ABSURDIE, TERRE DE CONTRASTES

Causeur - - Le Moi De Basile - Par Ba­sile de Koch

T'in­quiète ! Ce titre n'an­nonce pas une énième chro­nique sur mon ap­pé­tence pour le non­sense ou mon goût du pa­ra­doxe… Non, ces temps-ci, c'est le réel qui n'est plus ra­tion­nel. DTC, He­gel !

LE BRÉ­SIL VOTE CONTRE LE DROIT DE VOTE Di­manche 28 oc­tobre

France In­fo, 7 h 30 : « Au­jourd’hui, le Bré­sil choi­sit entre la dé­mo­cra­tie et la dictature. » Ibid., 23 h : « Le can­di­dat d’ex­trême droite l’em­porte avec 55 % des voix. » C’est quoi, cette rup­ture de ton ? Pour­quoi ils ne disent pas tout sim­ple­ment : « 55 % des Bré­si­liens ont plé­bis­ci­té la dictature »?

LE BAR­BIER DE BRUXELLES Ven­dre­di 2 no­vembre

Suc­cès mé­ri­té pour le clip de pro­pa­gande du gou­ver­ne­ment sur les eu­ro­péennes ! Une sorte de QCM ap­pa­rem­ment conçu pour (et par) des cré­tins des Alpes, genre « Eu­rope : paix ou guerre ? », « Chô­mage : pour ou contre ? », etc. Pour jus­ti­fier cette pi­gno­lade, une voix au­to­ri­sée s’élève au­jourd’hui (en boucle) sur BFM TV : celle de Ch­ris­tophe Bar­bier, in­fa­ti­gable barde de la Ma­cro­nie. « Il est temps au­jourd’hui de faire de la pro­pa­gande élec­to­rale ! s’énerve-t-il. On ne peut plus dire : “Vo­tez pour qui vous vou­lez”. Ça ne peut pas être un clip neutre, parce qu’il n’y a plus rien de neutre dans l’eu­rope politique ! » Sans blague ? Et tu dates ça de quand, Ch­ris­tophe ?

SOI­RÉE POURRIE AU FLORE Jeu­di 8 no­vembre

Non seule­ment je n’ai pas eu le Prix, mais en sor­tant j’ai cru qu’on m’avait vo­lé mon vé­lo. En fait, il avait juste chan­gé de po­teau.

BRAGUE À PART Mar­di 13 no­vembre

Vu sur KTO, dans « La foi prise au mot », une pas­sion­nante in­ter­view du phi­lo­sophe Ré­mi Brague. Je vous re­com­mande no­tam­ment son Règne de l’homme (2015) – dont le sous-titre, « Ge­nèse et échec du pro­jet mo­derne », an­nule d’em­blée le titre. Ce pro­jet, nous dit-il, c’est ce­lui de l’hu­ma­nisme au sens qu’on donne à ce mot de­puis le mi­tan du xixe siècle : l’idéal d’une hu­ma­ni­té qui ne de­vrait rendre de comptes qu’à elle-même. Or, ex­plique Brague à son in­ter­vie­weur, vi­si­ble­ment at­ta­ché au concept, « cet hu­ma­nisme exclusif se dé­truit lui-même. S’il n’existe au­cune ins­tance su­pé­rieure à l’homme, com­ment ce­lui­ci, pri­vé de toute ré­fé­rence, pour­rait-il se jus­ti­fier lui­même ? Qu’est-ce qui me per­met de dire que ce “bi­pède sans plumes”, se­lon le mot de Pla­ton, mé­rite d’exis­ter ? » L’homme mo­derne marche dans le vide, et ça ne dure ja­mais bien long­temps, nous pré­vient ai­ma­ble­ment Ré­mi.

LES JA­LONS EN GI­LETS Sa­me­di 17 no­vembre

Cet après-mi­di, une dé­lé­ga­tion du groupe Ja­lons, à la pointe de toutes les modes, a par­ti­ci­pé au « Fa­shion Wee­kend » or­ga­ni­sé sur les Champs-ély­sées par « Gi­lets jaunes », la nou­velle marque dont tout le monde parle. Trêve de mé­ta­phores ! Une fois de plus, comme dans tous les grands mo­ments de la vie cultu­relle et politique de ce pays de­puis trente-six ans, du Froid as­sas­sin au Grand Ré­chauf­fe­ment, Ja­lons pour­ra dire : « J’y étais.» Sur les pan­cartes bran­dies par nos mi­li­tants, on pou­vait no­tam­ment lire : « L’exis­tence pré­cède l’es­sence » et « La­ger­feld avec nous ! » In­ter­views à la presse au­dio­vi­suelle, fra­ter­ni­sa­tion avec les mi­li­tants du cor­tège concur­rent, ral­lie­ment de sym­pa­thi­sants désoeu­vrés : le bi­lan de cette opé­ra­tion est glo­ba­le­ment triom­phal, sur­tout pour un bud­get de 182 eu­ros TTC (hors bois­sons). À la fin du cor­tège, en signe de so­li­da­ri­té avec nos ca­ma­rades à quatre roues, les pis­tards du Groupe d’in­ter­ven­tion cultu­relle ont blo­qué la piste cy­clable

de l’ave­nue des Champs-ély­sées pour pro­tes­ter contre la hausse du prix des pompes à vé­lo. Au vu du suc­cès, et face aux en­jeux, le Bu­ro­po­li de Ja­lons a dé­ci­dé en fin de nuit de vo­ter à main le­vée et à l’una­ni­mi­té la mo­tion sui­vante, pour va­loir ce que deux doigts : « Ca­ma­rades et amis, Après cette vic­toire, en avant vers d’autres cimes, à toute va­peur, dans la boue ! »

CHA­PEAU BAS DE­VANT LA CAS­QUETTE ! Di­manche 18 no­vembre

Ce soir, ex­cep­tion­nel­le­ment, j’ai dé­ci­dé de je­ter un oeil à « On n’est pas cou­ché ». Pas tel­le­ment pour Zaz, mais pour le gé­né­ral de Villiers, cen­sé dé­voi­ler en ex­clu­si­vi­té les grandes lignes de son pro­gramme pour 2022 : Qu’est-ce qu’un chef ? (Fayard) Eh bien, je ne re­grette pas mes cin­quante-cinq mi­nutes ! La sim­pli­ci­té et la hau­teur de vue du bon­homme ont fait taire toutes les cri­tiques, pour­tant pré­vi­sibles, à l’égard de cette cu­lotte de peau au nom che­lou. Cour­tois mais ferme, le gé­né­ral a désar­mé en quelques phrases tous ses ad­ver­saires pré­somp­tifs, des deux cô­tés de l’écran. Les an­ti­mi­li­ta­ristes à la Ru­quier : « Je suis un homme de paix, parce que la guerre, je l’ai faite ! » Les fos­soyeurs de la France : « La France n’est pas un pays comme les autres, ré­duc­tible à son PIB. Elle a un des­tin sin­gu­lier. Le gé­nie fran­çais, moi j’y crois ! » Les éter­nels ca­bris eu­ro­péistes : « Il faut construire la dé­fense de l’eu­rope, pas la “dé­fense eu­ro­péenne”. On ne peut pas mou­rir pour l’union eu­ro­péenne »… Et même l’élysée en per­sonne : « Quand la confiance est trom­pée, l’au­to­ri­té s’ef­fondre. » À la fin de l’en­tre­tien, on ne voyait plus qu’une seule tête !

TOM­BEAU POUR SOU­RIS Lun­di 26 no­vembre

Amis pa­ri­siens, jus­qu’au 22 dé­cembre, cou­rez dé­cou­vrir à la ga­le­rie Per­ro­tin la double ex­po­si­tion de So­phie Calle – ou au moins sa par­tie in­ti­tu­lée « Sou­ris Calle » et consa­crée à son chat. Car le pe­tit chat de So­phie Calle est mort, et il s’ap­pe­lait Sou­ris. En fait, c’était il y a quatre ans et de­mi, mais il fal­lait à l’ar­tiste le temps d’ache­ver son tra­vail de deuil. C’est que Sou­ris n’était pas, aux yeux de So­phie, un gref­fier or­di­naire. Dix-sept ans du­rant, il fut son com­pa­gnon de tous les ins­tants. Même que la nuit, ra­conte-t-elle, il la re­joi­gnait vo­lon­tiers, « de sa dé­marche à la John Wayne » (sic), pour se mas­tur­ber sur elle. Avant de tour­ner la page, voire de se mettre avec un autre chat, on com­pren­dra que So­phie ait vou­lu lui rendre un ul­time hom­mage. Pré­sen­té en ex­clu­si­vi­té à l’oc­ca­sion de l’ex­po, il s’agit d’un somp­tueux triple al­bum vinyle, feat. Une qua­ran­taine d’amis-ar­tis­tesde-pre­mier-plan, dont Phar­rell Williams, Bo­no, Bio­lay, Mios­sec, etc. L’ob­jet, dé­jà col­lec­tor, n’a été pres­sé qu’à 1 000 exem­plaires – dont 100 ti­rages col­lec­tor dé­di­ca­cés par l’ar­tiste au prix dé­fiant toute concur­rence de 1 500 €. Mais la vraie ri­chesse est celle du coeur, et So­phie a te­nu à le faire sa­voir d’em­blée : pour les nos­tal­giques de Sou­ris pauvres et moyens-pauvres, l’oeuvre est dis­po­nible en strea­ming.

« LES IDÉES DES AUTRES » Hom­mages idio­syn­cra­tiques à Si­mon Leys

« L’uni­vers est dé­sor­mais sans mys­tère. » (Mar­cel­lin Ber­the­lot, 1887) « À 690 ans, Ma­thu­sa­lem était si bien conser­vé qu’il en pa­rais­sait 376. » (Tris­tan Ber­nard) « L’homme est un ani­mal ca­pable de pro­messes. » (Nietzsche) « Grâce à Ca­pillox, mes che­veux tombent sans se cas­ser. » (Jacques Au­di­ber­ti) « Je ne vois pas pour­quoi j’écri­rais des mé­moires. Je n’ai rien à me re­pro­cher. » (gé­né­ral de Cas­tel­nau) « La vie est trop courte, et Proust est trop long. » (Ana­tole France) « Lire de la poé­sie en tra­duc­tion, c’est comme prendre une douche en im­per­méable. » (Pa­ter­son, de Jim Jar­musch) •

Le gé­né­ral Pierre de Villiers.

Ja­lons aux Champs-ély­sées : l'avant-garde des « gi­lets jaunes ».

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