En couple de­puis trois ans, je pense tou­jours à mon ex

Bien qu’elle soit heu­reuse avec Meh­di, Sam ne par­vient pas à faire le deuil de son his­toire d’amour pas­sée.

Cosmopolitan (France) - - HISTOIRE VRAIE - Pro­pos re­cueillis par Fio­na Sch­midt

Ça me prend n’im­porte quand, aux mo­ments où je m’y at­tends le moins. Alors que je l’ai quit­té il y a quatre ans, Vincent s’in­vite brus­que­ment dans mon es­prit et le sou­ve­nir de son odeur, du son de sa voix ou de l’une de nos conver­sa­tions me ronge tan­dis que je suis en pleine réunion, avec des amis, ou que je viens de faire l’amour avec Meh­di. Le choc est bru­tal, un peu comme si je re­ce­vais une gifle au mi­lieu d’une fête : je sens une ma­rée de larmes mon­ter der­rière mes pau­pières et mon coeur tam­bou­ri­ner, boum boum boum, de plus en plus fort. Et puis ça s’at­té­nue… jus­qu’à la fois sui­vante. Qu’est-ce qui se passe ? Le sou­ve­nir du bonheur fou que j’ai vé­cu avec un autre homme que le mien, la sen­sa­tion d’être am­pu­tée d’un mor­ceau de moi-même qui conti­nue de dé­man­ger après tout ce temps, le sen­ti­ment d’avoir pris la mau­vaise dé­ci­sion.

Au dé­but, juste après ma rup­ture avec Vincent, mes amies com­pa­tis­saient et me ras­su­raient, af­fir­mant que « ça » pas­se­rait. Au­jourd’hui, la plu­part d’entre elles m’en vou­draient que je m’ac­croche au sou­ve­nir d’un amour de jeu­nesse alors que je vis avec le prince char­mant : Meh­di, aus­si équi­li­bré que Vincent était com­pli­qué, aus­si am­bi­tieux, drôle, so­laire que Vincent était… aty­pique. C’est ce qui me sé­dui­sait chez lui, mais qui ne m’a pas em­pê­chée pour au­tant de le quit­ter pour Meh­di et un ave­nir « stable » dont je rê­vais à l’époque… Il y a quatre ans. À la fin de mes études, je ve­nais d’être en­ga­gée dans un ca­bi­net d’avo­cats. J’avais de grosses res­pon­sa­bi­li­tés, je ne pou­vais pen­ser à rien d’autre que le tra­vail. Je dor­mais peu, je ne sa­vais même plus ce que c’était de faire la fête, boire, s’amu­ser. Je ne voyais plus le jour… ni Vincent, que je croi­sais la nuit, par­fois le di­manche lorsque je n’avais pas des dos­siers à fi­nir. Alors que l’on avait tou­jours été très fu­sion­nels, à par­ta­ger la moindre de nos pen­sées, émo­tions, en­vies, on a com­men­cé à vivre des vies pa­ral­lèles. Il s’est je­té dans la mu­sique avec son groupe d’ama­teurs, moi dans le boulot, il sor­tait avec ses amis qui m’aga­çaient avec leur non­cha­lance, leur fa­çon de vivre au jour le jour, de se mo­quer de tout, je n’étais plus en phase. Un jour, je les ai car­ré­ment trai­tés de pau­més. Tout d’un coup, nous n’avions plus les mêmes centres d’in­té­rêt, les mêmes pré­oc­cu­pa­tions, le même rythme de vie, les mêmes be­soins. Je trou­vais qu’il man­quait d’am­bi­tion, il n’adhé­rait pas à la mienne, nous par­lions moins – plus le temps –, ne fai­sions plus l’amour – plus l’en­vie. Nous nous ai­mions tou­jours mais dis­trai­te­ment, comme si nous en­tre­te­nions une re­la­tion à dis­tance alors que nous dor­mions sous le même toit. Et un jour, Meh­di est ar­ri­vé au ca­bi­net. Il était plus âgé, sé­dui­sant, plein d’as­su­rance : il a ré­veillé ma li­bi­do en som­meil de­puis des mois. On a pas­sé la nuit en­semble et je n’en ai même pas éprou­vé le moindre re­mords : j’en avais be­soin, ça m’avait fait du bien, mais cet « in­ci­dent » ne de­vait pas gâ­cher ma re­la­tion avec Vincent, parce que je l’ai­mais tou­jours. Je vou­lais lui trou­ver un vrai tra­vail. Le faire ren­trer dans le cadre. Don­ner une autre chance à notre his­toire. J’ai alors dé­ci­dé de mettre un terme à ma liai­son avec Meh­di, plu­sieurs fois, sans succès. Il était drôle, at­ten­tion­né, sen­sible, il ap­pré­hen­dait les contraintes et les en­jeux de mon mé­tier… Au bout de quatre mois de di­lemme, j’ai bais­sé les bras avec Vincent, on ne change pas la na­ture des

gens. Je l’ai quit­té. Im­mé­dia­te­ment, la culpa­bi­li­té a fait place au doute : j’ai­mais deux hommes très dif­fé­rents, mais je n’avais plus de points com­muns avec le pre­mier, qui res­tait pour­tant mon pre­mier grand amour. Je pleu­rais sans ar­rêt, et pen­dant ce temps, Meh­di était là, me ré­con­for­tant, me ca­jo­lant, plein d’em­pa­thie et de bien­veillance. Alors j’ai fi­ni par re­mon­ter à la sur­face et par na­ger vers l’ave­nir, sans Vincent. Et pour­tant, je conti­nue de vivre se­crè­te­ment avec le fan­tôme d’un pas­sé qui a

lais­sé des re­grets. Vincent et moi ne nous sommes pas vus de­puis plus de quatre ans. Nous nous écri­vons pour nos an­ni­ver­saires res­pec­tifs et pour Noël, de longs mails joyeux où af­fleure néan­moins la nos­tal­gie de cette re­la­tion in­tense. Je ne peux pas m’em­pê­cher par­fois de me de­man­der à quoi au­rait res­sem­blé ma vie si… Je me rat­trape aus­si­tôt avant de po­ser le point d’in­ter­ro­ga­tion à la fin de ma phrase : ce se­rait in­grat et in­juste en­vers Meh­di, avec le­quel je suis très heu­reuse. Ten­dre­ment, tran­quille­ment heu­reuse. À vrai dire, je n’ai ja­mais été aus­si se­reine qu’au­jourd’hui, du moins en ap­pa­rence : je suis épa­nouie dans mon tra­vail, je me suis mise au yo­ga, je ren­contre plein de gens for­mi­dables, contrai­re­ment à l’époque où je vi­vais en au­tar­cie avec Vincent. En un mot je me sens plus… adulte ? Alors pour­quoi je conti­nue cette re­la­tion épis­to­laire, même épi­so­dique, avec mon ex ? Pour­quoi je ne par­viens pas à cou­per dé­fi­ni­ti­ve­ment les ponts avec le pas­sé afin de pro­fi­ter plei­ne­ment du pré­sent ?

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