SEX IN THE (ETER­NAL) CI­TY

Mes bien chers frères, En ces pre­miers jours de ca­rême, il m'a pa­ru op­por­tun de vous par­ler es­sen­tiel­le­ment re­li­gion. Mais ras­su­rez-vous : comme j'ai lu So­do­ma, il y au­ra aus­si du cul !

Causeur - - Le Moi de Basile - Par Ba­sile de Koch

LE ROSE POURPRE DU CLERC Jeu­di 14 fé­vrier

À la une du Point au­jourd’hui : « Le grand se­cret, l’ho­mo­sexua­li­té au Vatican ». Et en pages in­té­rieures, un dos­sier com­plet sur So­do­ma, le « li­vreé­vé­ne­ment » de Frédéric Mar­tel.

À vrai dire, l’au­teur ne dé­couvre pas son su­jet. De­puis une ving­taine d’an­nées, il en­chaîne les livres de ré­vé­la­tion (pour ne pas dire les bou­quins à scan­dale) sur les gays en France, dans le monde et ailleurs.

Mais ce coup-ci, fa­meux ti­ming ! Sur­fant sur une ac­tua­li­té qui ac­cable dé­jà de toutes parts une Église pé­do­phile, « grâce à Dieu », et abu­seuse de nonnes par sur­croît, son pam­phlet contre le lob­by ho­mo­sexuel au Vatican tombe à pic ! Tra­duit en huit langues, il car­tonne par­tout de­puis sa sor­tie si­mul­ta­née dans 20 pays (y com­pris L’EX-URSS).

Pour être juste, l’au­teur ne s’est pas fou­tu de nous : quatre ans d’en­quête, au terme des­quels il au­ra re­cueilli, à l’en croire, les confi­dences de 1 500 ec­clé­sias­tiques, dont 41 car­di­naux et 52 évêques. C’est en sa qua­li­té de gay, pré­cise-t-il, et sans hé­si­ter à jouer à l’oc­ca­sion la carte de la com­pli­ci­té, voire de la « sé­duc­tion », qu’il a réus­si ce mi­racle : se faire ou­vrir grand les portes de la cu­rie, ré­pu­tées in­fran­chis­sables, ain­si que le ro­bi­net des confi­dences les plus « hot » – avec leur lot de ra­gots in­vé­ri­fiables et de rè­gle­ments de compte post-mor­tem. Compte te­nu de son en­ga­ge­ment gay-athée­pro­gres­siste, le ci­toyen Mar­tel ne s’est évi­dem­ment lan­cé dans cette vaste en­tre­prise que pour conclure à son « in­tui­tion » ori­gi­nelle : l’hy­po­cri­sie consub­stan­tielle à l’église ca­tho­lique, fon­dée sur le « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! »

Le comble de l’hy­po­cri­sie, af­firme-t-il, est at­teint par une ca­ma­rilla de pré­lats « de la pa­roisse », qui s’adonnent en pri­vé à ces pra­tiques « in­trin­sè­que­ment désor­don­nées » avec d’au­tant plus de vi­gueur qu’ils les fus­tigent en pu­blic avec ri­gueur. Car les plus ré­acs sont aus­si les plus ob­sé­dés, mar­tèle Mar­tel – sans pour au­tant pré­ci­ser par quelle mé­thode il est par­ve­nu à cette der­nière sta­tis­tique.

Dans la fou­lée, Su­per Fred­die élu­cide même le mys­tère de l’im­pu­ni­té des prêtres pé­do­philes : tous « cou­verts » par une hié­rar­chie de « hon­teuses » tra­dis, qui se taisent de crainte de voir ré­vé­lées leurs propres moeurs… « Je te tiens, tu me tiens par la bar­bi­chette », etc.

Pour l’au­teur, au­cun doute : c’est bien la tar­tuf­fe­rie schi­zo­phré­nique d’une ins­ti­tu­tion ho­mo­phobe et en même temps ho­mo­phile qui ex­plique, de fil en ai­guille, tous les maux de l’église ac­tuelle.

Une conclu­sion qui, en fait, n’est qu’un vul­gaire CQFD. Ap­pli­quez à n’im­porte quel su­jet une grille de lec­ture 100 % gay, et je vous fiche mon billet que vous trou­ve­rez, in fine, l’unique clé qui va avec !

MA­CRON ET LE BURN-OUT FRAN­ÇAIS

Mar­di 19 fé­vrier

À vé­lo en pod­cast (et non l’in­verse), j’en­tends sur France Culture un cer­tain Vincent de Gau­le­jac, so­cio­logue, co­au­teur de @ la re­cherche du temps (Érès), cau­ser à « La grande table ». Au dé­but, je ne com­prends pas tout ; mais plus le type parle, plus je suis agréa­ble­ment sur­pris :

« Em­ma­nuel Ma­cron, ex­plique-t-il, est le pro­to­type même du pré­sident-ma­na­ger. […] À l’en croire, une bonne ges­tion al­lait “op­ti­mi­ser les res­sources de l’en­tre­prise France” ». Ré­sul­tat : il a mis en burn-out ses col­la­bo­ra­teurs, son gou­ver­ne­ment et la France en­tière. »

Quant au « Grand Dé­bat », notre so­cio­logue n’a pas l’air de croire qu’il suf­fi­ra à ré­soudre la crise de confiance ac­tuelle – dont les gi­lets jaunes ne sont qu’une par­tie émer­gée : « Au­jourd’hui, ré­sume-t-il, les gens disent : “Écou­tez-nous, on a un pro­blème de fin de mois, ou d’ac­cès aux ser­vices pu­blics...” Et d’en haut, on leur répond : “Oui, mais nous, on a un cap qui va per­mettre de ré­pondre à tous ces pro­blè­mes­là, et donc on n’en chan­ge­ra pas, parce que c’est le bon !” »

Ce genre de mal­en­ten­du, ça peut du­rer long­temps… Ou plu­tôt, non.

RE­TOUR À SO­DO­MA…

Lun­di 25 fé­vrier

Le diable porte pierre ! Ce pé­nible So­do­ma dont je vous en­tre­te­nais plus haut, pa­vé de 638 pages et de mau­vaises in­ten­tions, n’en met pas le moins le doigt, si l’on ose dire, sur un vrai pro­blème.

Con­fes­sons-le d’em­blée : quoi que cen­sé­ment « tra­di », j’ai tou­jours res­sen­ti, puis consi­dé­ré l’en­sei­gne­ment de l’église en ma­tière de mo­rale sexuelle comme, au mieux, mal­adroit. Pe­tit rap­pel : en fait de sexe, la seule pra­tique re­con­nue par l’église, c’est le coït vaginal entre époux de sexes op­po­sés, si pos­sible dans le but de pro­créer. Tout le reste, sans même par­ler de la pé­do­phi­lie, re­lève du pé­ché ca­pi­tal de « luxure » – de l’ona­nisme à l’ho­mo­sexua­li­té en pas­sant par Jac­quie & Mi­chel, le re­cours aux putes et la simple in­fi­dé­li­té.

Mais le risque, quand on met la barre trop haut, c’est que tout le monde ou presque passe en des­sous. Et je ne doute pas que cer­tains fi­dèles en éprouvent un dé­cou­ra­ge­ment qui risque de les éloi­gner de cette foi à la mo­rale in­ac­ces­sible...

Or, j’ima­gine mal le Dieu d’amour au­quel je crois – et en­core moins Jé­sus, que je connais un peu mieux – s’achar­nant avec une telle vio­lence contre le pé­ché de chair.

Notre créa­teur, qui sait tout de nous et nous aime quand même, sait aus­si que « la chair est faible ». Il eût fal­lu un Dieu genre per­vers nar­cis­sique pour im­po­ser à ses en­fants hu­mains, sous peine de mort spi­ri­tuelle, une dis­ci­pline sexuelle tel­le­ment stricte qu’elle ne puisse être te­nue que par des saints – et en­core, pas tous (moi aus­si, j’ai mes fiches…).

Même ce fa­cho de saint Paul ma­ni­feste une cer­taine com­pré­hen­sion en­vers ses frères écar­te­lés entre leur condi­tion hu­maine et leurs as­pi­ra­tions di­vines – d’au­tant plus qu’il s’y in­clut : « Nous sa­vons que la Loi est spi­ri­tuelle, mais moi je suis un être de chair […]. Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. » (Ro­mains 7,14-15 – je cite de mé­moire.)

C’est pour­quoi j’ap­pelle de mes voeux un ag­gior­na­men­to urgent – dé­jà man­qué il y a un de­mi-siècle par Vatican II. Fi­nis­sons-en avec le ri­go­risme hy­po­crite ! Il est temps que l’église prêche sa mo­rale sexuelle pour ce qu’elle est : un idéal de vie vers le­quel tendre, et non le rè­gle­ment in­té­rieur d’un pé­ni­ten­cier.

À force de scan­dales sexuels à re­bon­dis­se­ments, l’église tra­verse une crise de cré­di­bi­li­té qui me­nace sa sur­vie même. Mais elle en a vu d’autres, et je gage qu’une fois en­core elle sau­ra pui­ser en elle-même l’ins­pi­ra­tion né­ces­saire pour s’adap­ter aux cir­cons­tances et évi­ter le pire – comme elle l’avait fait ma­gis­tra­le­ment avec la Contre-ré­forme ca­tho­lique.

Et si, dans cet es­prit, au lieu d’énu­mé­rer en boucle les « sens in­ter­dits », l’église in­ver­sait la pers­pec­tive en com­men­çant par té­moi­gner de l’es­sen­tiel : le sens de la vie chré­tienne – à la­quelle nous sommes tous ap­pe­lés, puisque l’éter­ni­té a dé­jà com­men­cé ?

On le voit : la « ré­vo­lu­tion » à la­quelle j’as­pire n’est qu’une « sug­ges­tion de pré­sen­ta­tion », comme on dit chez Mar­mi­ton.org.

Voir, sur le même su­jet, les ar­ticles d’alain Nueil et Paul Thi­baud pages (pages 26-31). •

Le pape Fran­çois au Vatican, fé­vrier 2019.

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