Ex­pie, c'est du belge !

Causeur - - Sommaire N° 68 – Mai 2019 - Par Do­mi­nique Dupont

À la pointe de la re­pen­tance post­co­lo­niale, la Bel­gique ne manque ja­mais une oc­ca­sion de rap­pe­ler qu’elle est l’autre pays du sur­réa­lisme. En ce prin­temps, l’élite des com­mu­ni­cants du Royaume a ain­si mis au point un vé­ri­table concours Lépine de la contri­tion : « Par­don est un dé­but. » Ini­tiée par le col­lec­tif Crea­tive Bel­gium, cette plate-forme per­met à chaque ci­toyen belge d’en­voyer sa lettre d’ex­cuses au peuple congo­lais pour les souf­frances – réelles – en­du­rées du­rant la co­lo­ni­sa­tion. Soixante et un ans après l’ex­po­si­tion uni­ver­selle de Bruxelles res­tée cé­lèbre sous le nom d’« Expo 58 », cer­tains ne cessent de ra­ni­mer le sou­ve­nir des zoos hu­mains qui or­naient le pa­villon belge. Tous les pré­textes sont bons pour re­fu­ser de tour­ner la page : les mi­grants, Tin­tin au Con­go, la ré­ou­ver­ture de l’afri­ca Mu­seum... Inau­gu­rée fin 2018, la nou­velle mou­ture de l’éta­blis­se­ment qui abrite la plus im­por­tante col­lec­tion d’oeuvres et d’objets afri­cains se veut ré­so­lu­ment dé­co­lo­niale. Dès l’en­trée, le vi­si­teur est di­ri­gé vers le dé­pôt des sculp­tures, qui ras­semble di­verses pièces re­ti­rées de la col­lec­tion per­ma­nente en rai­son de leur ca­rac­tère « of­fen­sant ». Dans ce car­ré des pu­nis, on trouve la sta­tue de l’homme léo­pard ou en­core celle d’un né­grier ara­bo­mu­sul­man cap­tu­rant un couple d’afri­cains. Voi­là qui heurte les ré­cits of­fi­ciels pé­tris de ma­ni­chéisme. Ga­geons qu’un in­tel­lec­tuel congo­lais tel que Jean-pierre Nze­za Ka­bu Zex-kon­go se­rait per­so­na non gra­ta au mu­sée pour avoir in­ti­tu­lé l’un de ses livres Léo­pold II, le plus grand chef d’état de l’his­toire du Con­go.

Mais pas­sons au pro­chain épi­sode : la res­ti­tu­tion des oeuvres aux pays afri­cains. Cette mèche al­lu­mée par le pré­sident Macron risque de com­pli­quer la tâche de l’afri­ca Mu­seum si son prin­cipe était ap­pli­qué en Bel­gique. En­core fau­drait-il s’ac­cor­der sur l’au­then­ti­ci­té des pièces. De nom­breuses oeuvres col­lec­tées par l’ins­ti­tu­tion du­rant l’époque co­lo­niale n’ont en ef­fet rien de sa­cré, les chefs de tri­bu ayant pris soin de dis­si­mu­ler les pièces qui avaient de la va­leur pour ne lais­ser que des copies sans grand in­té­rêt. L’avenir ra­vi­ra sans doute les ama­teurs de blagues belges, celles où il suf­fit de sa­voir comp­ter jus­qu’à un pour ne pas se trom­per de de­gré. •

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