Bas­set bleu de Gas­cogne

Une si belle gorge

Connaissance de la Chasse - - Au Sommaire - par Ch­ris­tophe Au­bin (texte et pho­tos)

C’est en Bre­tagne, chez Cy­ril Fo­mel, que nous sommes al­lés à la ren­contre du bas­set bleu de Gas­cogne. Ef­fi­cace, es­thé­tique et si jo­li­ment gor­gé.

De sin­gu­lières bâ­tisses cou­leur ocre, aux moel­lons de gra­nit éro­dés par le temps et sa­vam­ment em­pi­lés par des mains ex­pertes. Des toi­tures aux tons bleu­tés, cou­vertes d’ar­doises dé­li­tées, puis fen­dues par des doigts tout aus­si ha­biles. Une at­mo­sphère mi­né­rale propre à la Bre­tagne. La vraie Bre­tagne, celle qui par sa culture, son his­toire ou en­core ses contes et lé­gendes, fait en­ti­té. La nuit en­ve­loppe de son voile sombre les mu­railles de l’an­cienne for­te­resse mé­dié­vale, tan­dis que nous tra­ver­sons la pai­sible com­mune de Ton­qué­dec (Côtes-d’Ar­mor). En­core trois ou quatre ki­lo­mètres sur une route al­ter­nant fo­rêts et par­celles clô­tu­rées de haies bo­ca­gères, et nous au­rons at­teint notre des­ti­na­tion. Dans une ré­gion où dame bé­casse s’im­pose de loin comme le gi­bier de pré­di­lec­tion de nom­breux nem­rods, sub­sistent néan­moins ici quelques afi­cio­na­dos du chien cou­rant qui, chaque sai­son, dé­couplent leurs auxi­liaires sur che­vreuil ou re­nard, pour ne ci­ter que ces es­pèces em­blé­ma­tiques. Nous avons ren­dez­vous avec l’un d’eux, Cy­ril Fo­mel, qui a fait le choix voi­ci plus de dix ans de créan­cer ses bas­sets bleus de Gas­cogne, dans la voie unique de Ca­preo­lus. Mais, en pré­am­bule, sans doute se­rait-il pré­fé­rable d’évo­quer les Fo­mel au sens large du terme. Car dans cette fa­mille de souche 100 % bre­tonne, il y a certes le père Cy­ril, mais aus­si son fils ca­det Killian, jeune chas­seur achar­né qui du haut de ses 16 ans ne manque ja-

mais l’oc­ca­sion de cou­rir au cul de ses bleus. Sans ou­blier l’épouse, Cé­cile, tout aus­si pas­sion­née de cy­no­phi­lie, et à qui re­vient la lourde de tâche de gé­rer les nais­sances et le toi­let­tage d’avant concours. Au­tant dire que chez les Fo­mel, on pense chien, on parle chien, on vit chien. Le tout en bleu !

Du beau, du bon… et du meilleur !

Cy­ril Fo­mel est ber­cé dès son plus jeune âge dans le monde cy­né­gé­tique. Toute la fa­mille, ou presque, chasse : le père, le grand-père, le grand frère mais aus­si, plus cu­rieu­se­ment pour l’époque, la ma­man. C’est donc tout na­tu­rel­le­ment que, bam­bin, il suit ses proches, chas­seurs in­vé­té­rés de lièvre, gi­bier alors lé­gion dans le nord Bre­tagne. Comme auxi­liaires, de re­dou­tables et rus­tiques chiens de pays. Dans les an­nées 1990, Cy­ril s’équipe à son tour de chiens dits de Vi­tré qu’il dé­couple dans la voie du re­nard. « Race » de grande taille, aux cou­leurs blanche et orange, is­sue de sa­vants croi­se­ments entre an­glos et por­ce­laines, et se dis­tin­guant par une gorge pro­fonde. « Seul dé­faut, si c’en est un, leur ra­pi­di­té », nous ex­plique-t-il. « Avec de tels chiens, sur un ter­ri­toire en­tre­cou­pé de nom-

breuses routes, le stress m’ha­bi­tait à chaque jour­née. » Aus­si, c’est lors d’un concours, qu’il dé­couvre le bas­set bleu. Sub­ju­gué par la gorge de ce su­jet comme par sa taille, il achète son pre­mier en 2005 qu’il dé­die, avec quelques chiens du cru, à la seule chasse du la­pin. Une pas­sion pour la race est née. En 2009, un deuxième puis un troi­sième spé­ci­men, nés chez An­dré La­garde, spé­cia­liste tou­lou­sain de la race, re­joignent leur congé­nère. Puis, viennent les pre­mières por­tées. Pour re­nou­ve­ler le sang, l’éle­veur s’adresse entre autres à Mme Bou­tet, dé­lé­guée du club dans le Maine-et-Loire. Ce sont dé­sor­mais plus de vingt re­pré­sen­tants de la race qui ha­bitent le che­nil de Ker­pa­bu. Mais entre-

temps, la donne a chan­gé, les ten­dances se sont in­ver­sées. Les po­pu­la­tions de la­pin se sont ef­fon­drées, tan­dis que celles de che­vreuil n’ont ces­sé de croître. Rai­son pour la­quelle notre chas­seur-éle­veur a de­puis créan­cé ses élèves dans la voie unique du pe­tit cer­vi­dé. Même, si, de­puis deux ans, face à la re­cru­des­cence de ca­pu­cins, il ré­serve quelques su­jets à la chasse de ce qui reste son gi­bier de pré­di­lec­tion. Cô­té sé­lec­tion, Cy­ril Fo­mel nous dit, comme tout à cha­cun, cher­cher « du beau et du bon ». Vite cor­ri­gé par son fils Killian qui ajoute, non sans ma­lice : « Du beau et du meilleur ! » Plus tech­ni­que­ment, l’éle­veur vise, cô­té taille, le haut du stan­dard et la lé­gè­re­té. De la même fa­çon, il

cherche des aplombs le plus droit pos­sible. « La conju­gai­son de ces ca­rac­té­ris­tiques nous per­met d’ob­te­nir des su­jets plus en­du­rants. Ils se fa­ti­gue­ront par consé­quent moins vite dans un bio­tope de bo­cage val­lon­né comme le nôtre », ajoute-t-il. Il at­tache éga­le­ment une im­por­tance pré­pon­dé­rante à l’oreille qui se doit d’être bien ac­cro­chée et pen­dante : « Un gage de pro­tec­tion dans les épines. Celle-ci s’en­roule dès lors que le chien buis­sonne, pro­té­geant na­tu­rel­le­ment la face in­terne du pa­villon. » En­fin, s’il est une qua­li­té qui, se­lon Cy­ril prime plus que tout, c’est bien la gorge. Car force est d’ad­mettre que ce qui fait vi­brer au plus haut point notre hôte, c’est « la mu­sique dé­li­vrée par une meute de bas­sets bleus ».

Et main­te­nant, mu­sique !

Dès lors que l’on cherche à évo­quer les ap­ti­tudes de chasse des bas­sets gas­cons, les langues se dé­lient ra­pi­de­ment, au­tour de la table, pour van­ter les qua­li­tés émé­rites des pen­sion­naires du che­nil. Mais plu­tôt qu’un long dis­cours, une séance dé­mons­tra­tive s’im­pose. Dé­part avant l’aube, le len­de­main, avec pour des­ti­na­tion le dé­par­te­ment li­mi­trophe du Fi­nis­tère et, plus pré­ci­sé­ment, les contre­forts des Monts d’Ar­rée. Au pro­gramme, non pas une bat­tue, mais une chasse dite au bâ­ton, pra­tique qui, de­puis quelque temps dé­jà, ren­contre un es­sor crois­sant par­mi les ama­teurs de chiens cou­rants. Ar­ri­vés sur place, les auxi­liaires de tête se voient équi­pés de col­liers de géo- lo­ca­li­sa­tion. Gage in­con­tour­nable de sé­cu­ri­té, se­lon Cy­ril, tant pour les chiens eux-mêmes que pour les usa­gers de la route. Bien vite, une quin­zaine de bas­sets bleus de Gas­cogne est dé­bar­quée du vé­hi­cule. Ici, point de grand mas­sif, mais un pay­sage val­lon­né où al­ternent bos­quets, che­mins creux bor­dés d’épaisses haies, cultures et prai­ries hu­mides dans les bas. « Ter­ri­toire dense en che­vreuils », af­firme sans la moindre hé­si­ta­tion l’aguer­ri chas­seur. Cy­ril et Killian s’en­gagent sous le pre­mier cou­vert, en­traî­nant dans leur pas une meute prête à en dé­coudre. Les mi­nutes s’égrainent, sans le moindre ré­cris. Le scé­na­rio se ré­pète lors de la tra­ver­sée d’un se­cond bo­que­teau, puis d’un troi­sième. Le doute com­mence à poindre… Sou­rire aux lèvres, Cy­ril nous ex­plique qu’en ce der­nier jour de dé­cembre, nous avons la mal­chance de suivre un groupe de bé­cas­siers. Étant don­né la taille ré­duite des gîtes, dé­ran­gés, les che­vreuils n’ont d’autre choix que de vi­der les lieux à l’ap­proche des chiens d’ar­rêt. Aus­si dé­ci­dons-nous ra­pi­de­ment de chan­ger de sec­teur. Bien nous en prend. À peine conduc­teurs et li­miers ont-ils pé­né­tré sous d’épais tè­ne­ments qu’un pre­mier coup de voix ré­sonne. Sui­vi d’un deuxième, puis d’un autre. La sym-

Spé­cia­liste du lièvre, le bas­set bleu de Gas­cogne ex­celle tout au­tant dans la voie du che­vreuil.

Des oreilles longues et tom­bantes lui as­surent une pro­tec­tion contre la vé­gé­ta­tion agres­sive.

CÔTES-D’AR­MOR

Chez les Fo­mel, la chasse et les chiens sont une his­toire de fa­mille.

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