Ques­tions de temps

Connaissance de la Chasse - - Sommaire -

Réa­li­sons-nous le pri­vi­lège que nous dé­te­nons ? Les pri­vi­lèges. Ce­lui de por­ter une arme, li­bre­ment, à tra­vers bois et champs. Ce­lui de par­cou­rir des ter­ri­toires plus ou moins vastes, plus ou moins pres­ti­gieux, que nous ne sau­rions ou ne pour­rions fou­ler au­tre­ment. Ce­lui en­core, et il est es­sen­tiel, de faire abs­trac­tion du temps. Quand je chasse, le temps n’existe pas. L’ani­mal et la plante comptent in­tel­li­gem­ment en sai­sons. Pour sa part, l’homme a in­ven­té le sys­tème – ma­so­chiste voire sui­ci­daire – de l’hy­per seg­men­ta­tion du temps. An­nées, mois, heures, mi­nutes, se­condes, nous tron­çon­nons le temps à l’in­fi­ni, et à nos dé­pens. Et de cou­rir der­rière ce­lui-ci, avec l’es­poir vain de le rat­tra­per. Par bon­heur, l’en­vol du fai­san nous ex­trait de cette fi­chue et très re­la­tive no­tion hu­maine. Le dé­part sou­dain et fur­tif de la bé­casse ne dure que quelques se­condes, et pour­tant il happe nos sens et notre conscience un temps in­dé­fi­ni. La briè­ve­té s’ef­face de­vant l’in­ten­si­té de la scène, face au sen­ti­ment de vivre plei­ne­ment le mo­ment. Un so­li­taire au saut du layon, un grand cerf fou­lant la hê­traie, un bon bro­card bon­dis­sant, au­tant d’ins­tants réel­le­ment courts mais que l’on vit telles d’in­ter­mi­nables épo­pées. Double ef­fet et double ver­tu alors que l’on se re­mé­more ces scènes, échap­pant de nou­veau à la loi du sa­blier.

Le temps abo­li d’un cô­té, l’im­mé­dia­te­té de l’autre. Nous avions dé­jà évo­qué dans ces co­lonnes les ra­vages d’in­ter­net et des ré­seaux dits so­ciaux qui col­portent en 1 se­conde et mon­dia­le­ment les pires ru­meurs, et ac­cablent l’in­di­vi­du. Nos amis Luc Al­phand et Pas­cal Ol­me­ta en firent les frais. [cf. n° 488 de dé­cembre 2016, page 36]. Zim­babwe, juillet 2015. Vous sou­ve­nez-vous de ce grand fé­lin pis­té et tué par un ar­cher amé­ri­cain ? Le lion s’ap­pe­lait Ce­cil. Un nom avait été don­né à la mas­cotte du parc de Hwange, la­quelle eut le grand tort de sor­tir de la ré­serve. Re­mé­mo­rez­vous le scan­dale dans les mé­dias. Le chas­seur fut cons­pué, ri­di­cu­li­sé, in­sul­té, menacé de mort. Sa vie per­son­nelle et pro­fes­sion­nelle de­vint un en­fer. Haro sur le bon­homme. Res­pon­sable ! Cou­pable ! Tri­bu­nal ! Chaque jour char­riait son lot d’ac­cu­sa­tions im­pla­cables. Der­rière leurs ca­mé­ras et mi­cros, des chro­ni­queurs nar­quois et épa­tés de leur au­dace se payaient la tête du chas­seur. Certes Wal­ter Pal­mer et son guide Theo Bron­khorst échap­paient à la guillo­tine ou à la chaise élec­trique, mais ils avaient été condam­nés à la mise à mort mé­dia­tique. Un tri­bu­nal zim­babwéen vient de rendre son ver­dict. Mes­sieurs Pal­mer et Bron­khorst sont dé­fi­ni­ti­ve­ment in­no­cen­tés. Mais ce­la, tout le monde s’en f… [lire page 99] Fi­na­le­ment, de­puis les jeux du cirque et la place de Grève, nous n’avons guère évo­lué. Au­cune pi­tié pour qui est je­té dans l’arène mé­dia­tique.

Pen­dant ce temps-là, ils oeuvrent. Ils, ce sont les chas­seurs na­tu­ra­listes et ges­tion­naires, ce sont les res­pon­sables as­so­cia­tifs. Au­tant de pe­tits saints cy­né­gé­tiques qui s’ac­tivent in­las­sa­ble­ment à la dé­fense de la na­ture et de la chasse, avec guère de moyens, sans at­tendre ni re­mer­cie­ment ni consi­dé­ra­tion. Dans des ter­ri­toires ou­bliés, ils luttent pour sau­ver la na­ture dite ba­nale, la chasse po­pu­laire, mais en­core pour sau­ve­gar­der le lien so­cial es­sen­tiel que consti­tue la chasse. Nous les croi­sons sou­vent lors de nos re­por­tages, nous tâ­chons de les va­lo­ri­ser. Les re­con­naî­trez-vous au fil de ce nu­mé­ro ?

Der­nière mi­nute. Après 14 an­nées pas­sées à la tête de l’Oncfs, Jean-Pierre Po­ly cède la place à Oli­vier Thi­bault. Le nou­veau di­rec­teur gé­né­ral de l’éta­blis­se­ment est un jeune haut fonc­tion­naire spé­cia­liste des af­faires en­vi­ron­ne­men­tales. Rude se­ra sa tâche de di­ri­ger l’Oncfs face à une Agence fran­çaise pour la bio­di­ver­si­té en­va­his­sante, en quête de fi­nan­ce­ment et de troupes. Pré­da­teur ou pa­ra­site, l’Afb consti­tue un dan­ger. Bonne lec­ture à toutes et à tous.

© M. Breuer

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