LA SE­MAINE DE PHI­LIPPE LA­BRO

L’ac­tua­li­té est si di­verse, si pas­sion­nante, que votre ch­ro­ni­queur va avoir re­cours, comme sou­vent, au prin­cipe du car­net de notes.

CNEWS - Lille - - LA UNE - PHI­LIPPE LA­BRO Phi­lippe La­bro p.la­bro@cnews­ma­tin.net

«Ahu­ris­sant», c’est l’un des termes uti­li­sés par la presse (en par­ti­cu­lier Le Parisien) pour dé­fi­nir les ba­tailles au mor­tier en plein jour dans le quar­tier de Bel­le­ville, à Pa­ris. «Ef­frayant» de­vrait être l’autre ad­jec­tif pour la tue­rie de Saint-Ouen, qui a fait deux morts, quelques jours plus tard. Est-ce une autre sorte d’épi­dé­mie, cette vio­lence, ces rè­gle­ments de comptes, cette réa­li­té d’un monde qui n’est même plus sou­ter­rain, ce­lui de la drogue, avec ses caïds et sa loi ? Le pro­blème, c’est qu’on ne règle pas cette épi­dé­mie-là avec des masques ou du gel hy­dro­al­coo­lique.

Etats-Unis. Le 45e pré­sident des EtatsU­nis conti­nue de stu­pé­fier par son culte du dé­ni, son obs­ti­na­tion à re­fu­ser la réa­li­té. Face à la vague d’in­cen­dies qui ra­vage l’ouest amé­ri­cain, Do­nald Trump dit : «Ça va re­froi­dir.» On lui ex­plique que tout ce­la est une con­sé­quence du chan­ge­ment cli­ma­tique, il ré­pond : «La science ne sait pas tout.» J’ai beau être, mal­heu­reu­se­ment, ha­bi­tué à dé­cou­vrir, presque chaque jour, une nou­velle in­con­grui­té de Trump, j’éprouve tou­jours la même peine pour les Amé­ri­cains. Et la même crainte pour l’ave­nir de leur dé­mo­cra­tie. Le nou­veau livre de Bob Wood­ward (Rage) se ter­mine par la cer­ti­tude que Trump n’est pas «apte pour exer­cer sa fonc­tion». D’ac­cord, très bien, sauf que c’est lui qui oc­cupe la Mai­son Blanche. Il est «in­cumbent» – c’est-à-dire «ti­tu­laire», en place –, et la ques­tion de­meure : est-il in­dé­bou­lon­nable ? L’ac­cord de paix qu’il vient de su­per­vi­ser entre Is­raël et les pays du Golfe est, qu’on le veuille ou non, un beau «coup» pour lui.

Ten­nis. Ra­fraî­chis­sante et in­té­res­sante, la vic­toire de Do­mi­nic Thiem à l’US Open (après avoir per­du les deux pre­miers sets). Le joueur de ten­nis au­tri­chien sonne-t-il l’heure de la re­lève gé­né­ra­tion­nelle ? Le pro­chain Ro­landGar­ros peut ap­por­ter un sem­blant de ré­ponse.

Art. Le 6 sep­tembre der­nier, à 81 ans, Gé­rard Fro­man­ger, l’un de nos plus grands ar­tistes contem­po­rains, a inau­gu­ré, au théâtre des Bouffes du Nord, à Pa­ris, un pla­fond de 25 m2 : Pein­tu­reMonde, sens des­sus des­sous 2020. C’est un ex­ploit, d’au­tant qu’il a été réa­li­sé par un homme qui vient de sur­mon­ter un can­cer et a vé­cu plus d’une an­née de chi­mio­thé­ra­pie. J’aime et j’ad­mire Fro­man­ger. Il res­pire l’op­ti­misme, la vo­lon­té de vivre. Si vous êtes parisien, al­lez voir son oeuvre aux Bouffes du Nord, dans le 10e ar­ron­dis­se­ment, bou­le­vard de la Cha­pelle.

Té­lé­vi­sion. Ain­si donc, Jean-Pierre Per­naut, avec sa­gesse et lu­ci­di­té, dé­cide d’aban­don­ner son ren­dez- vous du 13 Heures de TF1, après trente-deux ans de pré­sence quo­ti­dienne. L’amu­sant, c’est que les beaux es­prits qui se gaus­saient de ses choix du ter­roir, de sa proxi­mi­té avec la France dite «pro­fonde», sa­luent au­jourd’hui son bi­lan, ses op­tions. C’était, en ef­fet, la preuve d’une rare in­tui­tion, celle d’avoir axé le 13 Heures de cette ma­nière. Per­naut était en avance sur son temps. L’épi­dé­mie de Co­vid et le confi­ne­ment ont fait re­ve­nir à la sur­face le be­soin vis­cé­ral de la réa­li­té des ré­gions, le poids de notre pa­tri­moine, la cer­ti­tude que si nous sommes un pays qui s’adapte à toute mo­der­ni­té – comme la 5G –, nous sommes aus­si, et plus qu’au­tre­fois, at­ta­chés à ce que j’ap­pel­le­rais la «culture du vil­lage». La France est ca­pable de prouesses tech­no­lo­giques. Elle n’en a pas moins tou­jours be­soin de boire un ca­fé au bis­trot du coin.

Lit­té­ra­ture. Les pre­mières listes des sé­lec­tions des prix lit­té­raires viennent de sor­tir. Au­cun pro­nos­tic pos­sible à cette heure. Une ques­tion tou­te­fois : les ju­rés du prix Gon­court, du Re­nau­dot ou en­core du Fe­mi­na, vont-ils, eux aus­si, adap­ter leur choix à l’air du temps, aux mul­tiples chan­ge­ments de so­cié­té que cette étrange an­née 2020 a im­po­sés ? A suivre. ■

Le pré­sident amé­ri­cain mul­ti­plie les dé­cla­ra­tions stu­pé­fiantes, en s’obs­ti­nant à nier le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique.

Per­naut : trente-deux ans de suc­cès.

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