Causeur

Noir Brésil

- Par Frédéric de Natal

Au Brésil, on ne plaisante pas avec l’esclavage. Nommé à la tête de la Fondation Palmares, une organisati­on chargée de promouvoir les valeurs culturelle­s, historique­s, sociales et économique­s de la société noire au Brésil, Sergio Camargo en a fait l’amère expérience. Quelle mouche a donc piqué ce bolsonaris­te au teint chocolat et descendant d’esclaves affranchis à la veille de la chute de la monarchie en 1889 pour qu’il déclare sur les réseaux sociaux que l’esclavage avait été « bénéfique pour les Afro-descendant­s » ? Suspendu de ses fonctions à la fin de l’année dernière, ce « Noir de droite » revendiqué a finalement été réintégré courant février sur décision de la Cour suprême. Réjoui par son retour en grâce, Camargo a brocardé le « racisme Nutella » qui bloque tout débat au Brésil, ajoutant que « les Noirs se plaignent parce qu’ils sont stupides et mal informés par la gauche ». S’agaçant des quotas de Noirs que la gauche a imposés dans l’administra­tion avant l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro, se disant « anti-victimaire et ennemi du politiquem­ent correct », Camargo invite les artistes noirs qui l’exècrent à « rester au Congo » ! Alors que L’AFP le qualifie de « négationni­ste du racisme », la professeur­e d’histoire brésilienn­e à l’université Howard de Washington, Ana Lucia Araujo, dénonce dans sa nomination « une tentative de détruire ce qui a été conquis par les Afro-brésiliens et les mouvements noirs brésiliens depuis la fin de la dictature militaire ». Un Noir suspecté de saper les droits de sa communauté, cela s’appelle un « native informant » en langage indigénist­e. Un concept substantie­llement bien plus raciste que toutes les provocatio­ns réunies de l’équipe Bolsonaro. •

 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from France