LE RE­TOUR DU MEH­DI

Est-il bien rai­son­nable de lais­ser un ci­néaste dé­rai­son­nable com­men­ter chaque mois l'ac­tua­li­té en toute li­ber­té ? As­su­ré­ment non. Cau­seur a donc dé­ci­dé de le faire.

Causeur - - Pas D'Amalgame - Par Jean-paul Li­lien­feld

«… Je ne suis pas mu­sul­man. Ma mère est d’ori­gine al­gé­rienne, née en France. Mon père est fran­çais… » Tu sou­lignes t’ap­pe­ler en réa­li­té « Meh­di Tho­mas Maxi­mi­lien Mek­lat Prat ». « Pour­quoi m’a-t-on éti­que­té, en­fer­mé de cette fa­çon ? » gé­mit Meh­di, le pro­dige twee­teur de haine de re­tour avec un livre à vendre et une vic­ti­mi­sa­tion à barbe blanche en guise d’ex­pli­ca­tion.

Per­sonne ne t’a en­fer­mé Meh­di. Tu as pen­sé qu’il était bon pour toi de te pré­sen­ter en tant que Meh­di Mek­lat.

Et ça a été bon. Cette iden­ti­té a fait de toi la co­que­luche des sa­lons qui n’en re­ve­naient pas d’être « tel­le­ment open » qu’ils étaient ca­pables d’en­cen­ser un Meh­di. Tu le dis dans la même in­ter­view : « Les mé­dias étaient fas­ci­nés par un Noir et un Arabe qui savent écrire, qui ne font pas de fautes. » Tu as joué cette carte plu­tôt que celle de Maxi­mi­lien Prat, parce que tu la pen­sais por­teuse. Et au­jourd’hui, tu nous sors le nom fran­çais de ton père, ain­si que le pré­nom qui va avec. Mais on s’en fout Maxi­mi­lien ! Ton nom et ton pré­nom n’ont au­cune im­por­tance. La lit­té­ra­ture et les arts en gé­né­ral se contre-

fichent des pa­tro­nymes. Les émis­sions lit­té­raires re­çoivent de­puis long­temps de grands au­teurs noirs et arabes de toutes na­tio­na­li­tés. De Léo­pold à Ta­har en pas­sant par Ibra­him et sa trom­pette, il y a long­temps que le ta­lent ne se me­sure plus à l’aune des ori­gines. C’est en France que les jazz­men noirs trou­vaient re­fuge dans la pre­mière moi­tié du xxe siècle.

Et ton « y’a pas que moi », quel ri­di­cule in­fan­tile !

« Quand on voit quel­qu’un comme Lorànt Deutsch qui a écrit euh… pa­reil, des obs­cé­ni­tés sur Twit­ter, mais là pour le coup vrai­ment ca­chées… » et de te plaindre que lui, on lui par­donne.

Er­reur, mon­sieur Prat. Quand bien même Lorànt Deutsch se ca­che­rait sous le pseu­do de @la­ca­the­li­nierre sur Twit­ter (ce que l’in­té­res­sé dé­ment) les pro­pos te­nus sur ce compte n’ont rien à voir avec les sa­lo­pe­ries que Meh­di a dit. Aus­si dé­plai­sants soient-ils par­fois, au­cun de ces tweets ne fait ap­pel au ra­cisme, au­cun ne tombe sous le coup de la loi. Leur éven­tuelle vul­ga­ri­té n’ar­rive pas à la che­ville de la haine de Mar­ce­lin Des­champs.

D’ailleurs Meh­di, cette mé­chan­ce­té, cette vul­ga­ri­té, n’est-ce pas jus­te­ment ce qui a fait ton suc­cès au­près de l’in­tel­li­gent­sia ébau­bie, qui trou­vait ta prose « tel­le­ment trop drôle ». Ça ne pou­vait être sa com­po­sante ra­ciste, ma­chiste et ho­mo­phobe qui fai­sait rire ces aya­tol­lahs du bon goût, n’est-ce pas ? Du rire entre gens qui savent et qui sont tel­le­ment du cô­té du Bien que toute ex­pres­sion du Mal ve­nant d’eux ne peut être que du se­cond de­gré. Un peu comme ces afi­cio­na­dos des bonnes ma­nières qui jouent à dé­po­ser leur pain du mau­vais cô­té de l’as­siette, pour amu­ser les autres « sa­chants », aux frais des ma­nants qui foutent sa­le­ment leur qui­gnon n’im­porte où, ces cons !

Alors, tu ne vas tout de même pas re­pro­cher au­jourd’hui à @la­ca­the­li­nierre d’avoir usé des codes qui ont fait ton suc­cès, sous pré­texte que lui n’a pas, en plus, fait comme toi dans le ra­cisme pu­tride.

Tu n’es vic­time de rien ni de per­sonne Meh­di, sauf de ta du­pli­ci­té, de ton ar­ri­visme et de tes amis qui t’ont en­cou­ra­gé à pour­suivre dans cette voie mal­fai­sante que seule leur lâ­che­té leur in­ter­di­sait d’em­prun­ter. Tu as été leur chair à ca­non, leur ti­railleur sé­né­ga­lais. En pre­mière ligne à leur place. Et plus tu dé­co­dais l’ad­mi­ra­tion dans leurs hur­le­ments de rire, plus tu tu­toyais l’im­monde. C’était toi le type gon­flé qui ex­pri­mait tout haut ce qu’ils ré­gur­gitent de­puis si long­temps. Ils se sont re­pas­sé tes « saillies » de sa­lon en SMS, tes blagues de dé­jeu­ners en tweets, puis au mo­ment où ça a pé­té pour toi, ils ont sau­vé les ap­pa­rences puisque c’est tout ce qu’ils ont à sau­ver.

En connais-tu un seul dont la car­rière ait été un tant soit peu re­mise en cause lorsque tu as connu l’op­probre ?

Et au­jourd’hui, au lieu de leur en vou­loir, au lieu de t’en vou­loir, tu viens ac­cu­ser les Fran­çais d’in­to­lé­rance ?! Tu oses nous ra­con­ter que tu es fi­na­le­ment toi-même une vic­time ?!

Tu t’étonnes que tes ex­cuses ne soient pas prises au sé­rieux ? Mais com­ment veux-tu que l’on croie une se­conde à leur sin­cé­ri­té alors que toi qui pré­tends « ques­tion­ner les li­mites » n’as même pas la dé­cence de com­men­cer par t’in­ter­ro­ger sur toi-même.

Tu oses ve­nir nous faire la le­çon alors que tu

re­viens avec un livre chez l’un des plus grands édi­teurs de cette sa­lope de France qui n’ai­me­rait pas les Arabes ? Réa­lise Maxi­mi­lien !

Tu oses par­ler d’un « fan­tasme ra­ciste », à cause de tes ori­gines ? Mais où est le fan­tasme ? Les mots ont un sens. Les tiens sont im­mondes et n’ont nul be­soin d’être am­pli­fiés et déformés par une quel­conque ex­tra­po­la­tion. Que ton ra­cisme ne soit di­ri­gé que contre les juifs et les Blancs et ja­mais contre les Noirs et les Arabes n’est pas un fan­tasme. C’est même la preuve que ton « cô­té ma­lé­fique » était par­fai­te­ment ci­blé et donc pas du tout dé­li­rant.

Tu es­saies d’ac­cu­ser celles qui ont ex­hu­mé tes sa­lo­pe­ries de par­ti pris : « Mais ce qu’elles ne font pas, c’est de cher­cher des oc­cur­rences autres comme “Arabes”, “mu­sul­mans”, “Pa­kis­ta­nais”... », te plains-tu sur le pla­teau de « Quo­ti­dien ». Parce qu’il y avait des choses à trou­ver avec ces oc­cur­rences omises ? Je suis très éton­né que tu ne les aies pas sor­ties au mo­ment de la po­lé­mique, comme preuve évi­dente que le ra­cisme de Mar­ce­lin Des­champs mi­traillait ab­so­lu­ment tout le monde. Ce­la au­rait été fa­cile. Au lieu de ça, tu as ef­fa­cé tous tes tweets et main­te­nant qu’on ne peut plus vé­ri­fier tu pré­tends qu’il y en avait pour tout le monde ? Lol Mar­ce­lin, lol. Fais-nous la grâce de ne pas en plus nous prendre pour des idiots.

Tu n’es vic­time de rien, Meh­di. Tu es un pri­vi­lé­gié qui de­vrait être heu­reux de n’avoir fait l’ob­jet d’au­cune plainte, ni de Fin­kiel­kraut, par exemple, lorsque tu twee­tais qu’il fal­lait « cas­ser les jambes à ce fils de pute », ni de Na­ta­cha Po­lo­ny que tu trai­tais de pute aus­si et vou­lais égor­ger pour l’aïd en en fai­sant ton mou­ton. Je te rap­pelle qu’à la même époque, Anne-so­phie Le­clère, an­cienne can­di­date du Front na­tio­nal aux municipale­s dans les Ar­dennes, avait été condam­née (et j’en suis ra­vi) à 3 000 eu­ros d’amende avec sur­sis pour « in­jure pu­blique ra­ciale », après avoir com­pa­ré l’an­cienne mi­nistre de la Justice Ch­ris­tiane Tau­bi­ra à un singe. Te rends-tu compte que 3 000, c’est le ta­rif sans égor­ge­ment du singe ? Com­bien t’au­rait coû­té ton mou­ton de l’aïd de­vant la justice d’après toi ?

De­vant les Fran­çais, blanc, juifs, femmes, PD ou juste ré­pu­bli­cains, le prix de ton mé­fait est ta cré­di­bi­li­té. Nous ne te croyons plus. Ce n’est pas cher payé fi­na­le­ment. •

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