d’em­ma­nuelle, sous Gis­card, la « loi X » de 1975 ex­clut les oeuvres clas­sées X des ci­né­mas tra­di­tion­nels, les sur­taxe et les prive de sub­ven­tions pu­bliques. Une com­mis­sion de cen­sure est char­gée de dis­tin­guer ces

pro­duc­tions por­no­gra­phiques des films li­cen­cieux, sim­ple­ment in­ter­dits aux moins de 18 ans. Le réa­li­sa­teur culte Gé­rard Ki­koïne en rit en­core : « Je fa­bri­quais plu­sieurs ver­sions d'un même film. Une soft pour le cen­seur puis une vrai­ment por­no qu'on dif­fu­sait en salles une fois l'au­to­ri­sa­tion donnée. Jus­qu'à ce qu'en 1982, sous l'im­pul­sion de Mit­ter­rand, on en­voie les flics dans les ci­né­mas » sous la pres­sion des grands groupes comme Gau­mont, Pa­thé ou UGC. Dès lors, pour voir des films X, il fal­lait se dé­pla­cer dans un ci­né­ma spé­cia­li­sé ou louer des cas­settes au vi­déo­club ou au sex-shop. Jus­qu’à ce qu’in­ter­vienne une deuxième rup­ture, en 1984 : l’ar­ri­vée de Canal + a per­mis à des mil­lions d’abon­nés de bé­né­fi­cier à do­mi­cile du film X men­suel. Reste qu’à la fin du xxe siècle, le qui­dam dé­bour­sait jus­qu’à 800 francs pour une VHS por­no neuve. Le por­no blues, comme l’a ap­pe­lé dans un es­sai le ci­néaste tri­co­lore John B. Root, n’a pas at­ten­du la dé­mo­cra­ti­sa­tion de l’in­ter­net haut dé­bit pour tou­cher les pros du mar­ché. L’ex-au­teur de livres pour en­fants, re­con­ver­ti dans le ci­né­ma pour adultes en 1995, a sen­ti le vent tourner dès l’aube du millé­naire : « in­ter­net et le por­no gra­tuit ont été la dernière étape de la dé­grin­go­lade que j'ai vue ar­ri­ver dès 1999. N'im­porte qui pou­vait ache­ter un ca­mé­scope à la Fnac, fil­mer, sortir son DVD et ap­pe­ler ça un film ! » Moins chers, ces films sans scé­na­rio mon­tés à la truelle ont inon­dé les sex-shops. Du tra­vail d’ama­teur ap­pe­lé « gon­zo » dont le na­tu­ra­lisme cru va à l’es­sen­tiel : l’acte sexuel sans bla­bla ni chi­chis. Tout le monde semble y ga­gner, du pro­duc­teur ré­dui­sant ses coûts de tour­nage (une scène de co­mé­die exige beau­coup plus de temps et d’argent qu’une scène ex­pli­cite), au consommateur pres­sé de jouir. Et tant pis pour les es­thètes.

Loin de ce mi­ni­ma­lisme, le por­no de pa­pa « avait un scé­na­rio et un sem­blant de film », se re­mé­more Bri­gitte La­haie. Pen­dant la pa­ren­thèse en­chan­tée qui s’est éten­due de la lé­ga­li­sa­tion de la pi­lule aux dé­buts du si­da, toute une gé­né­ra­tion d’ar­tistes soixante-hui­tards s’est en­ga­gée, ca­mé­ra à l’épaule, pour ac­com­plir la li­bé­ra­tion sexuelle. « Il fal­lait savoir se ser­vir des ca­mé­ras 16 mil­li­mètres. Ils avaient fait des écoles de ci­né­ma et leurs films avaient de la gueule, ils étaient mar­rants et po­li­ti­que­ment in­cor­rects » s’ex­ta­sie John B. Root. De son propre aveu, La­haie jouait « des rôles de femmes mal bai­sées par leurs ma­ris et qui pre­naient des amants pour s'écla­ter », à la ma­nière de Bo­va­ry per­ver­ties. Les jeunes du xxie siècle qui dé­couvrent leurs pre­mières vi­déos obs­cènes à 11 ans en moyenne en bâille­raient d’en­nui.

Sur le net, cer­taines pages par­ti­cu­liè­re­ment hard ne montrent qu’éja­cu­la­tions fa­ciales, doubles, triples, voire qua­druples pé­né­tra­tions. À telle en­seigne que d’an­ciennes ac­trices, pas prudes pour un sou, s’in­quiètent de cette sur­en­chère. « Je n'au­rais ja­mais com­men­cé le por­no à ce ta­rif-là ! À mes dé­buts, j'étais à la double pé­né­tra­tion et ça s'ar­rê­tait là. Dix ans après, on était dé­jà à la double-anale ! »¸ ré­sume No­mi. La har­deuse re­trai­tée a écu­mé les pla­teaux du por­no de 1997 à 2014 sans ja­mais se sen­tir « agres­sée ou hu­mi­liée ». Dans son livre To­ta­le­ment (dé)voi­lée (co­écrit avec Ambre Bar­tok, Pyg­ma­lion, 2018), elle dé­crit la thé­ra­pie joyeuse que fut son en­trée dans la car­rière pour pan­ser ses bles­sures de jeune fille, à une époque où un tour­nage pou­vait s’éti­rer quinze jours dans un pa­lace exo­tique. Si John B. fait re­mon­ter la pre­mière double pé­né­tra­tion fil­mée à 1976, ce qui re­le­vait de l’ex­cep­tion est de­puis de­ve­nue une norme ap­pli­quée à échelle in­dus­trielle, voire un pas­sage obli­gé pour les ac­trices qui, hier en­core, y au­raient lais­sé leur ré­pu­ta­tion.

Faut-il en conclure que le por­no, c’était mieux avant ? Ré­frac­taire à toute nos­tal­gie, Ovi­die, 37 ans, n’en dé­nonce pas moins la bru­ta­li­sa­tion d’une par­tie de l’in­dus­trie du X : « Des viols ou des vio­lences, il y en a des tonnes et ça ne date pas des tubes. Mais qui dit pau­pé­ri­sa­tion dit baisse des sa­laires et dé­gra­da­tion des condi­tions de tra­vail. Au­jourd'hui, pour tra­vailler, il est de plus en plus dif­fi­cile d'im­po­ser ses condi­tions. C'est marche ou crève. » Dans Por­no­cra­tie (2017), elle ex­plore les marches de l’em­pire des sens à l’est de l’eu­rope où les stu­dios im­posent des pra­tiques tou­jours plus ex­trêmes aux ar­mées de ré­serve du por­no-pro­lé­ta­riat. « Quand une Fran­çaise ar­rive dans le bu­si­ness, les trois quarts du temps, elle va dire : “Moi, je ne veux tourner qu'avec pré­ser­va­tif, je ne veux pas faire d'anal”. Puis quinze jours ou deux mois plus tard, on va le re­trou­ver à Bu­da en train de faire du gon­zo comme tout le monde sans ca­pote ! » Dans la di­vi­sion in­ter­na­tio­nale du tra­vail, s’est ain­si consti­tué un tiers-monde du X (Hon­grie, Rou­ma­nie, Co­lom­bie). Gifles, rapports sans pré­ser­va­tifs, si­mu­la­tions de viol, de vio­lence ou d’in­ceste s’y mul­ti­plient. « Un tas de pra­tiques et de si­tua­tions in­ter­dites en France où la té­lé­vi­sion et les plates-formes de VOD servent de garde-fous », pré­cise Ovi­die, au­teur de l’es­sai À un clic du pire (Anne Car­rière, 2018).

Ovi­die : «Qui dit pau­pé­ri­sa­tion dit baisse des sa­laires et dé­gra­da­tion des condi­tions de tra­vail.»

Les pro­duc­teurs fran­çais ri­canent una­ni­me­ment quand on leur de­mande si sé­vissent des Wein­stein du X. Est-il vrai­ment ab­surde d’ima­gi­ner un pro­duc­teur obli­geant ses ac­trices à pas­ser à la cas­se­role pour dé­cro­cher un rôle ? En guise de ré­ponse, B. Root cite l’ac­trice re­trai­tée Dra­ghixa : « Au moins, dans le por­no, on ne couche pas pour avoir un rôle, on couche quand →

la ca­mé­ra tourne ! » Les grands stu­dios res­ca­pés de l’hé­ca­tombe jouent la carte du haut de gamme et se dé­fendent de toute course à l’ex­trême. Avec la crise, John B. Root a com­pres­sé ses coûts, pré­fé­rant les ap­parts pa­ri­siens aux tour­nages de na­babs. D’une ma­nière gé­né­rale, il per­çoit une « pro­duc­tion qui se nor­ma­lise. Au pire, c'est de la gym­nas­tique un peu ex­trême et écoeu­rante de double anale. Les dia­logues po­li­ti­que­ment in­cor­rects font dé­sor­mais plus peur que les so­do­mies. » Il y a quelques an­nées, ce sale gosse fai­sait dire à Ti­tof, co­mé­dien X ou­ver­te­ment bi­sexuel : « J'aime pas les pé­dés ! » Et son par­te­naire de ré­pli­quer ver­te­ment : « On ne dit pas “pé­dé”, mon gar­çon, on dit “sale pé­dé”. Car les pé­dés, c'est comme les Noirs et les jeunes, c'est tou­jours sale ! » Pro­voc jus­qu’à la moelle, l’échange fut cen­su­ré par la chaîne cryp­tée. On conclu­ra avec Grégory Dor­cel que « la trans­gres­sion des ta­bous a été rem­pla­cée par la per­for­mance sexuelle ». Au­jourd’hui, dans la jungle mon­diale des tubes in­ter­net, cet es­prit Ha­ra-ki­ri a lais­sé place aux contor­sions. « Ils veulent gé­né­rer un maxi­mum d'au­dience pour ga­gner de l'argent grâce aux pu­bli­ci­tés. Du coup, ils dif­fusent tout ce que les pro­fes­sion­nels du X ne peuvent pas dif­fu­ser, mais dans les li­mites de l'abo­mi­nable car ils craignent le FBI qui peut leur faire perdre leur agré­ment Vi­sa et Mas­tercard », dé­crypte Dor­cel. Sur la toile tri­co­lore, outre la plate-forme de dif­fu­sion Dor­cel qui a per­mis au groupe de tri­pler son chiffre d’af­faires en pleine crise, une marque bien fran­chouillarde cartonne. Connu pour son fa­meux gim­mick « Mer­ci qui ? Mer­ci Jac­quie et Mi­chel ! » que ba­fouillent ses fausses ama­trices la bouche pleine, le site créé par un couple d’en­sei­gnants li­ber­tins réa­lise 17 mil­lions de chiffres d’af­faires et 25 à 30 % de bé­né­fice. « C'est du pro-am : de l'ama­teur fil­mé par des pro­fes­sion­nels. On fait du por­no un peu scé­na­ri­sé pour les gens ex­ci­tés par la voi­sine d'à cô­té », ex­plique Thierry Bon­nard, di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion de J&M. De­puis l’af­faire Wein­stein, pé­dale douce a été mise sur les blagues po­taches qui ac­com­pagnent les vi­déos clas­sées par ca­té­go­ries. Grosses, beu­rettes, cou­gars, plom­biers et autres as du dé­bou­chage nour­rissent toute une chaîne in­dus­trielle (ma­ga­sins, site de ren­contres, films élite à gros bud­get, web­cams, VOD). « On n'a ja­mais été dans la per­for­mance. Vous ne trou­ve­rez ja­mais de sca­to­phi­lie chez nous. Mais qu'un homme éja­cule sur le vi­sage d'une femme, c'est com­mun », fait va­loir Thierry. Gland de lait, 24 ans, l’un des in­nom­brables ano­nymes qui s’y gau­dissent, doit son pseu­do fleu­ri à sa fré­quen­ta­tion as­si­due du fo­rum 18-25 ans du site Jeux­vi­deo.com. À l’âge où cer­tains en­chaînent les stages, ce chô­meur rêve d’ac­cu­mu­ler les tour­nages. Grâce à son phy­sique dif­forme – l’or­gane de Roc­co Sif­fre­di sur le corps d’éric Zem­mour – , le jeune homme a tour­né une scène entre « trois mecs et une gon­zesse » au prin­temps der­nier pour Jac­quie et Mi­chel. À l’is­sue de ce « tour­nage au fee­ling, où il n'y a pas de sur­prise pour la fille qui dit ce qu'elle ac­cepte ou pas », Gland de lait n’a pas ga­gné un cen­time, con­trai­re­ment à ses com­pa­gnons de jeu pro­fes­sion­nels. Dur dur d’être un bé­bé har­deur…

Mal­gré sa ré­pu­ta­tion mi­so­gyne, le por­no ré­mu­nère moi­tié moins les ac­teurs que les ac­trices, alors que les pre­miers doivent pro­duire des érec­tions sur com­mande. « Ce qui est rare est cher », plaide John B. Root. Autre sur­prise, les consom­ma­trices fé­mi­nines se montrent par­ti­cu­liè­re­ment friandes de vi­déos ul­tra vio­lentes. « Le cô­té ma­so­chiste de la sexua­li­té féminine se ré­vèle dans ce qu'elles re­gardent. D'ailleurs, le suc­cès de Roc­co Sif­fre­di, un ac­teur qui hu­mi­lie vrai­ment ses ac­trices, est très ré­vé­la­teur », ana­lyse Bri­gitte La­haie. Cer­taines pros as­sument fran­che­ment le « syn­drome de Cat­wo­man », in­tel­lo com­plexée le jour, femme pré­da­trice la nuit, à l’ins­tar de Céline Tran alias Kat­su­ni. À 39 ans, dont treize de car­rière, l’ex-har­deuse montre toute l’am­bi­guï­té du dé­sir d’aban­don dans son ré­cit au­to­bio­gra­phique Ne dis pas que tu aimes ça (Fayard, 2018). Au risque d’ou­trer les fé­mi­nistes, la Fran­co-viet­na­mienne es­time qu’une ac­trice consen­tante peut à la fois souf­frir et prendre du plai­sir : « Le sexe, confie-t-elle, est le do­maine du lâ­cher-prise et du pul­sion­nel. Il n'a pas à être mo­ral. Ce qui est déshu­ma­ni­sant, ce sont les gens qui vic­ti­misent à ou­trance les femmes de cette in­dus­trie en ne les per­ce­vant que comme des ob­jets, et non des êtres ca­pables de choix. »

Il ar­rive ce­pen­dant que des ac­trices moins aguer­ries ar­rivent sur un pla­teau sans « la liste des choses qu'elles vont de­voir faire et se re­trouvent un peu par sur­prise à être so­do­mi­sée ou pous­sée à faire une fel­la­tion. Re­fu­ser leur de­man­de­rait du cou­rage », ob­jecte Ma­rie Mau­risse. Une femme qui pense « non » mais dit « oui » sous la pres­sion de son mi­lieu pro­fes­sion­nel peut-elle se ju­ger vic­time d’agres­sion sexuelle ? « Se­lon le Code pé­nal, le viol est ob­te­nu par vio­lence, contrainte, menace ou sur­prise, ex­plique l’avo­cat pé­na­liste David Men­del. Il peut y avoir une contrainte mo­rale, mais il va fal­loir la dé­mon­trer. Ce se­ra très com­pli­qué. » Dans tous les cas, la tra­vailleuse du sexe au­ra le plus grand mal à plai­der sa cause. « Dans l'in­cons­cient col­lec­tif, l'ac­trice por­no­gra­phique et la pute, c'est la même chose. Ma­dame Claude m'avait même sol­li­ci­tée. Est-ce qu'une pute qui irait por­ter plainte pour viol se­rait prise en consi­dé­ra­tion ? », ré­agit Bri­gitte La­haie. En grec an­cien, por­no­grá­phos si­gni­fie « re­pré­sen­ta­tion de pros­ti­tuée ». CQFD. •

Céline Tran (ex-kat­su­ni) et Ovi­die.

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