LA VÉ­RI­TÉ SORT DE LA BOUCHE DES FEMMES

Est-il bien rai­son­nable de lais­ser un ci­néaste dé­rai­son­nable com­men­ter chaque mois l'ac­tua­li­té en toute li­ber­té ? As­su­ré­ment non. Cau­seur a donc dé­ci­dé de le faire.

Causeur - - Pas D'amalgame Par Jean-paul Lilienfeld - Par Jean-paul Li­lien­feld

Il y a quelques jours, je pu­blie sur Quin­qua­ge­nius et +, mon groupe Fa­ce­book pour les plus de 50 ans, une vi­déo de France In­fo re­la­tant le re­tour de ma­ni­velle su­bi par Asia Ar­gen­to, l'une des ac­cu­sa­trices de Wein­stein, ac­cu­sée à son tour de viol et har­cè­le­ment sexuel par un jeune ac­teur. Mes films té­moignent de mon en­ga­ge­ment contre les vio­lences faites aux femmes, mais je dé­teste cer­taines fa­cettes de #mee­too : celle qui dé­nonce sans preuve et jette en pâ­ture des noms au bon peuple, celle qui peo­po­lise les vic­times au­tant que les cou­pables, trans­for­mant en hé­roïnes des pri­vi­lé­giées pen­dant que les cais­sières conti­nuent de se prendre des mains au cul sans avoir ja­mais les fa­veurs des pa­pa­raz­zis. De plus, la pos­ture gran­di­lo­quente et théâ­trale d'asia, poing le­vé face aux pho­to­graphes, genre « Je suis le Jean Moulin du fé­mi­nisme, mais de­puis deux se­maines seule­ment. Avant, je pou­vais pas j'avais po­ney », m'a pas­sa­ble­ment aga­cé. Alors je pi­mente ma vi­déo avec un brin de mau­vais es­prit : « C’est bal­lot ça... “Quand on monte à l’arbre, il faut avoir le cul propre”, ce qui en Bre­tagne se dit “Quand on monte au mât de co­cagne, il faut avoir les braies nettes”. » Et là, c'est le drame ! Une dame, que nous nom­me­rons JM, me rap­pelle im­mé­dia­te­ment à l'ordre : « Vous ac­cep­tez l’uti­li­sa­tion de do­cu­ments ano­nymes pour ac­cu­ser les gens, elle a dé­men­ti ! Ce char­mant jeune homme pour­suit aus­si sa fa­mille. Il se­rait bien qu’il s’ex­prime, la po­lice amé­ri­caine sou­haite le ren­con­trer pour son coup en douce. » Vous re­mar­que­rez que celle qui monte au cré­neau em­ploie comme pre­mier ar­gu­ment « elle a dé­men­ti ». Les hommes mentent lors­qu'ils dé­mentent, mais les femmes qui dé­mentent sont in­no­centes. C'est dé­ment non ? JPL : « Elle a dé­men­ti, Wein­stein a dé­men­ti, Ke­vin Spa­cey a dé­men­ti, Gil­bert Ro­zon a dé­men­ti... c’est bien là le re­vers de #mee­too. On jette en pâ­ture des noms. En­suite vrai ou faux, al­lez sa­voir. Je ne doute pas que Wen­stein était un porc. Mais je ne sais pas ce qui s’est pré­ci­sé­ment pas­sé avec Asia Ar­gen­to. » JM : « Les noms n’ont pas été je­tés en pâ­ture, les faits ont été ré­vé­lés, c’est dif­fé­rent. » De­puis Daech, je me mé­fie de tout ce qui est ré­vé­lé… Lors­qu'on dé­nonce un homme, on ré­vèle. Lors­qu'une femme est dé­non­cée, on la dif­fame. Pa­ri­té ? JM : « Les femmes ont eu elles des couilles : les

rares qui ont com­mu­ni­qué le nom de leurs agres­seurs ont dé­non­cé, no­mi­na­ti­ve­ment, elles n’ont pas uti­li­sé l’ano­ny­mat, elles, pour ba­lan­cer leurs in­fos à la presse. In­ter­ro­gez-vous sur l’am­pleur de ces vio­lences au lieu de pleu­rer sur Wein­stein et ce lâche de Ben­net. Bonne jour­née. » À re­te­nir : Dé­si­gner le cou­rage par le mot « couilles » est pour toute mi­li­tante fé­mi­niste qui se res­pecte une ex­pres­sion hor­ri­ble­ment ma­chiste. Sauf si la per­sonne qui l'em­ploie en est dé­pour­vue. Par exemple, si un cas­trat dit : « j'ai des couilles », n'al­lez pas croire que ça au­rait mi­ra­cu­leu­se­ment re­pous­sé ! Ce­la veut juste dire que ce n'est pas parce qu'il n'en a plus… qu'il n'en a pas. En­suite, si l'on « ba­lance » des in­fos à la presse à vi­sage dé­cou­vert, on dit for­cé­ment la vé­ri­té. Il est de no­to­rié­té pu­blique qu'au­cun homme po­li­tique, par exemple, n'a ja­mais men­ti à un jour­na­liste. En­fin, j'ai beau avoir écrit que je ne dou­tais pas que Wein­stein soit un porc, la dame veut ab­so­lu­ment croire que je le dé­fends. Ce qui est bien ex­cu­sable ! Com­ment se­rait-elle l'olympe de Gouges du fé­mi­nisme 2.0 si elle ne com­bat­tait qu'un homme me­su­ré au lieu d'un presque cri­mi­nel qui prend la dé­fense d'une or­dure ? JM : « En­voyer des pho­tos de soi pro­vo­ca­trices à une per­sonne qui vous au­rait vio­lé est une dé­marche in­édite… » JPL : « Don­ner de l’ar­gent à quel­qu’un qui vous en­voie des pho­tos pro­vo­ca­trices qui vous dé­plaisent est as­sez in­édit aus­si… Aux État­su­nis la no­tion de viol sur mi­neur n’est pas du tout la même qu’en France. Ce qu’on ap­pelle “sta­tu­to­ry rape” peut être une re­la­tion consen­tie entre un adulte (à par­tir de 18 ans ré­vo­lus) et un mi­neur, même s’il a 17 ans et 11 mois. Au re­gard de la loi amé­ri­caine, Asia Ar­gen­to est donc coupable votre hon­neur… [smi­ley qui sou­rit] » JM : « Il la har­ce­lait ! Elle lui de­man­dait d’ar­rê­ter de lui adres­ser des pho­tos de lui à poil. » JPL : « Vous avez vu ces pho­tos ? Si oui, en­voyezles-moi, je fais col­lec… » JM : « Mon pe­tit doigt me dit qu’il se­ra lui aus­si bien­tôt dans la tour­mente. La po­lice amé­ri­caine s’étonne de n’avoir au­cun re­tour de sa part. » JPL : « De la part de votre pe­tit doigt ? [smi­ley qui sou­rit] » C'est ici qu'un homme mé­ri­tant et mi­li­tant me re­met à ma place : « Jean-paul Li­lien­feld ! Le su­jet est de­ve­nu drôle de­puis tout à l’heure ?! » Oups ! « Faut vous dire, Mon­sieur / Que chez ces gens-là / On n’rit pas, Mon­sieur / On n’rit pas. » On sauve le monde ! J'avais dé­jà ob­ser­vé ce­la lors de dia­logues avec des « in­sou­mis » hys­té­riques. La « cause » ne sau­rait to­lé­rer autre chose qu'une ver­tueuse in­di­gna­tion, quelques larmes éven­tuel­le­ment, mais un sou­rire… vade re­tro ! Re­quin­quée, Jeanne Mou­line peut donc ré­at­ta­quer : « Ro­zon, Wein­stein sont des pré­da­teurs, tout le monde le sait ! » JPL : « Ah bon ? “Tout le monde le sait” ? Vous sa­vez ça com­ment, vous ? Vous avez as­sis­té à des choses ? Avec les deux en plus ? Un plan à trois ? Roooo !!! Vous êtes dans tous les bons coups vous ! C’est pré­ci­sé­ment ce genre de phrases que je trouve épou­van­table, parce qu’en réa­li­té vous ne sa­vez rien jus­te­ment. À part des ru­meurs que vous avez lues, en­ten­dues. Quand Ben­net poste un sel­fie avec Ar­gen­to, ça fait de lui un sus­pect pour vous. Mais les ac­trices qui ont po­sé sou­riantes avec Wen­stein et le dé­noncent au­jourd’hui sont toutes des vic­times ? Cu­rieux... Je suis cer­tain qu’il y a des vic­times de Wein­stein par­mi elles, mais aus­si cer­tain qu’il y a des op­por­tu­nistes qui cherchent le buzz et l’ar­gent, exac­te­ment comme Ben­net. » La dame ne m'a ja­mais ré­pon­du. Elle a quit­té le groupe et m'a re­ti­ré de la liste de ses amis. Que je ne sois pas sup­por­ter in­con­di­tion­nel a pro­ba­ble­ment été pour elle une grande dé­cep­tion. Je n'ai pas eu le temps de lui ré­vé­ler que par­mi les ac­trices que j'ai vues dé­non­cer Wein­stein à la té­lé, une m'avait « en­tre­pris » d'une ma­nière plus qu'am­bi­guë dans un fes­ti­val après le suc­cès de La Jour­née de la jupe. Ses yeux criaient « bra­guette », mais j'en­ten­dais « donne-moi un rôle ». Pas eu le temps non plus de lui ra­con­ter la fois ou une autre ac­trice, qui a pris d'hé­roïques po­si­tions contre Har­vey dans la presse, avait ap­pe­lé le monstre devant moi quelques an­nées plus tôt, pour lui de­man­der un ser­vice. Et bien d'autres anecdotes qui me conduisent à la pru­dence concer­nant ce ha­sh­tag. Parce que pen­dant qu'une ac­trice (jour­na­liste, chan­teuse…) un peu in­con­nue, à qui un gros lourd avait dit avec concu­pis­cence qu'elle avait « de gros ni­chons », connais­sait une gloire éphé­mère en ap­pe­lant l'im­bé­cile « mon bour­reau », il n'y avait tou­jours per­sonne pour al­ler in­ter­vie­wer les cais­sières cé­dant aux avances des chefs de rayon par peur de perdre le seul re­ve­nu du foyer mo­no­pa­ren­tal... Au­cune se­cré­taire meur­trie re­ti­rant ses lu­nettes de so­leil pour le pho­to call. Pas de femme de mé­nage ayant ap­pris à tra­vailler sans ja­mais tour­ner le dos… •

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