QUAND LA FRANCE VOIT ROUGE

Alors que l’épi­dé­mie tend à s’em­bal­ler et que le gou­ver­ne­ment se veut ferme, cer­tains élus af­fichent leur désac­cord.

CNEWS - Bordeaux - - LA UNE -

Dur­cis­se­ment et exas­pé­ra­tion.

Pour évi­ter un nou­vel em­bal­le­ment de l’épi­dé­mie de Co­vid-19, qui re­gagne du ter­rain en France, le gou­ver­ne­ment a dé­ci­dé d’im­po­ser un nou­veau tour de vis, mer­cre­di soir. Mais si, dé­sor­mais, 69 dé­par­te­ments dé­passent le seuil d’alerte des 50 nou­veaux cas pour 100 000 ha­bi­tants, ces me­sures sont contes­tées, sur­tout à Mar­seille, où elles sont les plus dras­tiques. Dès de­main, les bars et res­tau­rants y se­ront en ef­fet fer­més pen­dant au moins deux se­maines. Les élus y voient une dé­ci­sion «uni­la­té­rale, in­adap­tée et in­juste». Entre l’Etat et les ré­gions se joue donc une guerre des nerfs sur fond de crise sa­ni­taire.

Une ba­taille à coups d’ar­gu­ments La maire éco­lo­giste de Mar­seille, Mi­chèle Ru­bi­ro­la, a, par exemple, dé­non­cé hier une si­tua­tion «in­ad­mis­sible», chiffres à l’ap­pui. «Il y a une sta­bi­li­sa­tion du taux de po­si­ti­vi­té au­tour de 7 à 8 % à Mar­seille. C’est éle­vé mais à Pa­ris, c’est 10 %», a-t-elle fait va­loir sur Fran­cein­fo. Dans la ci­té pho­céenne, des signes en­cou­ra­geants ont été consta­tés et un pla­teau semble s’es­quis­ser. Mais dans les

Bouches-du-Rhône, qui ont connu une flam­bée de cas pen­dant l’été, même si le nombre de nou­veaux cas baisse, les hô­pi­taux conti­nuent de se rem­plir. Sur l’en­semble de la France, 1 000 per­sonnes étaient hos­pi­ta­li­sées en ré­ani­ma­tion, hier, pour des formes graves de Co­vid-19. Une pre­mière de­puis juin. Dans ce contexte, il est peu pro­bable que le gou­ver­ne­ment ac­cepte d’ac­cor­der à Mar­seille un dé­lai sup­plé­men­taire de dix jours, pour­tant ré­cla­mé hier. Ailleurs, dans les mé­tro­poles de Lille, Tou­louse, Saint-Etienne, Rennes, Rouen, Gre­noble, Mont­pel­lier et Pa­ris, clas­sées en «zone d’alerte ren­for­cée», soit le ni­veau d’alerte juste en des­sous de ce­lui de Mar­seille, une cer­taine in­com­pré­hen­sion est de mise. Comme ses ho­mo­logues mar­seillais, Anne Hi­dal­go a ain­si éga­le­ment dé­non­cé hier «des me­sures très res­tric­tives prises sans concer­ta­tion». Dans le vi­seur de la maire de Pa­ris, la fer­me­ture pré­vue, dès lun­di, des bars et res­tau­rants à par­tir de 22h. Là en­core, le gou­ver­ne­ment s’ap­puie sur des in­di­ca­teurs épi­dé­miques dé­gra­dés, ce que l’AP-HP n’a fait que confir­mer. Consé­quence im­mé­diate : l’éta­blis­se­ment pu­blic en charge des hô­pi­taux fran­ci­liens a an­non­cé hier de pre­mières dé­pro­gram­ma­tions d’opé­ra­tions chi­rur­gi­cales pour se te­nir prêt à ré­agir.

Des consé­quences re­dou­tées

Mais si les don­nées épi­dé­miques semblent don­ner rai­son au gou­ver­ne­ment, le prix à payer risque d’être très éle­vé. Au ni­veau éco­no­mique d’abord, les pro­fes­sion­nels du tou­risme et des loi­sirs, dé­jà très éprou­vés par la crise, n’ont pas hé­si­té à par­ler de «cau­che­mar», et ont fait part de leurs craintes de voir gé­né­ra­li­sées à toute la France les fer­me­tures strictes im­po­sées aux éta­blis­se­ments de la mé­tro­pole d’Aix-Mar­seille. Et si de «nou­velles me­sures de sou­tien» sont à l’étude, se­lon une source gou­ver­ne­men­tale, il n’est pas sûr qu’elles suf­fisent à re­don­ner confiance aux Fran­çais, dé­jà du­re­ment éprou­vés. Au­jourd’hui, seul un son­dé sur trois (35 %) es­time le gou­ver­ne­ment à même de gé­rer la crise, se­lon un son­dage YouGov pu­blié le mois der­nier. Un vent fa­vo­rable pour les op­po­si­tions qui, dans la pers­pec­tive des pro­chaines échéances élec­to­rales, pour­raient en pro­fi­ter. ■

Dans plu­sieurs mé­tro­poles fran­çaises, dont Pa­ris et Mar­seille, les me­sures de res­tric­tion ne font pas l’una­ni­mi­té.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.