Le pe­tit gi­bier de mon­tagne vic­time du tou­risme

Connaissance de la Chasse - - Currier -

Abon­né à votre re­vue de­puis plu­sieurs an­nées, et après avoir été in­ter­pel­lé par nombre de vos ar­ticles re­la­tifs à la ges­tion du gi­bier, par les chas­seurs que nous sommes, je me dé­cide à vous de­man­der de l’aide pour une cause que je pense hé­las dé­jà per­due… Ha­bi­tant de­puis peu sur une com­mune du mas­sif de Bel­le­donne (Isère), de­ve­nu le per­pé­tuel ter­rain de jeu des Gre­no­blois, force m’est d’ad­mettre que l’ex­tinc­tion du pe­tit gi­bier de mon­tagne (té­tras-lyre, per­drix, blan­chots…) s’im­pose comme une triste évi­dence. Mal­gré des plans de chasse dras­tiques (1 bague par an pour le coq), ces es­pèces dis­pa­raissent peu à peu du mas­sif. Chaque week-end, ce sont 300 à 400 vé­hi­cules qui gra­vissent le col du Ba­rioz, ache­mi­nant une foule d’ “éco­lo­gistes” en herbe, ama­teurs de vtt, de ski, de ran­don­née, etc., et qui, em­pê­chant la faune d’hi­ver­ner dans de bonnes condi­tions et de se re­pro­duire, ré­duisent à néant les ef­forts des chas­seurs. Pire en­core, ces per­sonnes, qui ne se gênent pas d’ar­pen­ter des ter­rains pri­vés, croient naï­ve­ment être les conser­va­teurs de ces lieux, et vou­draient par consé­quent y faire in­ter­dire la chasse au pré­texte de mieux y exer­cer leur propre “pré­da­tion”. Cette an­née, dé­çu de n’avoir le­vé qu’une seule poule, au cours de mes nom­breuses sor­ties (même constat pour les trois autres chas­seurs mon­ta­gnards de la com­mune), j’ai pris la décision de rac­cro­cher à la fois mon Kor­thals et mon fu­sil. Ex­po­sant mes pré­oc­cu­pa­tions à mes ca­ma­rades, tout comme aux pro­prié­taires de­ve­nus pour cer­tains in­dé­si­rables sur leurs terres, l’idée de me­ner une action re­layée par un quel­conque sou­tien est de­ve­nue pour moi une évi­dence. Aus­si, suis-je à la re­cherche de con­tacts par­ta­geant les mêmes pré­oc­cu­pa­tions. » chris­to­phe­cor­[email protected] Un constat na­vrant… et loin d’être iso­lé. Voi­ci quelques jours seule­ment, un dres­seur de la ré­gion Paca, lui-même ama­teur de chasse aux té­tras-lyres et bar­ta­velles, nous fai­sait part des mêmes in­quié­tudes. L’âge moyen du chas­seur en aug­men­ta­tion constante, ain­si que les plans de chasse tou­jours plus ri­gou­reux, au­raient dû en théo­rie conduire à une amé­lio­ra­tion des ef­fec­tifs de ces es­pèces sen­sibles. Or, mal­gré ces ef­forts, la réa­li­té est tout autre. La plu­part des dé­par­te­ments, dits de mon­tagne, constatent en ef­fet un re­cul de leurs po­pu­la­tions. Les causes sont di­verses et mul­tiples : fer­me­ture du mi­lieu, dé­ve­lop­pe­ment d’un pâ­tu­rage ex­ten­sif dé­trui­sant la vé­gé­ta­tion basse, etc., mais sur­tout dé­ran­ge­ment in­tem­pes­tif de ces oi­seaux en pé­riode hi­ver­nale ou de re­pro­duc­tion. Pour in­for­ma­tion, le té­tras-lyre perd en­vi­ron un tiers de son poids l’hi­ver ve­nu. Oi­seau très mé­fiant, il s’en­fuit sys­té­ma­ti­que­ment dès lors que quel­qu’un s’ap­proche de son abri creu­sé dans la neige. Des en­vols ré­pé­tés en hi­ver nuisent gra­ve­ment à son équi­libre – perte des ré­serves de graisse, stress, dis­per­sion du groupe – et le conduisent à une mort qua­si cer­taine. Le ski hors-piste, la construc­tion de re­mon­tées au coeur de son ha­bi­tat, ou la ran­don­née en ra­quettes sont donc au­tant de risques de dé­ran­ge­ment, en une pé­riode cru­ciale pour la sur­vie de l’es­pèce. De la même fa­çon, au prin­temps, ce sont vé­té­tistes et ran­don­neurs qui im­por­tunent, le plus sou­vent par igno­rance, ces vo­la­tiles au mo­ment dé­ci­sif et dé­li­cat de leur re­pro­duc­tion. Forts de ces constats, nombre de com­munes al­pines ont pris, à juste titre, des me­sures des­ti­nées à sau­ve­gar­der ces es­pèces vul­né­rables : créa­tion de zones vierges de toute ac­ti­vi­té hu­maine, in­ter­dic­tion des zones d’hi­ver­nage aux skieurs hors-piste, li­mi­ta­tion du pas­sage des ran­don­neurs aux sen­tiers ba­li­sés, in­ter­dic­tion des chiens en li­ber­té, etc. C’est un pre­mier pas, mais en­core faut-il que ces consignes soient res­pec­tées. Si in­ter­dire reste in­évi­table, la so­lu­tion passe plus pro­ba­ble­ment par l’édu­ca­tion de nos jeunes conci­toyens, tant sur le plan ci­vique que sur le plan éco­lo­gique au sens noble du terme. Car force est d’ad­mettre que nombre d’entre eux ne sont pas ou peu conscients de la fra­gi­li­té de Dame Na­ture et de ses hôtes. Plu­sieurs ini­tia­tives ont dé­jà été prises dans ce sens, à l’ins­tar du pro­gramme Eko­lien pro­po­sé par la Fnc. Chaque an­née, ce sont ain­si 80 000 élèves de pri­maire, dans un cadre sco­laire ou pé­ri­sco­laire, qui bé­né­fi­cient de l’ex­pé­rience des ani­ma­teurs na­ture af­fi­liés aux Fdc. Connaître la faune, prendre conscience de la sau­ve­garde des dif­fé­rents mi­lieux, tels sont les ob­jec­tifs fixés par Eko­lien, dont le conte­nu est adap­té aux pro­grammes de l’en­sei­gne­ment pri­maire, dé­fi­nis par le mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion. L’ave­nir de notre pa­tri­moine fau­nique, et par consé­quent l’exer­cice de notre loi­sir, dé­pend de la prise de conscience.

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