Causeur - - Dos­sier : Em­ma­nuel 2 -

5 - La ra­tio­na­li­té per­due de la Sé­cu­ri­té rou­tière

Gé­rard Col­lomb avait vu juste. L’abais­se­ment de la vi­tesse à 80 km/h sur les départemen­tales en juillet 2018 ap­pa­raît ré­tros­pec­ti­ve­ment comme une énorme er­reur po­li­tique. Son ef­fet est flou (la Sé­cu­ri­té rou­tière en­re­gistre moins de morts, mais plus d’ac­ci­dents) et elle a ter­ri­ble­ment bra­qué l’opi­nion. Le nombre d’au­to­mo­bi­listes fla­shés a dou­blé en juillet, à plus de 500 000 PV, contre 251 000 en juillet 2017, mais les at­taques contre les ra­dars ex­plosent. La dé­lé­ga­tion à la sé­cu­ri­té rou­tière (DSR) ne com­mu­ni­quait plus de chiffres en dé­cembre. Le mar­di 11 dé­cembre, les sites spé­cia­li­sés re­cen­saient plus de 220 ap­pa­reils hors ser­vice (sur 4 700), dont 200 to­ta­le­ment dé­truits. 80 % des ra­dars de Dordogne, 95 % de ceux de Hau­teloire, 50 % de ceux des Landes étaient in­opé­rants. « Le ra­dar sauve des vies en dis­sua­dant les usa­gers de com­mettre des ex­cès de vi­tesse », a rap­pe­lé la DSR le 5 dé­cembre. Un propos au­quel sous­cri­vaient seule­ment 7 % seule­ment des son­dés, dans une en­quête d’opi­nion réa­li­sée par BMV pour Al­lianz en mars 2017. Le sen­ti­ment ul­tra do­mi­nant est que les ra­dars servent à faire de l’ar­gent. Comme po­li­tique ac­cep­tée et com­prise, la sé­cu­ri­té rou­tière est morte. Mais qui l’a tuée ? En mai 2007, les ins­pec­tions gé­né­rales de l’ad­mi­nis­tra­tion, de la gen­dar­me­rie na­tio­nale, des ponts et chaus­sées et de la po­lice na­tio­nale ont réa­li­sé un au­dit com­mun des « po­li­tiques locales de sé­cu­ri­té rou­tière ». Ils re­le­vaient des évi­dences, que les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs ont ba­layées, par­tant du prin­cipe qu’un conduc­teur est par es­sence de mau­vaise foi. Il y a « dans un cer­tain nombre de cas », une « in­adé­qua­tion des li­mites de vi­tesse fixées par rap­port aux dan­gers ef­fec­tifs de la route et à la pos­si­bi­li­té de rou­ler que per­çoit l’usa­ger. Il en ré­sulte une source lé­gi­time de mé­con­ten­te­ment. Les conduc­teurs ont le sen­ti­ment de se faire pié­ger sans rime ni rai­son ». Voi­là sans doute ce que le co­mé­dien Pierre Ar­di­ti ap­pe­lait « un dis­cours à la con » dans son vi­brant plai­doyer pour les 80 km/h dé­cla­mé sur le pla­teau d’« On n’est pas cou­ché », le 10 sep­tembre. À ce dé­tail près que les « cons » sont, en l’oc­cur­rence, des gra­dés de la gen­dar­me­rie ou de la po­lice et des in­gé­nieurs X-ponts. Ceux-ci met­taient éga­le­ment en garde les maires, « qui ont le sen­ti­ment que, plus ils abais­se­ront la li­mite de vi­tesse, plus les voi­tures ra­len­ti­ront », et qui n’hé­sitent « donc pas à fixer des li­mites ma­ni­fes­te­ment ir­réa­listes ou in­ap­pro­priées ». L’état n’est pas en reste : « Dans un cer­tain nombre de cas, les li­mites de vi­tesse fixées sur les routes na­tio­nales ne sont pas to­ta­le­ment ra­tion­nelles. » Les rap­por­teurs ap­pe­laient à une re­mise en ordre, sous peine de « dis­cré­di­ter » la Sé­cu­ri­té rou­tière. C’était bien vu. Mais per­sonne n’a en­ten­du.

Et main­te­nant, le pré­lè­ve­ment à la source, le ser­vice na­tio­nal uni­ver­sel et la ré­forme des re­traites...

Dans son al­lo­cu­tion té­lé­vi­sée du 10 dé­cembre, Em­ma­nuel Macron a prin­ci­pa­le­ment dis­tri­bué de l’ar­gent, qu’il s’agisse de la prime pour les sa­la­riés au SMIC, de la dé­fis­ca­li­sa­tion des heures sup­plé­men­taires ou de la sus­pen­sion de la hausse de CSG sur les pe­tites re­traites. Il n’a rien dit sur le train de me­sures qui ar­rive. En jan­vier 2019, le pré­lè­ve­ment à la source entre en vi­gueur. Il va avoir un ef­fet psy­cho­lo­gique, les feuilles de paie étant am­pu­tées. Il y aura éga­le­ment des er­reurs. Contac­té, le syn­di­cat Solidaires Fi­nances ne cache pas sa pré­oc­cu­pa­tion. La France compte quelque 37 mil­lions de foyers fis­caux, dont 17 mil­lions sont im­po­sés. Même avec une tran­si­tion réus­sie à 99 %, les centres des im­pôts et les em­ployeurs de­vront af­fron­ter 170 000 contri­buables per­dus, au mieux, mé­con­tents au pire, qui ne sau­ront pas for­cé­ment d’où vient l’er­reur. Solidaires at­tire par ailleurs l’at­ten­tion sur le fait que les ré­gu­la­ri­sa­tions ne pour­ront pas se faire en un mois, contrai­re­ment à ce que sou­tient Gé­rald Darmanin. Il fau­dra au moins deux mois. Si le gou­ver­ne­ment reste sur sa ligne, vien­dra en­suite le ser­vice na­tio­nal uni­ver­sel obli­ga­toire pour tous les jeunes, pré­vu sur deux fois quinze jours. Ins­crit dans la consti­tu­tion en juillet der­nier, il doit se dé­ployer pro­gres­si­ve­ment à par­tir de 2019. État de pré­pa­ra­tion : in­con­nu. Risque de fronde des ly­céens : éle­vé. Les agri­cul­teurs, de leur cô­té, se mo­bi­lisent dé­jà contre une hausse de la taxe pour pol­lu­tion dif­fuse. N’ou­blions pas les ar­tistes : à comp­ter de 2019, ils fe­ront connais­sance avec l’urs­saf, qui prend le re­lais de leurs caisses de sé­cu­ri­té so­ciale sur me­sure (Ages­sa et Mai­son des ar­tistes). L’in­ten­si­fi­ca­tion de la chasse aux ar­rêts de tra­vail abu­sifs est éga­le­ment au pro­gramme. Les caisses d’as­su­rance ma­la­die ont des ob­jec­tifs chif­frés confi­den­tiels. Elles vont mul­ti­plier les vi­sites de contrôle à do­mi­cile et jouer le rè­gle­ment (un ar­rêt doit être dé­cla­ré dans les 48 h, la per­sonne en ar­rêt n’est pas cen­sée sor­tir, etc.). Aux pro­chaines va­cances, les Fran­çais dé­cou­vri­ront que le gou­ver­ne­ment a ré­for­mé la taxe de sé­jour. Jus­qu’ici sym­bo­lique (quelques eu­ros pour deux se­maines en lo­ca­tion), elle se­ra mul­ti­pliée par cinq voire dix à par­tir du 1er jan­vier 2019, pour ren­flouer les caisses des col­lec­ti­vi­tés pri­vées de taxe d’ha­bi­ta­tion. Ar­ri­ve­ra en­fin la ré­forme la plus am­bi­tieuse du quin­quen­nat, l’ins­tau­ra­tion d’un ré­gime de re­traite uni­ver­sel par points, où chaque eu­ro co­ti­sé don­ne­rait droit à la même pen­sion. Ce qui sup­pose des ar­bi­trages sur les ré­gimes spé­ciaux gé­né­rant des di­zaines de mil­liers de per­dants. Une an­née à haut risque. •

Le gou­ver­ne­ment a mul­ti­plié la taxe de sé­jour par cinq à dix à par­tir du 1er jan­vier 2019 pour ren­flouer les caisses des col­lec­ti­vi­tés.

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