Ama­zone d'ama­zo­nie

Causeur - - Brèves - Par Ga­brielle Pé­rier

Ja­dis la cause ama­zo­nienne était por­tée par le pit­to­resque Rao­ni Me­tuk­tire. Flan­qué du chan­teur Sting, ce chef amé­rin­dien à pla­teau la­bial et plumes sur la tête ex­hor­tait les grands de ce monde à lut­ter contre la dé­fo­res­ta­tion. Mais à 87 ans, la mas­cotte est fa­ti­guée. Dans le Nou­veau Monde, les in­di­gènes n'ont plus be­soin de cha­pe­rons pop pour plai­der leur cause aux an­ti­podes. A ain­si ré­cem­ment émer­gé un nou­veau per­son­nage em­blé­ma­tique de la fo­rêt ama­zo­nienne, qui sait par­ler à l'oc­ci­dent : Uy­ra So­do­ma. De son vrai nom Emer­son Mun­du­ru­ku, cette « drag queen éco­lo » ba­gue­naude dans les vil­lages bré­si­liens pour y ac­com­plir des per­for­mances d'art contem­po­rain. D'après le re­por­tage en­amou­ré que lui consacre L'AFP, ce so­sie du bon­homme de la pub Ce­te­lem « en­seigne la conser­va­tion à tra­vers son art per­for­ma­tif » grâce à son ac­cou­tre­ment qui se veut une « ex­ten­sion co­lo­rée de la terre et de la na­ture ». On lui re­con­naî­tra une cer­taine opi­niâ­tre­té : So­do­ma passe deux heures à se ma­quiller puis à se po­ser bran­chages, feuilles et fleurs sur la tête avant de se faire pho­to­gra­phier im­mer­gé jus­qu'à la taille dans des ri­vières. Le tout dans des poses plus ou moins oni­riques. Et ça marche ! Le site éco­lo amé­ri­cain Green Mat­ters s'ex­ta­sie : « Les per­for­meurs drags sont un vi­vier de ta­lents. Ce ne sont pas juste des ex­perts en ma­quillage ou d’ha­biles tailleurs : ils servent sou­vent d’édu­ca­teurs, met­tant en lu­mière les pro­blèmes de la com­mu­nau­té LGBTQ. »

Des es­prits cha­grins s'éton­ne­ront que les fans tiers­mon­distes d'uy­ra So­do­ma ne dé­noncent pas l'ap­pro­pria­tion cultu­relle dont il est coupable. LGBTQ, non­bi­na­ri­té et art contem­po­rain sont en ef­fet des no­tions as­sez peu in­di­gènes… •

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