Causeur

Les carnets de Roland Jaccard

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On entend souvent dire du mariage que c'est une loterie. Rien de plus faux, car à la loterie, il y a des gagnants.

Cette confidence : « J’aime deux femmes. Je ne les supporte pas plus de deux heures. J’ai peine à imaginer la torture que ce serait, s’il y en avait trois. »

Tous les hommes trompent leur femme. C'est la condition indispensa­ble pour qu'ils puissent continuer de vivre avec elle. Les femmes, elles, se paient la tête des hommes – et cela leur suffit.

J'ai renoncé à voyager le jour où j'ai compris que le seul véritable voyage serait de voir l'univers avec les yeux d'un autre.

Nil novi sub sole (« Rien de nouveau sous le soleil », L’écclésiast­e). Les personnes âgées que rien ne surprend plus sinon l'éternel retour des mêmes âneries prononcent volontiers cet apophtegme en l'accompagna­nt d'un geste vague et d'un sourire désabusé. Si le philosophe Lucien Jerphagnon, par un tour de passe-passe que personne ne lui souhaite, revenait sur notre bonne vieille planète, sa première question serait : « Quoi de neuf ? » Et notre réponse : Nil novi sub sole. C'est dire combien la vie est dérisoire. Mais supportabl­e, ajouterait-il, grâce à ces femmes « dont la chair est prompte et l'esprit faible ».

Qui a dit que les mots étaient la drogue la plus puissante utilisée par l'humanité ?

Au fond, disait Montherlan­t, la plupart des gens ne lisent pas. Ou s'ils lisent, ils ne comprennen­t pas. Quant à ceux qui comprennen­t, ils oublient.

Pour anéantir un concurrent, un procédé simple et efficace : ne jamais dire « je le déteste », mais ouvrir grand les bras et soupirer : « Dommage qu'il ne soit plus lui-même. »

Méditer sur ce mot de Camille Paglia : « Il n’y a pas de Mozart féminin, car il n’y a pas de Jack l’éventreur féminin. »

Celui qui accepte d'être volé vole lui-même quelque chose à son voleur.

Patrick Besson raconte que pendant qu'une jeune fille le masturbe avec une énergie froide,

paupières mi-closes, il découvre enfin ce qu'il est venu chercher à Bangkok : la certitude que le plaisir sexuel est inepte.

Pourquoi tant d'immigrés dans nos mégapoles occidental­es ? Le cinéaste coréen Kim Ki-duk l'a expliqué sans détour : pas pour la liberté, pas pour fuir la misère ou l'oppression, mais parce qu'une jolie fille peut se tenir à moins d'un centimètre de vous dans le métro. Pour pouvoir frôler la peau de son poignet ou, pour les plus audacieux, se frotter à elle. Dans leur imaginaire, la grande ville est l'espace de la prostituti­on la plus exotique qui soit. Kim Ki-duk parle d'expérience : il fut pendant des années l'un de ces immigrés, à Séoul d'abord, puis à Paris.

Certains imaginent un islam moderne, laïque et soucieux de vivre en bonne communauté avec les autres religions. Ainsi donc ce qu'il est incapable de faire dans les pays où il tient le haut du pavé, il serait en mesure de le réaliser en Europe. Quelle naïveté !

Pourquoi lutter contre la logique darwinienn­e qui ne voit aucun intérêt à maintenir en vie des individus qui ne se reproduise­nt plus ?

Paul Gegauff, scénariste de Chabrol, avait certes du talent, mais son génie il l'a mis dans sa mort. En 1983, en Norvège, la nuit de Noël, sa jeune épouse l'a poignardé. Il lui aurait dit : « Assassine-moi si tu veux, mais ne m’emmerde pas ! »

Qui peut croire en un Dieu qui finit sa vie sur une croix après avoir marché sur les eaux ? Ne serait-ce pas plutôt un prestidigi­tateur malchanceu­x ?

Comment un Dieu tout-puissant et bienveilla­nt aurait-il pu être assez mesquin pour nous pourrir la vie avec des moustiques ?

Patrick Declerck qui, pendant plus de quinze ans a côtoyé les clochards de Paris, me disait qu'ils ont cette hautaine noblesse de ne plus faire de phrases, de ne plus croire au progrès ou en l'avenir de l'homme. De ne plus croire au fond en rien d'autre qu'au néant et à la mort. C'est là toute la religion qu'ils ont et ils n'en veulent pas d'autres. Moi non plus.

Denis Grozdanovi­tch me rappelle que Torquato Accetto pourrait nous être encore d'un grand secours en cette période d'austérité affichée et de puritanism­e étouffant. Torquato Accetto, écrivain napolitain du xviie siècle, est l'auteur d'un livre étonnant : De l’honnête dissimulat­ion, où il préconise à ceux qui s'y adonnent de savoir camoufler leurs plaisirs. Il avait fondé avec son ami et protecteur, Giovanni Battista Manso, l'académie des oisifs, qui promulguai­t l'usage clandestin du bonheur et du libertinag­e courtois. L'honnête dissimulat­ion, qu'on se gardera de confondre avec la tromperie, est l'ultime recours de tous ceux qui aspirent à une certaine félicité existentie­lle et qui sont moins égoïstes qu'il n'y paraît, car le seul plaisir qu'on peut partager est celui que l'on éprouve. •

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