MOI ET… LES SOLDES

J’adore Noël, j’aime bien Pâques et le 14-Juillet, mais ma fête na­tio­nale pré­fé­rée, ce sont les soldes.

Cosmopolitan (France) - - SOMMAIRE - Par So­phie HŽ­naff

LLong­temps j’ai été dé­pen­sière, fri­vole, fu­tile, je m’adon­nais au shop­ping comme d’autres à la new ro­mance : avec fu­rie, cons­tance et dis­cré­tion au­près de mes pa­rents et de mon ban­quier. Main­te­nant plus du tout. Je ne fais plus les ma­ga­sins, je fais les soldes et ça n’a rien à voir. Bien sûr, on parle tou­jours d’ache­ter des vê­te­ments, mais à prix ré­duits. Or, tant que la mode na­tu­riste n’au­ra pas plei­ne­ment in­ves­ti mon quar­tier et mon bu­reau, des fringues, je se­rai tou­jours obli­gée d’en ac­qué­rir. Le faire à moindre coût re­lève donc d’une at­ti­tude res­pon­sable, adulte, li­mite green. Les soldes me donnent bonne conscience et c’est pour ça que je les aime.

Soldes été, hi­ver, au­tomne, pe­tit coup de froid, so­leil, cu­mu­lo­nim­bus

Alors évi­dem­ment, de­puis que la lé­gis­la­tion s’est as­sou­plie, des soldes j’en ren­contre à peu près tous les mois, dans tous les ma­ga­sins et je peux donc me don­ner bonne conscience plu­sieurs fois par tri­mestre, c’est agréable. Mais ce sont plu­tôt des dé­marques, des pro­mo­tions, elles sont aux soldes ce que la contre­fa­çon est aux marques : une su­per­che­rie, un pis-al­ler, des ré­duc­tions mal imi­tées, cheap. Non, la vé­ri­table bonne af­faire, le vrai pour­cen­tage qui fait vi­brer, l’ex­ci­ta­tion au­then­tique, on ne la croise qu’aux cli­max de la sai­son : les soldes d’hi­ver en jan­vier, ceux d’été en juillet.

Te­nue de com­bat

Pour ces soldes-là, je me pré­pare telle Diane chas­se­resse af­fû­tant ses armes. Carte bleue ? Check. Porte-mon­naie pra­tique dans ba­nane ac­ces­sible ? Check. Pull fa­cile à re­ti­rer sur pan­ta­lon ra­pide à en­le­ver avec chaus­sures com­modes à en­fi­ler ? Check. Des­sous as­sor­tis pour si je me re­trouve à poil à es­sayer entre deux rayons ? Check. Tables de mul­ti­pli­ca­tion et règle de trois ré­vi­sées pour conver­sion ul­tra ra­pide ? Check. Bou­teille d’eau et barre de sur­vie ? Check. Ma­gné­sie dans les paumes pour ne pas faire glis­ser les sacs ? Check (non, j’ai honte de rien). Il ne me reste plus qu’à me lan­cer dans la jungle ur­baine, l’oeil à l’af­fût du -50 %, le fauve en moi prêt à fondre sur sa proie et sai­sir la ma­ri­nière par sur­prise alors qu’elle se désal­té­rait pai­si­ble­ment au point d’eau dans les pre­mières lueurs de l’aube (10 heures, ou­ver­ture du ma­ga­sin). Ain­si, le -50 % est une ma­gni­fique prise, en par­ti­cu­lier lors­qu’il s’agit d’une veste que j’avais re­pé­rée au préa­lable en vi­trine en me di­sant « elle est top, elle est for­mi­dable, il me la faut, mais non, ce n’est pas rai­son­nable, si tu veux du ket­chup dans les co­quillettes, tu ne peux pas te le per­mettre » ; ce -50 % donc, ce n’est qu’au prix d’un im­mense tra­vail sur mon ego que je ré­siste au plai­sir de le bran­dir en hur­lant au mi­lieu de la bou­tique quand « paie­ment ac­cep­té » s’af­fiche sur le ter­mi­nal carte ban­caire. C’est une sa­crée vic­toire.

Hi­gher, lon­ger, chea­per

Mais je peux faire mieux, je le sais. Moi, ce que je veux vrai­ment, c’est cho­per le -70 %. Voir une éti­quette chu­ter de 20 eu­ros à 6 eu­ros pro­voque une as­cen­sion in­verse en adré­na­line. Pour ça, je suis prête à tout : quand on paye moins cher, ce n’est pas grave que ce soit trop pe­tit, trop grand, ou même trop moche. Car l’in­con­vé­nient du -70 %, ou der­nières dé­marques, c’est le style. Gé­né­ra­le­ment, il s’agit d’ar­ticles dont per­sonne n’a vou­lu : la pro­ba­bi­li­té pour que ce soit une taille 32 tri­co­tée dans de la laine syn­thé­tique mauve à pois verts est as­sez forte. Quand, au mois de fé­vrier, je conti­nue d’égre­ner les por­tants et de lire les éti­quettes comme si c’était des ma­ga­zines, sou­vent je me fais la ré­flexion : les marques conservent-elles dans des han­gars des col­lec­tions d’in­ven­dus de 1998 ou fa­briquent-elles tout ex­près des che­mises au col dé­cou­su ? Mys­tère. Que je me fe­rai une joie d’élu­ci­der dès les pro­chains soldes.

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