PUP­PY­VET, la consul­ta­tion de pré-adop­tion

City Pattes - - CHIENS & CHATS -

L’adop­tion d’un ani­mal de com­pa­gnie est une for­mi­dable aven­ture à condi­tion de ne pas se trom­per sur le choix de son fu­tur com­pa­gnon.

Parce qu'il a trop sou­vent ren­con­tré des per­sonnes désem­pa­rées suite à une er­reur de « cas­ting », Be­noît Thien­pont, vé­té­ri­naire en Gi­ronde a dé­ci­dé de lan­cer le ser­vice PUP­PY­VET. Le prin­cipe : per­mettre aux fu­turs pro­prié­taires de bé­né­fi­cier d'une in­for­ma­tion « éclai­rée, pro­fes­sion­nelle » avant d’ac­cueillir un chien. L’ob­jec­tif : ré­duire les risques d’aban­dons ou d’eu­tha­na­sie. Et qui mieux que le vé­té­ri­naire, pro­fes­sion­nel de la san­té ani­male, pour conseiller le fu­tur pro­prié­taire dans sa dé­marche d’ac­qui­si­tion ?

Ci­ty-pattes : Pup­py­vet est une ini­tia­tive Gi­ron­dine, pou­vez-vous nous en dire plus ? Be­noît Thien­pont :

C’est une idée que j’ai lon­gue­ment mû­ri avant de la concré­ti­ser il y a quelques mois grâce au sou­tien du SDVEL33 (Syn­di­cat Dé­par­te­men­tal d’exer­cice Li­bé­ral de la Gi­ronde).

Vivre avec un chien doit être une belle his­toire et heu­reu­se­ment, c’est très sou­vent le cas ! Mais par­fois, il ar­rive que la co­ha­bi­ta­tion vire au drame. Lorsque nous es­sayons de com­prendre pour­quoi ce­la n’a pas fonc­tion­né, nous consta­tons sou­vent que dès le dé­part, avant même l’ar­ri­vée de l’ani­mal dans la fa­mille, il y avait un dé­faut de ré­flexions et de conseils. L’ob­jec­tif de Pup­py­vet est d’en­cou­ra­ger les fu­turs pos­ses­seurs à se rendre chez le vé­té­ri­naire de leur quar­tier pour ob­te­nir des conseils préa­lables à l’ac­qui­si­tion.

CP : Quels sont les risques lors de l’ac­qui­si­tion d'un chiot ou d'un chien ? BT :

Le pre­mier est de ne pas me­su­rer à sa juste me­sure le ni­veau de contraintes qu’im­plique l’adop­tion d’un chien en termes d’édu­ca­tion, de dis­po­ni­bi­li­té, d’es­pace de vie et de coût liés à l’ali­men­ta­tion et aux soins. L’achat im­pul­sif est in­ter­dit !

En­suite, la ten­ta­tion peut être grande de s’af­fran­chir de la lé­gis­la­tion en ce qui concerne l’ac­qui­si­tion d’un chien. Il faut sa­voir que ces lois, sou­vent vo­tées grâce au lob­bying utile des as­so­cia­tions de pro­tec­tion ani­males, pro­tègent à la fois les chiens et les fu­turs pro­prié­taires. Ne pas les res­pec­ter, c’est fa­vo­ri­ser les ré­seaux de tra­fic d’ani­maux.

Le choix de la race doit être per­ti­nent. Il y a des cri­tères ob­jec­tifs : la taille, l’en­tre­tien, le tem­pé­ra­ment et les ap­ti­tudes. La ques­tion du lien entre race et com­por­te­ment est plus dé­li­cate et di­vise en­core les spé­cia­listes : le com­por­te­ment est la ré­sul­tante de nom­breux fac­teurs qui ne sont pas seule­ment gé­né­tiques.

En­fin, de mau­vaises condi­tions d’éle­vage peuvent nuire au bon dé­ve­lop­pe­ment du chiot (ma­la­dies, pro­blèmes com­por­te­men­taux). Une vi­site sur place dans l’éle­vage s’im­pose.

Mais pour ter­mi­ner po­si­ti­ve­ment, le plus grand risque lors de l’ac­qui­si­tion d’un chien reste quand même de dé­ve­lop­per une dé­pen­dance af­fec­tive !

CP : Les pro­prié­taires sont-ils suf­fi­sam­ment in­for­més ? BT :

Seul un pro­prié­taire sur deux es­time avoir re­çu suf­fi­sam­ment d’in­for­ma­tions avant l’ac­qui­si­tion de son chien. Le chiffre est is­su d’une en­quête réa­li­sée en 2016, au­près de 1660 pro­prié­taires de chien, par une as­so­cia­tion de pro­tec­tion ani­male au Royaume Uni, le PDSA (People’s Dis­pen­se­ry for Sick Ani­mals). Si les fu­turs ac­qué­reurs n’hé­sitent pas à consul­ter in­ter­net, les éle­veurs, les ani­ma­le­ries ou en­core leurs proches… ils font ra­re­ment la dé­marche de prendre conseil au­près d’un vé­té­ri­naire.

Notre stra­té­gie n’est pas de dis­tri­buer les bons ou les mau­vais points entre les dif­fé­rents ré­seaux d’adop­tion : éle­veurs, re­fuges, ani­ma­le­ries, par­ti­cu­liers. Elle est plu­tôt de don­ner au fu­tur ac­qué­reur la ca­pa­ci­té d’ap­pré­cier les pro­po­si­tions faites et de prendre sa dé­ci­sion en connais­sance de cause.

CP : Faire ap­pel à un vé­té­ri­naire avant d'ac­qué­rir un chien n'est pas une dé­marche cou­rante.... BT :

Ef­fec­ti­ve­ment, les sol­li­ci­ta­tions spon­ta­nées de la part de fu­turs ac­qué­reurs se comptent sur les doigts d’une patte… Et pour au­tant, ces ques­tions sont le coeur de notre mé­tier et de nos com­pé­tences. Nous sommes des pro­fes­sion­nels in­dé­pen­dants et nos struc­tures sont or­ga­ni­sées pour re­ce­voir et in­for­mer du pu­blic. Très sou­vent nos as­sis­tantes et nous-mêmes pro­di­guons des conseils no­tam­ment sur la pré­ven­tion des ma­la­dies et des troubles com­por­te­men­taux. Nous avons donc en­core des pro­grès à faire pour être per­çus comme des par­te­naires utiles, et non pas comme un pas­sage obli­gé pour les vac­cins et les soins.

CP : Le ser­vice Pup­py­vet est en phase de lan­ce­ment. Quels sont vos ob­jec­tifs ? BT :

La Gi­ronde est une zone test. La pre­mière étape a été de tes­ter l’idée au­près de la pro­fes­sion et du grand pu­blic : l’ac­cueil très fa­vo­rable nous en­cou­rage à pour­suivre la dé­marche.

Un tra­vail préa­lable en in­terne va être main­te­nant né­ces­saire pour mettre en oeuvre des sup­ports de com­mu­ni­ca­tion adap­tés à toutes les struc­tures. Chaque vé­té­ri­naire or­ga­ni­se­ra à sa guise le for­mat pour ré­pondre aux sol­li­ci­ta­tions : en­tre­tien avec les as­sis­tantes, en­tre­tien en vis-à-vis, mi­ni-confé­rences avec un pu­blic li­mi­té etc. Le chal­lenge se­ra en­suite de tou­cher des per­sonnes qui ne fré­quentent pas en­core nos struc­tures puis­qu’elles ne pos­sèdent pas en­core de chien. Ce­la va de­man­der du temps et de l’éner­gie, mais nous sommes mo­ti­vés !

Si nous pou­vons contri­buer à di­mi­nuer les aban­dons, les nui­sances et les pro­blèmes sa­ni­taires par une meilleure in­for­ma­tion en amont de l’ac­qui­si­tion, nous se­rons com­blés. Les vé­té­ri­naires se sont don­nés comme ob­jec­tif d’être « les ga­rants de la qua­li­té du lien qui unit l’homme à l’ani­mal »… une belle mis­sion à ac­com­plir !

Be­noît Thien­pont, ini­tia­teur du pro­jet

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