L'an­née de la jupe

Causeur - - Sommaire N° 70 – Été 2019 - Par Daoud Bou­ghe­za­la

Tout le monde se souvient du film La Jour­née de la jupe. Écrite et réa­li­sée par un cer­tain Jean-paul Li­lien­feld, émi­nent chro­ni­queur de Cau­seur, cette mé­téo­rite ci­né­ma­to­gra­phique avait fait tom­ber de leur chaise les cri­tiques des In­rocks et de Té­lé­ra­ma. Et pour cause : grâce à une Isa­belle Ad­ja­ni hors d’elle, Li­lien­feld nous mon­trait un col­lège de ban­lieue sans ja­mais ma­nier le dis­cours de l’ex­cuse. Car si ty­ran­nie il y a, c’est celle de ces pe­tits co­qs tel­le­ment im­pré­gnés de culture pa­triar­cale (la vraie !) qu’ils traitent de p… toute fille osant bra­ver leur au­to­ri­té ou sim­ple­ment por­ter une jupe. Pour dé­fier ces ta­li­bans en sur­vêt, la prof Ad­ja­ni en vient à bra­quer sa classe, ré­cla­mant l’ins­tau­ra­tion d’une jour­née de la jupe du­rant la­quelle le beau sexe se­rait in­vi­té à sor­tir toutes jambes de­hors sans su­bir les quo­li­bets des jeunes mâles. Dix ans après, La Jour­née de la jupe, qui n’a hé­las pas pris une ride, re­vient au théâtre. Ré­cent lau­réat du prix de la Fon­da­tion Bar­rière, ce texte se­ra joué cet été au festival d’avi­gnon avant d’investir les planches du théâtre Tris­tan-ber­nard (Paris 8e) à la ren­trée. Aux âmes sen­sibles qui pré­fèrent ignorer la si­tua­tion des territoire­s per­dus, on rap­pel­le­ra la phrase qu’au­rait pro­non­cée Tris­tan Ber­nard à l’an­nonce de sa dé­por­ta­tion : « Jus­qu’à pré­sent nous vi­vions dans l’angoisse, dé­sor­mais, nous vi­vrons dans l’es­poir. »•

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