Du nou­veau dans le beau­jo­lais

Causeur - - Sommaire N° 62 – Novembre 2018 - Em­ma­nuel Tres­mon­tant

Le beau­jo­lais nou­veau, phé­no­mène mar­ke­ting per­met­tant d'écou­ler des mil­lions de bou­teilles en quelques jours, a failli tuer les grands crus du Beau­jo­lais. Grâce à quelques pion­niers, ceux-ci sont en pleine re­nais­sance. Au coeur de la Tos­cane fran­çaise, des vi­gne­rons pas­sion­nés trans­mettent ces cé­pages en­chan­teurs dignes des meilleurs bour­gognes.

Le Beau­jo­lais est un cas d’école que l’on de­vrait en­sei­gner à HEC. Comment une ré­gion aus­si belle peut-elle de­meu­rer aus­si mé­con­nue ? Comment des vins aus­si écla­tants, que l’on ven­dait na­guère au même prix que les grands crus de Cor­ton en Bour­gogne, peuvent-ils conti­nuer à traî­ner une ré­pu­ta­tion de pe­tits vins de comp­toir ? Peu de gens sont d’ailleurs ca­pables de dire où se trouve le Beau­jo­lais sur la carte (du sud de Mâ­con aux monts du Lyon­nais qui jouxtent la ca­pi­tale des Gaules). La pre­mière chose qui frappe, quand on y va, c’est la beau­té des pay­sages, leur dou­ceur, leur lu­mière. Le ma­tin, quand il faut beau, l’air pi­cote et on aper­çoit au loin le mont Blanc. Cer­tains vil­lages mé­dié­vaux per­chés sur des col­lines sont dignes de la Tos­cane (comme Oingt, dans les Pierres do­rées, ou Vaux-en-beau­jo­lais, qui ins­pi­ra Clo­che­merle à l’écri­vain lyon­nais Ga­briel Che­val­lier en 1934). En se lais­sant por­ter le long des routes si­nueuses, on re­cense pas moins de 150 châ­teaux, tous plus ma­gni­fiques les uns que les autres (dont un han­té, le châ­teau de Ba­gnols, qui a été trans­for­mé en hô­tel : la nuit, les clients ja­po­nais hurlent de ter­reur, al­lez-y, ça vaut le coup !). Loin de nos cam­pagnes dé­sertes, ce pays est tou­jours vi­vant, chaque vil­lage ou presque pos­sé­dant son école, son bu­reau de poste, son bis­trot et ses com­merces. De­puis quelques an­nées, de plus en plus de jeunes s’y ins­tallent, qui pour créer un dé­li­cieux res­tau­rant (comme Jo­sé­phine à table, à Saint-amour), qui pour fon­der une chambre d’hôte de charme (comme le châ­teau de Briante à Saint-la­ger). Du fait du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, le Beau­jo­lais dis­pose au­jourd’hui d’un po­ten­tiel énorme. Les ama­teurs du monde en­tier en ont marre de boire des gros vins. Ils veulent de la fi­nesse et de la fraî­cheur. Or, le ga­may noir à jus blanc, qui pros­père sur des sols pauvres vieux de trois cents mil­lions d’an­nées (gra­nit et schiste), est un cé­page ex­cep­tion­nel qui offre l’avan­tage de don­ner au vin des tan­nins lé­gers. Faible en al­cool, di­geste, long, écla­tant, sans lour­deur en bouche, il dé­ve­loppe au fil des ans (s’il est bien tra­vaillé !) des par­fums trou­blants de rose fa­née, de ce­rise, de poivre et de sa­fran (comme à Fleu­rie et à Mor­gon). En prime, il s’al­lie avec la grande cui­sine ! (C’était le vin pré­fé­ré de Bo­cuse.)

Pi­ron, le sage de Mor­gon

Pour com­prendre comment le beau­jo­lais a pu des­cendre si bas de ré­pu­ta­tion, une plon­gée his­to­rique s’im­pose d’abord chez l’éru­dit Do­mi­nique Pi­ron, à Mor­gon. Des­cen­dant d’une dy­nas­tie de vi­gne­rons qui re­monte à 1590, il est la mé­moire vi­vante de la ré­gion. Ses vins gour­mands s’ar­rachent à Hong Kong. « L’éco­no­mie, ce sont d’abord des hommes, ob­serve-t-il. Or, les vi­gne­rons d’ici ne s’en­tendent pas entre eux, c’est Clo­che­merle ! Il n’y a pas de ra­tio­na­li­té. C’est tou­jours la faute de l’autre… En fait, il nous fau­drait une nou­velle gé­né­ra­tion d’hommes, des jeunes pas­sion­nés, ve­nus d’ailleurs, ca­pables d’in­ves­tir et de prou­ver que tout ne se ra­mène pas ici au beau­jo­lais nou­veau, mais que nous avons des ter­roirs ca­pables de pro­duire des grands vins : avant-guerre, mou­lin-à-vent se ven­dait aus­si cher que les grands crus de la côte de Nuits… » Ah ! Le beau­jo­lais nou­veau. Que n’a-t-on pas dit à son su­jet ! Au dé­part, pour­tant, c’était une ex­cel­lente idée, et au­jourd’hui en­core, c’est un vin plein de charme qui ouvre les portes du royaume (c’est en le goû­tant, à l’âge de 8 ans, que me vint l’amour du vin). Do­mi­nique Pi­ron connaît bien cette his­toire : « C’est une in­ven­tion de l’après-guerre, quand les vi­gnobles étaient tous à la ra­masse en France. Per­sonne ne bu­vait de grands vins alors ! C’était la di­sette. Un jour, à la fin des an­nées 1950, un né­go­ciant a li­vré du beau­jo­lais nou­veau à Pa­ris, aux Halles, où on s’est mis à le ser­vir dans tous les bis­trots du quar­tier. C’était un vin jeune, frui­té, fa­cile à boire et désal­té­rant, bon pour l’ou­vrier comme pour le bour­geois. » Le grand Jules Chau­vet lui­même, qui était à la fois né­go­ciant et mi­cro­bio­lo­giste (il fut le pre­mier à dé­non­cer l’em­ploi de la chi­mie, du sucre et du soufre dans le vi­gnoble), fai­sait un beau­jo­lais nou­veau très dé­li­cat (neuf de­grés d’al­cool) dont raf­fo­lait de Gaulle à l’ély­sée. Pi­ron pour­suit, in­ta­ris­sable : « Dès 1965, les An­glais furent les pre­miers à faire la pro­mo­tion mon­diale de ce vin ty­pi­que­ment fran­çais. Le ma­tin du 15 no­vembre, ils ve­naient de Londres en avion, en voi­ture et en mo­to pour faire →

la fête dans nos vil­lages. Après trois jours de beu­ve­rie, ils ren­traient le coffre rem­pli de vins… On a vu des gens sau­ter en pa­ra­chute au-des­sus de Londres avec un car­ton dans les bras… Une fo­lie ! Grâce à la té­lé­vi­sion, cet en­goue­ment s’est pro­pa­gé par­tout dans le monde. Georges Du­boeuf et Paul Bo­cuse ont été des am­bas­sa­deurs de choc et, pour le beau­jo­lais nou­veau, les an­nées 1970-1990 ont été les “Vingt glo­rieuses”. Mais on a été dé­pas­sé par un mou­ve­ment que l’on n’avait pas créé et le beau­jo­lais nou­veau est de­ve­nu un obs­tacle au pro­grès, c’est-à-dire au dé­ve­lop­pe­ment de nos grands crus : qui vou­drait faire des grands vins de garde quand on vend 25 mil­lions de bou­teilles de pri­meur en trois jours ? La ten­ta­tion est trop grande… » Avec le re­cul, on constate tou­te­fois que cette nor­ma­li­sa­tion du beau­jo­lais a ren­du pos­sible en ré­ac­tion l’émer­gence de vi­gne­rons anar­chistes et re­belles, grandes gueules et ba­gar­reurs, comme le lé­gen­daire Mar­cel La­pierre, dont nous avons eu l’hon­neur d’être l’ami – si 10 000 per­sonnes ont as­sis­té à ses ob­sèques en 2010, c’est sans doute parce que sa sé­duc­tion et son dis­cours al­laient bien au-de­là du vin. Dis­ciple de Jules Chau­vet et chef de file des te­nants du « vin na­tu­rel » sans soufre ajou­té, La­pierre s’est construit contre les mai­sons de né­goce en mi­sant sur le cô­té ar­ti­sa­nal et le re­tour à la na­ture. Toute l’his­toire du beau­jo­lais de ces qua­rante der­nières an­nées s’est fi­na­le­ment édi­fiée au­tour de ces deux « frères en­ne­mis » (mais fi­na­le­ment com­plices, car l’un se nour­ris­sant des ex­cès de l’autre), éga­le­ment cha­ris­ma­tiques : Georges Du­boeuf et Mar­cel La­pierre… Pi­ron conclut en ex­pli­quant pour­quoi le beau­jo­lais ne s’est pas dé­ve­lop­pé : « Il faut re­mon­ter au xixe siècle. Lyon était alors une ville pros­père grâce à l’industrie de la soie. Tous les in­dus­triels lyon­nais ont in­ves­ti dans le Beau­jo­lais pour se faire construire des châ­teaux. Ils ont créé des lignes de che­min de fer et ache­té des vignes dont ils ont confié la culture à des mé­tayers. Quand les an­nées glo­rieuses sont ar­ri­vées, ils ont en­cais­sé l’ar­gent, mais sans in­ves­tir à nou­veau. Ré­sul­tat, l’ou­til de tra­vail est vieux, et le vi­gnoble en mau­vais état. Contrai­re­ment aux Bor­de­lais et aux Cham­pe­nois, les Lyon­nais n’ont pas as­su­mé leur rôle de lea­ders éco­no­miques, alors qu’ils au­raient dû faire du Beau­jo­lais une ré­gion vi­ti­cole de pre­mier plan. On manque même de vi­gne­rons ! Je lance donc un ap­pel aux jeunes : ve­nez dans le Beau­jo­lais, on vous ai­de­ra ! »

Jean-paul Brun le pion­nier des vins de ter­roir

Ser­vez son Fleu­rie Grille-mi­di à l’aveugle, et vous ver­rez la tête de vos convives, per­sua­dés qu’il s’agit d’un rare Cham­bolle-mu­si­gny… Brun est un or­fèvre. Mais c’est sur­tout un pay­san qui n’aime pas trop s’ex­pri­mer et qui pré­fère lais­ser ses vins par­ler à sa place ! On l’a donc un peu tor­tu­ré pour lui ar­ra­cher trois mots : « Je me suis ins­tal­lé ici, à Char­nay, dans les Terres do­rées, en 1979. Mon père avait quatre hec­tares de vigne avec des cé­réales, des mou­tons, des co­chons, des ver­gers. J’ai vite ar­rê­té la po­ly­cul­ture car, quand on est fer­mier, on ne ré­flé­chit pas. Moi, je vou­lais faire du bon vin. À l’époque, c’était la dé­ca­dence du beau­jo­lais, il n’y en avait que pour le beau­jo­lais nou­veau… Il n’y avait pas de no­tion de vin d’au­teur, comme en Bour­gogne. Quand j’ai com­men­cé, je suis al­lé faire goû­ter mes vins à Pa­ris, où j’ai ren­con­tré Ste­ven Spur­rier, un ex­pert bri­tan­nique, mar­chand de vins fran­çais et fon­da­teur de l’aca­dé­mie du vin, à Pa­ris, il a tout de suite ai­mé mon vin blanc. En 1985, je suis al­lé vers un style de vin à la bour­gui­gnonne, en égrap­pant. Je vou­lais faire des vins de ter­roir et de garde. » Il n’a pas chan­gé de voie de­puis. Qu’ils soient de Fleu­rie, de Mor­gon ou de Saint-amour, ses vins n’ex­plosent pas en bouche, mais res­tent tou­jours purs et dé­li­cats, avec un lé­ger par­fum de ronce. (Brun est ré­pu­té pour son beau­jo­lais blanc, à base de char­don­nay, culti­vé sur sols cal­caires, un vin étin­ce­lant, avec de la chair, dé­li­cieux sur une belle vo­laille à la crème !) « Le pro­blème des vins de fruit, aux­quels on a ré­duit les beau­jo­lais, c’est qu’on peut en faire par­tout, dans n’im­porte quel pays, alors qu’un vin de ter­roir ex­prime un lieu unique. » Tout est dit, Jean­paul. À Pa­ris, on trou­ve­ra ses nec­tars chez Phi­lo­vi­no, dans le 9e ar­ron­dis­se­ment (de 12 à 30 eu­ros). Do­maine des Terres do­rées, 565, route de Alix, 69380 Char­nay. Tél. : 04 78 47 93 45

Fa­bien Du­per­ray, le per­fec­tion­niste

Quand on va voir Fa­bien Du­per­ray, à La Cha­pel­lede-guin­chay, non loin de Mâ­con, on a le sen­ti­ment de ren­con­trer Mar­lon Bran­do dans Apo­ca­lypse Now. L’homme est mas­sif, im­po­sant, or­gueilleux, om­bra­geux… Mais quel raf­fi­ne­ment ! Il y a trente ans, Fa­bien était mar­chand de vin en Bour­gogne. « Les Bour­gui­gnons ont un rap­port par­ti­cu­lier à la terre. Ils te mettent à l’épreuve pour voir si tu es digne de leur confiance. » Mais son rêve d’en­fance est de de­ve­nir vi­gne­ron. « Un jour, j’ai dé­cou­vert que le beau­jo­lais était une mine d’or sous-ex­ploi­tée. En fait, c’est même l’un des vi­gnobles du monde les plus dif­fi­ciles à tra­vailler : peu d’ar­gile dans les sols (l’ar­gile est utile pour fixer les ma­tières or­ga­niques), les vignes sont taillées en go­be­let, très proches les unes des autres, on ne peut donc pas pas­ser le trac­teur ou le che­val pour la­bou­rer dans les rangs… Le ga­may, de son cô­té, est un cé­page très fra­gile et sen­sible à la mi­cro­bio­lo­gie (une bac­té­rie ou une mau­vaise le­vure suf­fit à pour­rir une ven­dange !). Il n’aime pas non plus l’oxy­gène qui le dé­truit. Il faut donc des rai­sins par­faits, sains et propres, à l’abri de l’oxy­gène. Faire du bon beau­jo­lais est un tra­vail de tous les jours ! » En créant son do­maine en 2007, notre gaillard n’avait qu’un ob­jec­tif : prou­ver qu’on peut faire dans le Beau­jo­lais des vins aus­si com­plexes qu’en Bour­gogne. « Au­tre­fois, les vi­gne­rons at­ten­daient trente ans pour ser­vir un vin de Fleu­rie ou un mou­lin-à-vent ! » Or, les siens peuvent res­ter jeunes très long­temps, ce qui

n’est pas le cas des pi­nots noirs de Bour­gogne. Ils pos­sèdent de sur­croît un cô­té va­po­reux et un charme qui illus­trent bien ce que di­sait Jules Chau­vet au su­jet de sa ré­gion : « Toute la na­ture, avec ses par­fums, sa lu­mière, ses in­fi­nis, le re­pos du soir, l’en­thou­siasme du ma­tin. » Fa­bien a op­té pour une vi­ti­cul­ture du vi­vant : pas de désher­bants, pas de mo­lé­cules chi­miques, peu de cuivre, la­bours au che­val, pas de chap­ta­li­sa­tion, pas de soufre pen­dant la fer­men­ta­tion, pas trop de bois neuf (ça ma­quille le vin). Ses vignes ont une éner­gie folle, après la grêle, les bois bles­sés ci­ca­trisent. On trouve ses vins chez les plus grands chefs (Pierre Ga­gnaire, Da­vid Tou­tain, La Tour d’ar­gent) et aux caves Le­grand à Pa­ris (de 30 à 50 eu­ros). www.ju­les­des­jour­neys.fr

Châ­teau du Mou­lin-à-vent : la re­nais­sance

Sur les 12 ap­pel­la­tions que compte le beau­jo­lais, mou­lin-à-vent est la plus cé­lèbre, celle qui passe pour don­ner les vins les plus concen­trés et les plus aptes au vieillis­se­ment. Tou­jours in­tact, un mou­lin à vent du xve siècle a don­né son nom au cru, créé à l’ori­gine par les Ro­mains. Le châ­teau du Mou­lin-à-vent où nous nous sommes ren­dus date du xviiie siècle. De­puis 2009, la fa­mille Pa­ri­net, d’ori­gine pa­ri­sienne, a fait ce que les Lyon­nais n’ont ja­mais dai­gné faire : mettre le pa­quet pour pro­duire des grands vins de ter­roir, comme avant-guerre… Jean-jacques Pa­ri­net (le père), Édouard (son fils) et Brice Laf­fond (leur chef de culture et maître de chai) forment une équipe ins­pi­rée. Très vite, leur en­ga­ge­ment a por­té ses fruits. « Ici, le cli­mat est ven­teux, ce qui per­met de net­toyer et concen­trer les rai­sins, nous ex­plique Édouard. Le gra­nit est à la sur­face, les ar­giles en pro­fon­deur. Comme les moines cis­ter­ciens, nous avons re­cen­sé sur notre do­maine 60 lieux-dits, 17 ter­roirs dif­fé­rents, une vraie mo­saïque de sols… » Les meilleures par­celles ont été iso­lées et culti­vées en bio­dy­na­mie. Les Pa­ri­net pro­posent ain­si six cu­vées dif­fé­rentes, ayant cha­cune un ca­rac­tère par­ti­cu­lier. Les vins sont éle­vés deux ans dans les caves voû­tées du châ­teau, qui datent de 1732. La cu­vée « La Ro­chelle », is­sue de très vieilles vignes de 80 ans ex­po­sées plein sud est un vin com­plexe, riche et fin, très long, très frais, qui convain­cra les plus scep­tiques… (31 eu­ros la bou­teille) www.cha­teau­du­mou­li­navent.com •

Les pay­sages du Beau­jo­lais évoquent par­fois ceux de la Tos­cane, comme ici, le vil­lage mé­dié­val d'oingt, dans le pays des Pierres do­rées, cé­lèbre pour ses cal­caires d'un beau jaune ocre.

Bon vi­vant, gé­né­reux, fron­deur et ba­gar­reur, Mar­cel La­pierre fut la grande fi­gure du re­tour au « Beau­jo­lais des An­ciens ». Dès les an­nées 1980, il s'op­po­sa à l'oe­no­lo­gie do­mi­nante qui vi­sait à ven­dan­ger moins mûr, à sul­fi­ter, à chap­ta­li­ser et à em­ployer des le­vures in­dus­trielles, au dé­tri­ment de la vé­ri­té du ter­roir.

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