Causeur

Nos enfants terribles

Ciel, mon Paris, le cabaret politique d'andré Bercoff, nous plonge dans les charmes de la Ville Lumière d'avant-hidalgo. Le comédien Yannis Ezziadi éclaire ce spectacle de sa présence animale.

- Élisabeth Lévy

Paris pollué, Paris tiers-mondisé, Paris dégradé, mais Paris célébré, courtisé, adoré. Si vous faites partie de ceux qui souffrent dans leur chair de voir la Ville Lumière livrée aux touristes et aux marchands, aux bobos et aux ingénieurs sociaux, aux dealers et aux traders, courez au théâtre de poche Montparnas­se assister à Ciel mon Paris !, le « cabaret politique » d’andré Bercoff. Deux heures durant, vous pourrez vous imaginer vivre dans le monde d’avant Anne Hidalgo et même de bien avant. Parfait dans son rôle d’amphytrion réac et ronchon, André Bercoff nous fait voyager à travers les siècles et les quartiers dans le Paris des poètes et des révolution­naires, égrenant anecdotes et citations entre les chansons généraleme­nt endiablées et parfois mélancoliq­ues de Fréhel, Boris Vian, Aristide Bruant, Trenet ou Offenbach, interprété­es par un duo de chanteurs épatants accompagné­s au piano par Simon Froget-legendre et dirigés avec malice et générosité par Stéphan Druet. Avec son faux air de Barbara, Emmanuelle Goizé enchante la salle de sa voix limpide. Quant à Yannis Ezziadi, il éclaire le spectacle de sa présence magnétique et un rien animale. Comme son mentor et ami Michel Fau, Ezziadi, que l’on lit parfois dans Causeur, aime se travestir et jouer sur l’ambiguïté sexuelle. Ainsi n’a-t-il aucun mal à entrer dans la peau d’une prostituée enfermée à Saint-lazare ou à s’approprier le texte hilarant et coquin du « Trou de mon quai » (Dranem). Qu’on ne s’y trompe pas, ce « cabaret politique » est d’abord un cabaret dans la grande tradition de ceux qui ont fait Paris. Couleurs, lumières, paillettes, velours et frous-frous, le plaisir des yeux rehausse encore celui des oreilles. Du coup, l’invité politique, acteur ou observateu­r de la campagne municipale, que Bercoff interroge pendant une demi-heure, n’a pas la partie facile. L’intérêt de cette séquence est que, l’invité changeant chaque soir, elle introduit une inconnue, une promesse de surprise, dans le déroulemen­t du spectacle. Mais il faut bien admettre que, quand le verbe des poètes et des artistes nous transporte, la parole des politiques a tendance à nous désenchant­er. •

 ??  ?? Ciel mon Paris ! Cabaret politique animé par André Bercoff et mis en scène par Stéphan Druet. Théâtre de poche Montparnas­se,
75, boulevard du Montparnas­se, 75006 Paris.
Lundi et samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures 30, jusqu’au 9 avril.
Ciel mon Paris ! Cabaret politique animé par André Bercoff et mis en scène par Stéphan Druet. Théâtre de poche Montparnas­se, 75, boulevard du Montparnas­se, 75006 Paris. Lundi et samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures 30, jusqu’au 9 avril.
 ??  ?? Yannis Ezziadi (à droite), dans Ciel, mon Paris !, un cabaret politique d'andré Bercoff (à gauche).
Yannis Ezziadi (à droite), dans Ciel, mon Paris !, un cabaret politique d'andré Bercoff (à gauche).

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