AU FAIT…

Cosmopolitan (France) - - SOMMAIRE - Par Ch­loé Plan­cou­laine. Il­lus­tra­tion Ma­rie Per­ron.

T’es là, en tête à tête avec Ro­méo sous les lu­mières ta­mi­sées du res­tau. « On n’est pas bien, là ? » il chu­chote sous ses yeux ve­lours. Si, si, mais tu as du mal à te concen­trer de­puis que tu as re­pé­ré un tue-l’amour : deux bons cen­ti­mètres de poil dru, ten­du comme un sabre entre les sour­cils de ton mec. Tu bloques tel­le­ment que… « Il y a un pro­blème ? » s’in­quiète Ro­méo. « Je peux ? » tu de­mandes en ap­pro­chant la main de son front. Confiant, il avance son vi­sage vers toi et… « Aaaaa mais ça va pas, t’es ma­lade ? ! » Il s’at­ten­dait à ce que tu lui épous­settes amou­reu­se­ment une miette sur le front. Main­te­nant, tu as un double pro­blème : ton amou­reux est re­mon­té et le poil est tou­jours là, poin­tant en­core plus droit qu’avant. Tu tentes de le rai­son­ner : sa vie so­ciale pour­rait en pâ­tir s’il garde ça au mi­lieu du vi­sage. Sauf que d’après lui, ça ne dé­range que toi. « Et ce que tu viens de faire, c’est un viol ! » Ton lobe fé­mi­niste s’af­fole : com­ment ose-t-il dé­tour­ner un terme pa­reil ? « Tu ne m’as même pas lais­sé le temps de dire non ! » il per­siste. « Je fais quand même ce que je veux de mon corps ! » Tu lui rap­pelles qu’il n’avait pas l’air si en­ga­gé dans la lutte contre le bo­dy­sha­ming le jour où il t’a of­fert un abon­ne­ment Bo­dy Mi­nute. « Tu ne vas pas com­pa­rer un ren­dez-vous dans un centre de beau­té à un ar­ra­chage sau­vage de poil ! » Ah, parce que ce n’est pas violent de po­ser jambes écar­tées de­vant une in­con­nue et une bande de cire brû­lante ? Ce n’est pas violent de re­te­nir ses cris parce que « vous al­lez faire peur aux autres clientes, Ma­dame » ? Ce n’est pas violent de se faire tal­quer la raie des fesses à 30 ans ? Et de dire « mer­ci » à la fin ? C’est no­té, pour son pro­chain an­ni­ver­saire, tu lui offres une épi­la­tion des c… « OK, OK, c’est bon, en­lève-moi ce poil qu’on n’en parle plus. » Le cri de Ro­méo manque de faire lâ­cher son pla­teau au ser­veur. Toi, tu res­pires de nou­veau. Ahhh, alors, on di­sait… Ah oui : on n’est pas bien, là ?

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