CONTE­NU MA­NI­FES­TE­MENT HAI­NEUX

Causeur - - Le Moi De Basile - Par Ba­sile de Koch

Ce moi-ci, c'est dé­ci­dé, je crache mon ve­nin ! Les ma­cro­niens yoyottent de la touffe, Spi­no­za est im­bi­table (sur­tout tra­duit en chi­nois par Ba­diou), et Re­noir est un peintre exé­crable ! C'est bien simple : y a que les jeunes pour re­le­ver le ni­veau. Wesh, gros ?

EN­FIN UN SITE DE REN­CONTRES HAUT DE GAMME ! Ven­dre­di 7 juin

Dé­çu.e par les soi­rées Jac­quie & Mi­chel ? Avec Spi­no­za.fr, faites-vous de nou­velles re­la­tions bac +12 ! Sur ce site dé­dié, vous pour­rez lire et com­men­ter à deux, en toute dis­cré­tion, l’in­té­grale de L’éthique – et plus si af­fi­ni­tés, no­tam­ment sur le Livre III (De Af­fec­ti­bus). À si­gna­ler aus­si, pour les ama­teurs-trices de plai­sir phi­lo­so­phique so­li­taire, le site Spi­no­za­pa­ris8.com, qui met en ligne ses confé­rences men­suelles. Pour une pre­mière ap­proche de la pen­sée du « Prince des phi­lo­sophes », je vous re­com­mande l’in­ter­ven­tion d’alain Ba­diou in­ti­tu­lée « Pour une in­ter­pré­ta­tion nou­velle de la notion d’at­tri­but de l’ab­so­lu » (1 h 43). À titre de mise en bouche, voi­ci une phrase qui éclaire bien, me semble-t-il, la pro­blé­ma­tique de l’on­to­lo­gie spi­no­ziste se­lon Ba­diou : « Le vide est le nom de l’être – de l’in­con­sis­tance – se­lon une si­tua­tion, en tant que la pré­sen­ta­tion nous y donne un ac­cès im­pré­sen­table, donc l’in­ac­cès à cet ac­cès, dans le mode de ce qui n’est pas-un, ni com­po­sable d’uns, et donc n’est qua­li­fiable dans la si­tua­tion que comme l’er­rance du rien. » Bon vi­sion­nage !

PA­NIQUE À MA­CRON BEACH Samedi 15 juin

À la une du Monde cette après-mi­di, ce titre sa­vou­reux : « LRM s’in­quiète d’avoir ins­tal­lé l’ex­trême droite comme seule al­ter­na­tive pos­sible. » Au bout de deux ans ? Sé­rieux ? À ce qu’il pa­raît, face aux ré­sul­tats des eu­ro­péennes, les ma­cro­niens au­raient été sai­sis d’« ef­froi ». Moi je veux bien, mais le seul truc qui n’ait sur­pris per­sonne dans ces élec­tions, c’est quand même le score du match an­non­cé RN-LREM. Que se passe-t-il donc, à l’ombre des grandes têtes molles de la Ma­cro­nie ? Tout a com­men­cé dans nos co­lonnes, rap­pelle fiè­re­ment Le Monde : le 5 juin, Is­maël Eme­lien et David Amiel, conseiller­s ex-of­fi­ciels du pré­sident, y co­si­gnaient une tri­bune ap­pe­lant à « sor­tir du duel entre pro­gres­sistes et na­tio­na­listes ». Faire et dé­faire, c’est tou­jours tra­vailler… Il s’agit d’« évi­ter le pire », comme d’ha­bi­tude. Sauf qu’en deux ans, nos deux cer­veaux ont ré­flé­chi à un truc nou­veau : « Dans notre vie dé­mo­cra­tique, toute op­po­si­tion a vo­ca­tion à de­ve­nir al­ter­nance. » Tu vois le dan­ger ? Une seule solution pour LREM : re­ti­rer au RN son sta­tut d’op­po­sant prin­ci­pal, pa­tiem­ment construit par les deux par­ti(e)s. Philippe Per­son, n° 2 des Mar­cheurs, sug­gère ha­bi­le­ment à cet ef­fet une stra­té­gie de « Front ré­pu­bli­cain » : tout le monde contre l’ex­trême droite, et on n’en par­le­ra plus ! D’autres vont jus­qu’à es­quis­ser d’au­da­cieuses au­to­cri­tiques : « De­puis deux ans, nous sommes très loin du peuple. C’est un su­jet de pré­oc­cu­pa­tion », risque ain­si un député mai­son (sous cou­vert d’ano­ny­mat). Mais c’est en­core et tou­jours Eme­lien qui se montre le plus in­no­vant, avec cette sug­ges­tion épas­trouillant­e : la ma­jo­ri­té n’a qu’à or­ga­ni­ser sa propre op­po­si­tion… au sein de son propre camp ! « Il faut réus­sir à créer de nou­veaux cli­vages, ex­plique-til au Monde. Le terme “progressis­te” re­couvre un spectre large. On peut être pour plus d’éco­lo­gie, plus de territoire­s, etc. Il y a de l’es­pace pour avoir des dé­bats as­sez vifs. » Pu­tain, si c’est ça l’ultime bou­clier de nos li­ber­tés, au­tant de­man­der tout de suite l’asile po­li­tique au pré­sident Kim. Quel­qu’un a le 06 de Moix ?

VOUS VOYEZ LE TA­BLEAU ! Lun­di 17 juin

« Toute l’his­toire de la pein­ture en moins de deux heures ». Sous ce titre faus­se­ment ra­co­leur, Hector

Obalk pro­pose dé­sor­mais chaque mois, au théâtre de l’ate­lier, un éton­nant show cultu­rel. Sa pre­mière qua­li­té, rare, est de s’adres­ser aus­si bien aux ama­teurs d’art qu’aux ama­teurs tout court comme votre ser­vi­teur – juste as­sez culti­vés pour dis­tin­guer un Mi­che­lange d’un Van Gogh. Lors de chaque soi­rée, notre cri­tique d’art en­traîne son pu­blic dans un nou­veau « par­cours ». Il faut dire qu’il y a de quoi faire, dans le labyrinthe des 4 000 toiles sé­lec­tion­nées par ses soins pour re­tra­cer l’his­toire de la pein­ture. Cette mo­saïque tient lieu de fond d’écran, qu’il fait dé­fi­ler en s’ar­rê­tant, ici ou là, sur tels peintres ou écoles à chaque fois dif­fé­rents. La per­for­mance d’obalk tient du cours ma­gis­tral, de la vi­site guidée et du stand-up, car notre éru­dit est aus­si un pince-sans-rire. Deux heures du­rant donc, on s’ins­truit en s’amu­sant ! Ain­si ai-je ap­pris ce soir-là à re­si­tuer dans son contexte Cor­rège, ce « grand peintre ita­lien de la Re­nais­sance de l’école de Parme » (Wi­ki­pé­dia) dont, à ma courte honte, j’ignorais jus­qu’à l’exis­tence. Mais si le spec­tacle est vi­vant, c’est que l’ami Hector n’hé­site pas, le cas échéant, à prendre par­ti har­di­ment. Il nous ex­plique par exemple pour­quoi un bon Gé­ri­cault vaut mieux que De­la­croix, ou ce qui per­met de clas­ser dé­fi­ni­ti­ve­ment Re­noir dans les « mau­vais peintres ». Preuve que le cri­tique est bon pé­da­gogue : ses par­cours in­citent le spec­ta­teur néo­phyte à ap­pro­fon­dir ses connais­sances toutes neuves par des re­cherches per­son­nelles. Pour ma part, en creu­sant un peu le dos­sier Cor­rège, j’ai dé­cou­vert avec bon­heur l’un de ses dis­ciples, que je cite vo­lon­tiers dé­sor­mais comme mon peintre pré­fé­ré : Fran­ces­co Maz­zo­la, dit « Le Par­me­san ».

UN GROS PEUT EN CA­CHER UN AUTRE Mer­cre­di 26 juin

Le saviez-vous ? De­puis plus de dix ans, la vogue de l’in­ter­jec­tion « gros ! » en mi­lieu jeune ne se dé­ment pas. Rien à voir avec l’em­bon­point, il s’agit ici de ponc­tuer ami­ca­le­ment une phrase, comme avec « mec » ou « frère ». (Exemples : Salut, gros !, Wesh, gros ?, etc.) En re­vanche, l’éty­mo­lo­gie de l’ex­pres­sion a don­né lieu ces jours-ci à une po­lé­mique aus­si in­tense qu’éru­dite entre Le Pa­ri­sien et Li­bé­ra­tion. À l’ori­gine, un ar­ticle du pre­mier pré­sen­tant ce « gros » comme le di­mi­nu­tif fran­ci­sé du mot né­gro, très po­pu­laire aux États-unis dans la com­mu­nau­té afro-amé­ri­caine. Deux jours plus tard, Li­bé ré­agit en qua­li­fiant cette ex­pli­ca­tion de « far­fe­lue ». À l’en croire, le mot vien­drait en fait du grand ban­di­tisme, et plus pré­ci­sé­ment de « gros bonnet ». À l’ap­pui de sa thèse, le quo­ti­dien cite le groupe de rap 113 de Vi­try-sur-seine et son tube Ouais gros (1999). Mais Le Pa­ri­sien n’a pas dit son der­nier mot. Dès le len­de­main, il re­vient sur l’af­faire en jouant l’apai­se­ment, non sans traces d’iro­nie : « Nous n’avons pas les cer­ti­tudes de Li­bé­ra­tion. Leur ex­pli­ca­tion, qui à notre tour nous étonne, est plau­sible. Tout comme la nôtre… » Et de ci­ter, entre autres, les tra­vaux de la lin­guiste Au­rore Vin­cen­ti, qui conclut à « une aphé­rèse (chute d’un pho­nème au dé­but d’un mot) de “né­gro” ». « Im­pos­sible d’énon­cer une seule ex­pli­ca­tion in­con­tes­table », concède pour­tant le jour­nal, qui se donne même les gants de men­tion­ner une troi­sième hy­po­thèse pour dé­par­ta­ger les ex ae­quo : se­lon le Dic­tion­naire de la zone, « gros » se­rait en fait « une dé­for­ma­tion de kho, “son frère” en arabe magh­ré­bin ». Faute de cer­ti­tude, ce qui res­sort en tout cas de cette que­relle, c’est un mes­sage d’es­poir sur l’éter­nelle jeu­nesse de la langue fran­çaise, tou­jours prête à s’en­ri­chir des ap­ports de la di­ver­si­té coin-coin. •

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