L’autre dame des bois

Connaissance de la Chasse - - Sommaire -

Comme nous l’ex­plique Laurent Ges­lin à pro­pos de la bé­casse et de ses bécassons, il cher­chait à l’ori­gine un nid de gé­li­notte après avoir en­ten­du à plu­sieurs re­prises chan­ter un mâle de l’es­pèce. C’est fi­na­le­ment une se­maine après sa mer­veilleuse dé­cou­verte de la fa­mille de mor­do­rées que l’homme est par­ve­nu à ses fins. « Alors que je pas­sais de­puis des jours chaque re­coin de la fo­rêt au peigne fin, je m’ap­prê­tais à faire un pas quand, à moins de 30 cm de mon pied, je vis un oeil rond qui me re­gar­dait. La gé­li­notte était là, la tête en­fon­cée dans les épaules, cher­chant à se faire la plus dis­crète pos­sible. Je re­cu­lais alors très dou­ce­ment et ins­tal­lais mon af­fût à une quin­zaine de mètres de là. Chose faite, je suis par­ti sans at­ten­tion par­ti­cu­lière afin que l’oi­seau com­prenne que le dan­ger s’éloi­gnait. Je re­vins le len­de­main ma­tin bien avant le le­ver du so­leil et re­par­tis après son cou­cher. Après quatre jours d’af­fût, je vis un ma­tin la gé­li­notte bou­ger et se dan­di­ner plus que d’ha­bi­tude. En fin d’après­mi­di, une pe­tite tête du­ve­teuse sor­tit de sous l’aile ma­ter­nelle, puis ce fut le tour d’une autre et d’une troi­sième. Jus­qu’à la fin de la jour­née, les pous­sins n’ont eu de cesse que de ren­trer et de sor­tir de des­sous de leur mère. Lorsque la nuit tom­ba, la gé­li­notte re­cou­vrit to­ta­le­ment sa ni­chée. Je les aban­don­nais ain­si avant de re­ve­nir aux au­rores. Or, toutes les gé­li­nottes avaient pris la tan­gente. La scène qui m’a été don­née de vivre et d’im­mor­ta­li­ser ne dure que quelques heures par an et avoir pu la pho­to­gra­phier reste pour moi un grand mo­ment. »

Laurent Ges­lin, avec Phi­lippe Aille­ry

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