Philippe d'iri­barne Islamophob­ie : une arme de pro­pa­gande mas­sive

Causeur - - Sommaire N° 70 – Été 2019 - Pro­pos re­cueillis par Bar­ba­ra Le­febvre

Pro­pos re­cueillis par Bar­ba­ra Le­febvre

Le so­cio­logue Philippe d'iri­barne dé­cape la notion d'« islamophob­ie ». Vé­hi­cu­lée par des groupes fon­da­men­ta­listes, cette im­pos­ture idéo­lo­gique a pour but de di­vi­ser nos so­cié­tés en les ac­cu­sant de ra­cisme. Or, les Fran­çais craignent l'is­la­miste, pas le mu­sul­man.

Cau­seur. Le mot « islamophob­ie » semble être en­tré dans le lan­gage cou­rant, il fi­gure dans le dic­tion­naire de­puis 2005. Quand et comment ce terme a-t-il sur­gi dans l'es­pace du dis­cours in­tel­lec­tuel et po­li­tique oc­ci­den­tal ? Philippe d'iri­barne.

Le dis­cours de l’islamophob­ie a pris son es­sor lors la confé­rence de Dur­ban contre le ra­cisme or­ga­ni­sée par L’ONU en 2001, la­quelle a été un haut lieu de ma­ni­pu­la­tion idéo­lo­gique. Ce dis­cours vise à faire croire que l’oc­ci­dent re­jette glo­ba­le­ment et aveu­glé­ment l’is­lam et les mu­sul­mans. Tout re­gard cri­tique por­té sur quelque trait que ce soit de ce monde, aus­si pro­blé­ma­tique que ce trait puisse être, tel le sta­tut des femmes ou le dé­fi­cit dé­mo­cra­tique, est im­mé­dia­te­ment ac­cu­sé de n’être qu’un pur symp­tôme du re­jet glo­bal de l’is­lam. Le « mu­sul­man », en tant que tel, est pré­sen­té comme vic­time d’un Oc­ci­dent han­té par un refus xé­no­phobe et ra­ciste de l’« autre ».

Comment ex­pli­quez-vous la per­sis­tance dans l'in­tel­li­gent­sia fran­çaise du hia­tus entre un is­lam-spi­ri­tua­li­té qu'on ac­cepte, voire qu'on cé­lèbre, et un is­lam-ordre so­cial qu'on mi­nore sys­té­ma­ti­que­ment ?

L’exis­tence de ces deux di­men­sions de l’is­lam est au coeur de nos dif­fi­cul­tés. L’ordre so­cial dont l’is­lam est por­teur re­fuse à la fois la li­ber­té, comme celle pour un mu­sul­man de se con­ver­tir à une autre re­li­gion ou pour une mu­sul­mane d’épou­ser un non-mu­sul­man, et l’éga­li­té entre hommes et femmes, spé­cia­le­ment dans le droit de la fa­mille. Cet ordre so­cial est clai­re­ment in­com­pa­tible avec les va­leurs car­di­nales de l’oc­ci­dent. Si l’on se pose en dé­fen­seur de l’is­lam, il est donc vi­tal de dé­tour­ner les yeux de tout ce qui s’y rap­porte. Un moyen pri­vi­lé­gié de ce faire est de fo­ca­li­ser l’at­ten­tion sur la di­men­sion spi­ri­tuelle de l’is­lam. Cé­lé­brer avec en­thou­siasme ce qui re­lève de cette di­men­sion est un bon moyen d’as­su­rer une telle fo­ca­li­sa­tion.

De l'af­faire Sal­man Ru­sh­die aux at­ten­tats contre la ré­dac­tion de Char­lie Heb­do, être dé­si­gné à la vin­dicte comme is­la­mo­phobe sus­cite l'ef­froi. Cette in­ti­mi­da­tion par la ter­reur a-t-elle at­teint ses ob­jec­tifs ?

Cette in­ti­mi­da­tion opère à coup sûr. Il est im­pres­sion­nant de ren­con­trer des per­sonnes qui vivent sous pro­tec­tion po­li­cière du fait des me­naces is­la­miques. Il y a aus­si l’in­ti­mi­da­tion par crainte de pro­cès. Quand on écrit sur un su­jet lié à l’is­lam, on a in­té­rêt à se faire re­lire par un bon avo­cat. Mais la ré­sis­tance n’est pas morte. Pour ma part on me dit par­fois que je prends des →

Di­rec­teur de re­cherches au CNRS, Philippe d'iri­barne est so­cio­logue, au­teur d'islamophob­ie : ana­to­mie d'une im­pos­ture.

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