Causeur

C'ÉTAIT ÉCRIT LE RETOUR DE CAPTAIN CAP

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c'est que la fiction précède souvent la réalité. La littératur­e prévoit l'avenir. Cette chronique le prouve.

- Par Jérôme Leroy

Il faut reconnaîtr­e que la campagne des municipale­s 2020 pour Paris et les propositio­ns d’un certain nombre de candidats parmi les plus en vue ne sont pas sans provoquer un certain étonnement, voire une franche hilarité. Dans quelle boîte à idées Anne Hidalgo a-t-elle, par exemple, trouvé l’idée de supprimer 60 000 places de parking et Benjamin Griveaux l’intention de transforme­r la gare de l’est en un « Central Park » qui serait, selon le cliché consacré, un nouveau « poumon vert » pour la capitale ?

On a bien une petite idée : inutile d’aller chercher du côté d’un mystérieux think tank écolo-social-libéral. Tout était déjà dans le formidable programme électoral du Captain Cap, candidat dans la deuxième circonscri­ption du 9e arrondisse­ment en 1893. On se reportera avec bonheur, pour en savoir un peu plus, au livre d’alphonse Allais paru en 1902, Le Captain Cap, ses aventures, ses idées, ses breuvages. Ce qui a sans doute plu à Anne Hidalgo, Benjamin Griveaux et même Cédric Villani, en cette époque où l’on a honte de ses propres étiquettes politiques, c’est que le Captain Cap vient de la société civile. Marin et baroudeur, il avait notamment découvert « des mines de charcuteri­e » aux États-unis.

« Homme neuf, j’arrive avec des idées neuves. Je veux vous faire profiter de ces idées, et c’est pourquoi je viens à vous. Si vous me nommez, c’est un honnête homme que vous élirez. Je ne crois pas devoir en dire davantage », déclaret-il dans sa profession de foi que Cédric Villani aurait pu faire sienne, lui qui écrit dans son programme : « En me présentant à la mairie de Paris, je ne cherche ni la notoriété, ni un métier. Dans cette élection, je suis certaineme­nt le seul candidat qui ne soit pas un homme politique profession­nel, et je n’aspire pas à le devenir. »

Le Captain Cap a existé, au moins en partie. Il s’appelait Albert Capron, il s’est effectivem­ent présenté et a recueilli 143 voix, essentiell­ement celles des écrivains venus de la bande des Hydropathe­s, qui écumaient le Quartier latin et le cabaret du Chat noir, à Montmartre. Un certain nombre de propositio­ns du Captain Cap ne sont guère plus absurdes que celles qu’on peut lire ici et là aujourd’hui : « La place Pigalle, port de mer », a-t-elle beaucoup à envier à Paris-plage ou au projet d’anne Hidalgo de « création de forêts urbaines, place de l’hôtel-de-ville » alors que déjà, en 2014, NKM voulait aménager les stations de métro abandonnée­s en « lieux de conviviali­té comme des piscines » ? Le problème, c’est qu’alphonse Allais et Albert Capron étaient des maîtres de l’humour et du canular aimable, alors qu’aujourd’hui nous avons affaire à des candidats au sérieux en acier trempé. •

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